«Arsenault, il sait l’histoire au complet »

Devant l’indifférence du président de la FTQ, Ken Pereira a choisi de dénoncer aux médias les liens entre Jocelyn Dupuis et les Hells

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Les Québécois sont sur le bord de l'indigestion

Michel Arsenault connaissait l’implication de Jocelyn Dupuis dans «les cercles mafieux», mais il n’a pas levé le petit doigt pour venir en aide à un Ken Pereira dépassé par les événements.

Le président de la FTQ en a pris pour son rhume, mardi à la commission Charbonneau. M. Pereira, l’ex-délégué syndical des mécaniciens industriels à la FTQ-Construction (FTQ-C), a imputé à M. Arsenault l’ultime responsabilité de ses coups d’éclat. Son indifférence l’a poussé à se confier à l’équipe d’Enquête, a-t-il dit.

Ken Pereira a explosé lorsque deux policiers l’ont intercepté, à une date inconnue. « C’était comme dans un film », a dit le témoin. Les enquêteurs cherchent à comprendre pourquoi son nom revient aussi souvent dans les enquêtes. Il est passé un peu trop rapidement « des ligues mineures aux ligues majeures », et sa vie est en danger. Les enquêteurs le sollicitent pour devenir un agent source. Il est même question d’un changement d’identité. « Ça commence à être une position très lourde pour moi », a-t-il dit.

Ken Pereira sollicite aussitôt une rencontre avec Michel Arsenault et son conseiller politique, Gilles Audette. Il leur raconte tout, y compris l’intervention de la police et la présence du caïd Raynald Desjardins, « le vrai boss de la FTQ-Construction », dans l’entourage malsain de Jocelyn Dupuis, l’ex-directeur général de la FTQ-C. « Arsenault, il sait l’histoire au complet », a assuré M. Pereira.

Les deux pieds sur son bureau, le président de la FTQ réagit d’une façon jugée sarcastique par le témoin. Il lui aurait dit : « Ken, si t’es dans la drogue, mon homme, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? »

Le sort en était jeté. M. Pereira quitte la rencontre en furie. « Vous allez payer, mes tabarnaks ! », lance-t-il. Il se précipite alors au bureau de Raynald Desjardins pour lui dire qu’il ne se sent plus lié par sa promesse de garder la paix. Malgré le départ de Dupuis, en septembre 2008, il subit toujours l’oppression et l’ostracisme de ses confrères syndicaux.

Avant de s’engouffrer dans les bureaux du caïd, il téléphone à Alain Gravel pour se mettre à table au sujet des dépenses faramineuses de Jocelyn Dupuis.

L’animateur d’Enquête a donné une autre version des faits sur Twitter. « C’est nous, à Enquête, qui avons contacté Ken Pereira la première fois et non l’inverse », a écrit M. Gravel. Il situe la rencontre vers le 18 ou le 19 janvier 2009.

Élection truquée

Quoi qu’il en soit, la volte-face de Ken Pereira survient après l’élection chargée de novembre 2008 à la FTQ-Construction. Le tandem formé d’Yves Mercure (président) et de Richard Goyette (directeur général) s’impose sur celui de Roger Poirier et Bernard Girard. Le clan de Jocelyn Dupuis (le directeur général sortant) l’emporte sur le clan de Jean Lavallée (le président sortant).

L’élection est marquée par de nombreuses irrégularités. Un troisième candidat, Dominic Bérubé, se retire de la course pour appuyer Richard Goyette après avoir subi des pressions d’un présumé membre des Hells Angels, Jacques Émond. Des motards sont d’ailleurs présents au congrès, se souvient Ken Pereira.

Dupuis avait préparé de longue date « un putsch » contre Jean Lavallée, un proche de l’entrepreneur Tony Accurso. Le tandem aurait exercé une influence indue sur les investissements du Fonds de solidarité de la FTQ qui rendait Jocelyn Dupuis malade d’envie. « Jocelyn voulait la richesse à Tony et le pouvoir à Johnny », a résumé Ken Pereira.

Les membres des deux factions rivales se regardent en chiens de faïence lors de cette élection. Pour ramener la paix, Michel Arsenault embauche l’ex-président Henri Massé comme consultant. Lors d’une rencontre à l’hôtel Versailles, en mai 2010, M. Massé aurait tenté de faire comprendre à Ken Pereira qu’il était temps d’enterrer les vieilles rengaines sur les notes de frais de Jocelyn Dupuis.

« On ne parle plus de vol à la FTQ-Construction », aurait dit M. Massé. Ken Pereira profite de l’occasion pour le confronter sur l’octroi d’un prêt du Fonds à Ronald Beaulieu, une relation des Hells Angels. M. Massé « prend le blâme pour Beaulieu », a affirmé le témoin. L’ex-président de la FTQ aurait usé de son influence pour permettre au prêteur usuraire d’obtenir du financement du Fonds.

L’ami Accurso

Forcé de s’exiler en Alberta pour trouver du travail, Ken Pereira a trouvé un allié inattendu en la personne de Tony Accurso, l’entrepreneur accusé de fraude dans trois affaires distinctes. Il a même parlé de lui comme d’un ami.

M. Pereira a gardé le contact avec Tony Accurso jusqu’en juin dernier. Les deux hommes s’échangeaient des informations. M. Accurso voulait savoir si les journalistes enquêtaient à son sujet.

Par l’entremise de sa filiale Gastier, M. Accurso a permis aux hommes de Pereira de se trouver du travail à l’extérieur du Québec. Pereira et son entourage sont personae non gratae dans le milieu industriel au Québec, un secteur contrôlé par l’International.

Même Tony Accurso, malgré toute sa puissance et son influence, ne pouvait contrevenir à ce monopole syndical, a fait remarquer M. Pereira. « C’est une guerre de pouvoir pour avoir plus de cotisations syndicales et plus d’argent », a-t-il expliqué. La FTQ-C rend la pareille à l’International, en chassant ses travailleurs dans les secteurs où elle est majoritaire. « C’est du pareil au même. Ils font de la discrimination. »


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