Cannabis: Netanyahu veut importer le «modèle canadien» en Israël

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Bibi et Gantz au coude-à-coude dans les sondages


Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ouvert la voie dimanche, une semaine avant les élections législatives cruciales à sa survie politique, à la légalisation de la vente du cannabis récréatif selon «le modèle canadien». 


«Une commission de professionnels va étudier la possibilité d’importer le modèle canadien pour légaliser le marché du cannabis en Israël», a déclaré M. Netanyahu sur sa page Facebook. 


Sous l’impulsion de son premier ministre Justin Trudeau, le Canada était devenu en octobre 2018 le premier pays du G7 à légaliser la consommation du cannabis récréatif. 


L’âge minimal pour s’en procurer avait été fixé à 18 ans, sauf au Québec où il a été porté à 21 ans. Et la légalisation avait rapidement entraîné des ruptures de stock dans des boutiques, qui doivent obtenir un permis des autorités. 


La loi canadienne autorise aussi la production personnelle, mais limitée, de cannabis à usage récréatif. 


De son côté, Israël a déjà donné son feu vert à l’exportation de cannabis médical, mais la production, la vente, l’achat et l’utilisation pour des usages récréatifs restent des infractions. 


Selon l’Autorité de lutte contre la drogue, 27% des Israéliens fument au moins une fois par an du cannabis, mais ce pourcentage grimpe à 41% parmi les 18-25 ans. 


La législation sur la consommation a été assouplie juste avant les élections d’avril 2019; les Israéliens surpris à consommer n’écoperont les deux premières fois que d’une amende, sans inscription au casier judiciaire. 


Benjamin Netanyahu a précisé qu’il souhaitait par son projet désengorger les tribunaux, voire effacer les condamnations du casier judiciaire pour «les dizaines de milliers d’Israéliens condamnés pour utilisation personnelle ou possession de cannabis, ce qui provoque des souffrances inutiles». 


Oren Leibowitz, à la tête d’Ale Yarok (Feuille verte), un parti dont l’un des principaux objectifs est de légaliser le cannabis, fera partie de cette commission qui sera dirigée par le ministre de la Justice Amir Ohana, a précisé M. Netanyahu. 


Ale Yarok ne présente pas de candidats aux élections du 2 mars, qui s’annoncent très serrées, mais le parti compte néanmoins des milliers de supporteurs en Israël. 


Vers le troisième épisode électoral en un an 


Élections israéliennes, prise 3! Le premier ministre Benjamin Netanyahu, inculpé pour corruption, et son rival Benny Gantz entament la dernière semaine d’une campagne électorale aux airs de déjà-vu en tentant de mobiliser des électeurs fatigués et préoccupés par une tout autre affaire: le coronavirus.   


Après des scrutins en avril et en septembre 2019 où le Likoud de M. Netanyahu et le parti centriste Bleu-Blanc de M. Gantz sont arrivés au coude-à-coude, les Israéliens sont appelés le 2 mars à mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire du pays.   



Cannabis: Netanyahu veut importer le «modèle canadien» en Israël

AFP




Du dernier scrutin à aujourd’hui, bien des choses ont changé.   


M. Netanyahu est devenu le seul premier ministre de l’histoire d’Israël inculpé en étant en fonction, avec à la clé un procès pour corruption qui s’ouvre à la mi-mars. Fin janvier, il s’est rendu à Washington pour l’annonce d’un projet de paix pour le Proche-Orient qu’il juge «historique», puis il a ramené de Moscou une Israélienne qui y était emprisonnée.   


Et pourtant, rien ne bouge  


Les derniers sondages placent les listes de MM. Netanyahu et Gantz à une quasi-égalité, et nul camp ne semble en mesure de rallier une majorité de sièges au Parlement.   


«Allez voter»  


Le premier ministre «réussit toutefois, d’une certaine manière. Il n’attire pas plus d’électeurs, mais il n’en perd pas non plus» malgré son inculpation, souligne Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem.   


M. Netanyahu, le plus pérenne des chefs de gouvernement de l’histoire d’Israël avec 14 ans au pouvoir, a été inculpé en novembre pour corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires.   


Dans l’un des dossiers, la justice le soupçonne d’avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de la société de télécoms Bezeq, en échange d’une couverture médiatique favorable d’un média du groupe.   


M. Netanyahu a dénoncé un «coup d’État» ourdi contre lui par la justice et il a mobilisé ses électeurs contre cette accusation qu’il juge biaisée.   


Ces dernières semaines, il a concentré ses attaques contre les partis arabes d’Israël, et des affiches avec le slogan «Sans Ahmed Tibi», un ténor de la Liste unie des partis arabes, ont fait leur apparition sur les artères du pays.   


Lors des dernières élections, les partis arabes avaient causé la surprise en terminant en troisième place et avaient soutenu, sans succès, Benny Gantz, pour le poste de premier ministre.   


«Si le Likoud ne gagne pas, il y aura soit une 4e élection, soit un gouvernement de gauche dirigé par Gantz et dépendant d’Ahmed Tibi et de la +Liste unie+», a indiqué M. Netanyahu au Jerusalem Post.   


Si M. Netanyahu ne peut pas être simple ministre dans une éventuelle coalition en raison de son inculpation, il peut cependant rester premier ministre.   


D’où la nécessité pour lui de remporter la mise pour faire partie du prochain gouvernement. Mais comme les intentions de vote ne bougent pas, le mot d’ordre reste simple: «Allez voter!»   


Coronavirus  


Mais un inconnu s’est invité dans cette dernière semaine de campagne: le nouveau coronavirus, à la une de l’actualité.   


Un premier cas en Israël a été confirmé vendredi et quelque 200 écoliers ont été priés dimanche de rester chez eux pour avoir été en contact avec des touristes sud-coréens ayant contracté le virus.   


«Il y a des craintes que le coronavirus ait un impact sur les élections [...], car certains pourraient tenter de propager de fausses nouvelles sur cette question afin d’influencer la participation le jour du vote», a déclaré dimanche Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, après une réunion d’urgence avec le premier ministre et les autorités sanitaires.   


Dans sa dernière ligne droite, Benny Gantz s’est retrouvé malgré lui sous les feux de la rampe.   


Un procureur a lancé cette semaine une enquête criminelle sur l’octroi de fonds publics, sans appel d’offre, d’une valeur d’environ un million d’euros à la société de cybersécurité Fifth Dimension, anciennement présidée par M. Gantz.   


Le procureur général a rapidement dissipé des soupçons en soutenant que M. Gantz n’était pas inquiété dans cette affaire.   


Mais cela n’a pas empêché Benjamin Netanyahu de saisir la balle au bond en demandant à Benny Gantz, dans une vidéo, si «obtenir frauduleusement» un contrat n’était «pas de la corruption de premier ordre».