DÉRIVE

Censurer La petite vie?

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« Faut-il jeter à terre tout ce qui provient de notre culture dès qu’un représentant autoproclamé des « minorités » se sent micro-agressé ? »


Début août, dans La Presse, une journaliste, Marie Allard, s’inquiétait qu’on rediffuse aujourd’hui à la télévision des séries anciennes pouvant heurter la sensibilité contemporaine. 


Elle en appelait implicitement à une nouvelle censure : « Quelqu’un regarde-t-il ces émissions avant leur rediffusion, afin de s’assurer que les scènes “passent” toujours ? » Elle s’inquiétait des « blagues qu’on ne trouve plus drôles en 2020 ». 


Censure


Il faut croire qu’elle a été entendue, ou qu’elle n’était pas la seule à se questionner. On apprenait hier qu’un épisode de La petite vie, que nous devons à la magnifique imagination de Claude Meunier, a été retiré de Tou.tv, par Radio-Canada, parce que l’institution fédérale a reçu... une plainte ! Une misérable plainte !


Ce qu’on reproche à cet épisode satirique où on retrouve Normand Brathwaite ? On y trouve une représentation caricaturale des Africains, des Noirs. Pour cela, il faudrait le faire disparaître des ondes.



Répondons tout de suite à la question. Est-ce qu’on y retrouve effectivement cette représentation caricaturale ? Évidemment. Mais à condition d’ajouter une chose : c’est que toute cette série est fondée sur le sens de l’absurde et de la caricature. Aucune identité n’est épargnée. Chacune est moquée. 


Et, faut-il l’ajouter, la première culture moquée par La petite vie était évidemment la culture québécoise ! De la passion de Popa pour les vidanges à la relation fusionnelle entre Rod et Moman, en passant par la pingrerie de Rénald et l’exceptionnelle ticounerie de Réjean, tout y passait.


En fin de journée, Radio-Canada a reculé, et décidé de remettre en ondes l’épisode, en l’accompagnant d’un bandeau explicatif, pour mettre en garde le public que les représentations culturelles présentes dans cette série peuvent choquer. Comme si la série était raciste et qu’il fallait l’enrober d’une capote morale.


Il s’agit d’une reculade temporaire. Ne nous laissons pas bluffer, la tentation de la censure n’est pas morte.


Posons la question : faut-il vraiment censurer tout ce qui peut heurter les professionnels de l’indignation qui voient du racisme partout ? 


Faut-il jeter à terre tout ce qui provient de notre culture dès qu’un représentant autoproclamé des « minorités » se sent micro-agressé ? Existe-t-il aujourd’hui une minorité sacrée, qui aurait le droit inattendu de se soustraire à l’humour ? 


Blâmons surtout les nouilles de Radio-Canada. Leur était-il si difficile de ne pas lécher la poussière du plancher ?


J’attends la suite : j’aime beaucoup la série Lance et compte. Que se passera-t-il quand des zélés découvriront les épisodes autour de Lucie Baptiste et le fait que les joueurs du National de Québec décident de faire ce qu’on appelle aujourd’hui un blackface pour montrer leur acceptation des Noirs et leur condamnation du racisme ?


Car oui, d’une société à l’autre, les mêmes gestes n’ont pas le même sens ! Lance et Compte croyait au « blackface inclusif » !


Braillards


Jusqu’où ira-t-on ? 


Je vous donne la réponse. 


Nous irons jusqu’à la censure intégrale parce qu’on trouvera toujours un fanatique qui demandera qu’on censure ce qui l’agace. Jusqu’à ce qu’on trouve un leader pour dire que ça suffit et que les braillards nous fichent la paix.




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