Boom sans précédent de la construction d’églises orthodoxes en Russie

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Radio-Canada trouve toujours le moyen d'être anti-chrétien et anti-russe


Les églises orthodoxes poussent comme des champignons en Russie. La métaphore peut sembler exagérée, mais aux dires du chef de l’Église orthodoxe de Russie lui-même, le patriarche Kirill, environ trois nouvelles cathédrales par jour seront construites ou rénovées dans le monde au cours des prochaines années.




Évidemment, il est impossible de vérifier ces affirmations, mais il est vrai qu'à Moscou, les projets se multiplient à vue d’œil. Cet été seulement, 200 chantiers sont ouverts. Il s'agit d'un projet conjoint entre le clergé et la mairie. Cette dernière offre gratuitement des terrains vacants.


« C’est absolument nécessaire parce que la plupart des églises se trouvent au centre-ville. Dans les banlieues-dortoirs comme la nôtre, les lieux de culte sont rares ou carrément absents », explique Sergei Antonovitch, chef civil de paroisse.


Il nous a accueillis parmi les briques et les poutres de ce qui sera bientôt une des quatre nouvelles églises du quartier Zuzino, en banlieue de Moscou.


Ici, les tours d’habitations modernes côtoient celles de l’époque soviétique, une période durant laquelle les lieux de culte ont été rasés ou leur construction a été complètement interdite. Et c’est ce qui justifie cette expansion frénétique, selon le porte-parole du patriarche Kirill, qui compare l’explosion de la vie religieuse en Russie aux effets d’une bombe atomique.



Quand l’on réprime quelque chose, elle explose, et c’est ce qui est arrivé avec la vie religieuse en Russie.


Vahtangh Kichidze, porte-parole du patriarche Kirill


Selon le patriarche, plus de 30 000 églises ont été construites ou retapées dans les anciennes républiques depuis la chute de l’Union soviétique.


Des travailleurs s'affairent dans un chantier rempli de briques.

Des travailleurs s'affairent sur le chantier de la future église orthodoxe de Zuzino, en banlieue de Moscou.


Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco




L’église de Zuzino, dont nous avons visité le chantier, sera blanche et aura quatre coupoles dorées. Une construction classique, dit Sergei Antonovitch, dévoilant les croquis avec fierté. Ces projets coûtent une fortune et sont presque entièrement financés par des entreprises privées souvent près du pouvoir et à qui l’Église semble ne rien refuser.


Dans le quartier, ce n’est pas tant le bruit des marteaux-piqueurs et des travaux qui dérange que le fait que les résidents n'aient pas été consultés, explique une mère en train de balader sa fille en poussette, près du chantier. « Beaucoup de résidents auraient préféré un parc ou une aire de jeu pour les enfants, mais personne ne m’a demandé mon avis, vous êtes la première! »


Olga, une autre résidente, affirme qu’il y a trop d’églises à Moscou et pas assez d’hôpitaux et d’écoles. Elle déplore la relation de proximité qui s’est développée, selon elle, entre le clergé et le pouvoir depuis l’arrivée de Vladimir Poutine en 2000. « Dans notre pays, le pouvoir du gouvernement et celui du patriarche se complètent, et ce n’est pas normal. »


Les clochers à bulbes de cette église orthodoxe sont de couleurs vives.

La cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux de Moscou.


Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco




Vladimir Poutine, l’entreprise et le clergé


Bien que la Russie soit officiellement laïque, le président Vladimir Poutine n’a jamais caché son affection pour les valeurs que véhiculent l’Église orthodoxe et son patriarche Kirill.



Monsieur Poutine a permis à l’Église de devenir une force sociale en Russie. Elle se doit de protéger les intérêts du peuple et, parfois, cela veut dire se rapprocher des gens au pouvoir, dans toutes les sphères du gouvernement.


Vahtangh Kichidze, porte-parole du patriarche Kirill


Nombreux sont les dossiers pour lesquels le chef de l’Église a publiquement soutenu le Kremlin, de l’annexion de la Crimée à l’intervention militaire de la Russie en Syrie.



« Je crois que l’Église a perdu un peu son rôle d’autorité morale. En tout cas, elle ne le joue pas à fond, et ne semble pas être à l’écoute des préoccupations des gens », explique Jean François Thiry, observateur religieux et directeur du Centre culturel Prokrovskye Vorota à Moscou.


« Malheureusement, sur les grandes questions, j’ai du mal à entendre la voix du patriarche pour dire certaines choses qui devraient être dites. »


Le soulèvement populaire


La construction controversée d’une église dans un parc d’Ekaterinbourg, dans l’Oural, est sans doute l'un des exemples les plus éloquents du ras-le-bol de la population face aux diktats du Kremlin, de l’Église et des oligarques qui la financent.


Au mois de mai dernier, des milliers de résidents ont manifesté contre la construction d’une église dans le principal parc de la ville. Deux milliardaires de l’industrie minière sont à l'origine de ce projet et ils refusent de reculer. À eux seuls, ils financent la restauration d’une cathédrale historique qui a été détruite dans les années 30 par les autorités soviétiques.



Ce sont des hommes très riches qui figurent parmi la liste de Forbes, on ne peut pas les influencer. Ils veulent construire cette église et c’est dans ce parc qu’ils la souhaitent, et nous n’y voyons pas de problème, puisque c’est leur foi qui les guide dans ce choix.


Vahtangh Kichidze, porte-parole du patriarche Kirill


Si l’Église s’est rangée du côté des promoteurs, c’est étonnamment le président Vladimir Poutine qui est intervenu pour suspendre les travaux, le temps de consulter la population. Ce sursis pourrait n'être que temporaire, mais il risque d’inspirer d’autres manifestations dans ce pays où les églises poussent comme des champignons.


« Je crois qu’à Ekaterinbourg, la société civile a voulu dire à l’Église : ne cherchez pas à imposer votre puissance, ne cherchez pas à conquérir toutes les places libres, ayez un peu de respect pour nous, pour l’environnement, pour nos droits, et même du respect pour les non-croyants », affirme pour sa part Jean François Thiry.


Peu de Russes à la messe


Ni moi ni mes amis n’allons à l’église, dit un étudiant rencontré tout près du chantier de Zuzino, à Moscou. L’idée de construire 200 nouvelles églises dans la seule région de Moscou le scandalise, d’autant plus que la majorité des Russes ne fréquentent plus les lieux de culte.


Une main pose une chandelle allumée dans un lieu de culte orthodoxe.

L'Union soviétique a mis de l'avant une politique antireligieuse très stricte au cours du 20e siècle.


Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco




Si 80 % des Russes affirment être orthodoxes, seulement 6 % d'entre eux fréquentent l’église lors des grandes fêtes religieuses comme Pâques ou Noël.



Malgré 70 ans de socialisme, les Russes ont maintenu la tradition. Ma mère et mon père étaient communistes, mais ils célébraient les grandes fêtes et les réveillons, même si c’était interdit.


Sergei Antonovitch, chef civil de la paroisse de Zuzino


Ne serait-ce que pour cette raison, Sergei Antonovich estime que les résidents de son quartier méritent d’avoir un lieu de culte, et ils méritent qu’il soit à proximité.