Arcand coupe court aux débats des libéraux sur la laïcité

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Les libéraux s'enfoncent dans la défense du multiculturalisme canadien


Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand, met en sourdine les critiques de militants à l’égard de la position adoptée par l’état-major de la formation politique sur le projet de loi sur la laïcité de l’État.


Il oppose une fin de non-recevoir à la demande de Dominique Anglade et de Gaétan Barrette de poursuivre le débat sur l’interdiction de signes religieux chez les employés de l’État amorcé par les participants du conseil général, samedi et dimanche, à Drummondville.


Les députés libéraux s’en tiendront à effectuer un « débriefing » des échanges de la fin de semaine après leur retour à l’Assemblée nationale. « Notre position n’a pas changé » : le PLQ s’oppose à toute interdiction de symboles religieux, a affirmé sans détour M. Arcand à la veille du coup d’envoi des consultations sur le projet de loi 21.



Quand j’entends dire que ceux qui soutiennent la laïcité sont identitaires ou xénophobes, je ne me sens pas dans un parti rassembleur, qui a comme priorité le vivre-ensemble




Le chef intérimaire estime néanmoins que le gouvernement caquiste ferait « un pas dans la bonne direction » s’il limitait la portée de l’interdiction du port de signes religieux aux employés de l’État occupant des fonctions dites « coercitives » : les policiers, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales, les juges et les gardiens de prison.


Une demi-douzaine de membres avaient profité d’un atelier sur les « enjeux de société » samedi pour appeler la direction de leur parti politique à embrasser le « compromis Bouchard-Taylor ».


Ce faisant, le PLQ démontrerait « une fois pour toutes » qu’il est « le parti de tous les Québécois », selon Gabriel Ahmad. « Nous avons oublié que nous sommes aussi le parti des francophones », a-t-il lancé devant quelques centaines de militants rassemblés dans le Centrexpo Cogeco Drummondville. Le militant de la circonscription de Jean-Talon s’est aussi plaint de la promptitude avec laquelle des libéraux taxent de racisme ou de xénophobie toute personne cherchant à enraciner la laïcité dans la société. « Quand j’entends dire que ceux qui soutiennent la laïcité sont identitaires ou xénophobes, je ne me sens pas dans un parti rassembleur, qui a comme priorité le vivre-ensemble », a ajouté M. Ahmad, arguant que le PLQ ne détient pas « le monopole de la moralité ».


Libertés individuelles


Reste que la majorité des militants ayant pris la parole publiquement se sont dits prêts à défendre sans concession les libertés individuelles, dont la liberté de religion, face aux assauts du gouvernement caquiste.


Antoine Dionne-Charest figurait parmi eux. « Les libertés individuelles, ce n’est pas négociable. Ça fait partie de notre ADN », a insisté le membre de la commission politique samedi.


Gaétan Barrette a invité dimanche M. Dionne-Charest, et tout autre membre du PLQ tenté de l’imiter, « à faire attention avec cette métaphore ». « L’ADN, c'est quelque chose d’évolutif. Quand on n’évolue pas, la nature nous réserve de moins bonnes surprises… », a lancé l’ex-ministre de la Santé.


« Ces discussions sont saines pour notre parti », a noté M. Arcand au terme du conseil général. À défaut d’être relancé dans les instances du parti, le débat sur la laïcité refera immanquablement surface dans la course à la direction du PLQ, qui culminera au printemps 2020.


Après avoir répété qu’il ne briguera pas la chefferie, Pierre Moreau a incité samedi les membres à « surtout, surtout éviter d’essayer de se transformer dans une pâle copie de la Coalition avenir Québec ». L’ex-ministre a dit réserver son appui à « la personne qui va le plus incarner les valeurs du Parti libéral », dont la première est la protection des libertés individuelles.


Parmi les candidats à la chefferie pressentis, seule Marwah Rizqy milite actuellement pour le statu quo. Elle a d’ailleurs écourté son séjour à Drummondville afin de prendre part à une manifestation contre le projet de loi 21. La députée de Saint-Laurent répète sur toutes les tribunes que « la défense des libertés individuelles est quand même l’article 1 de [la] constitution » du PLQ.


Dominique Anglade, Sébastien Proulx et Gaétan Barrette sont pour leur part favorables au compromis Bouchard-Taylor.


Le président de la Commission-Jeunesse, Stéphane Stril, a souligné dimanche que tout parti politique qui « renonce à ses valeurs les plus profondes et fondamentales perd sa raison d’être ». Un pensez-y-bien pour les candidats pressentis : les jeunes libéraux contrôleront le tiers des votes lors de la course à la chefferie.


La voix des nationalistes


Après y avoir renoncé, Sébastien Proulx et Gaétan Barrette — respectivement un ex-adéquiste et un ex-caquiste — sont de nouveau tentés de briguer la chefferie, et ce, pour porter la voix des membres nationalistes.


« Une vraie course, c’est une course où tous les courants de pensée sont représentés », a fait valoir M. Proulx dimanche, tout en se décrivant comme « plus nationaliste que certains ».


L’unique candidat libéral élu à l’est de la région de Montréal le 1er octobre dernier prône une plus grande affirmation du Québec de « son histoire », de « sa culture », de « sa langue » dans la fédération canadienne. « Si ce n’est pas moi, il faut que quelqu’un le représente [le courant nationaliste] dans cette course », a ajouté M. Proulx avant d’aller bavarder avec Gaétan Barrette.


M. Barrette milite également pour un virage nationaliste au PLQ. Contrairement à Philippe Couillard, les ex-premiers ministres libéraux Jean Lesage et Robert Bourassa avaient adopté une « attitude très nationaliste » tout en étant des « leaders canadiens dans le développement hydroélectrique, dans le nationalisme culturel, économique… et autonomiste », a-t-il souligné samedi. « Ce nationalisme-là, vous ne l’avez pas senti dans le dernier mandat », a-t-il déploré.


 

Les règles de la course à la chefferie


En plus de verser 60 000 $ au PLQ, les candidats devront joindre les signatures de 750 membres en règle provenant d’au moins 70 circonscriptions à leur déclaration d’intérêt pour être officiellement inscrits à la course.



Pour être élevé au titre de chef, un candidat devra obtenir plus de 187 500 points sur 375 000. Pour y arriver, il devra rallier le plus grand nombre de jeunes possible, tout en obtenant le plus d’appuis possible dans chacune des 125 circonscriptions. Les jeunes distribueront 125 000 points. Les circonscriptions octroieront 2000 points chacune, peu importe le nombre de membres libéraux qui y sont inscrits.



D’ici au vote, le parti organisera cinq débats : quatre en français et un en anglais. « Si un candidat ne peut parler anglais, c’est un problème », a indiqué Pierre Arcand. « Si je décidais d’y aller, je ferais ce qu’il se doit de faire », a dit Sébastien Proulx.








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