Une maladie vénérienne

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L'identité nationale : l'ennemi à abattre pour la gauche sociétale

Ce dimanche-là, les yeux fixés sur le majestueux Piékouagami, à Saint-Félicien, Philippe Couillard avait poussé un soupir de soulagement. Il s’était tout à coup senti moins seul à condamner ces extrémistes qui soufflent sur les braises de l’intolérance, risquant ainsi de mettre le Québec à feu et à sang. D’autres l’avaient rejoint dans ce club très sélect, qui réunit celles et ceux chez qui le seul mot « identitaire » provoque en moins de deux une crise d’urticaire.


En moins de 24 heures, deux poids lourds de Québec solidaire sont venus à la rescousse de Philippe Couillard en stigmatisant ceux qui se réclament d’une identité québécoise. Le par ailleurs très honorable député de Mercier, annonçant son retrait de la vie politique, a vilipendé la « crispation identitaire » du PQ. Ce n’était pas une improvisation, Amir lisait un texte écrit. C’était donc le fond de sa pensée. Le lendemain, c’était au tour de cet adepte du magasinage électoral fédéral-provincial et ci-devant candidat dans Rosemont, qui dénonçait les « dérives identitaires » du PQ. Chez les libéraux, on pavoise, comme l’a écrit la journaliste du Journal de Montréal. « Bien entendu, c’est la fête au Parti libéral du Québec depuis que les rumeurs de cette candidature vont bon train. L’arrivée de Vincent Marissal ouvre la porte à une division du vote qui pourrait paver la voie à la victoire du PLQ dans Rosemont si le parti réussit à convaincre une personnalité d’importance à se présenter sous ses couleurs. »


C’est ainsi que des mots comme nation, nationalisme, patrie, identité sont devenus l’objet d’anathèmes par de nouveaux chanoines qui n’hésitent pas à prescrire l’exorcisme pour délivrer les malheureux égarés qui utilisent ces mots à proscrire. Jusqu’au vieux militant de gauche Roméo Bouchard qu’on a traité de nationaliste ethnique !


Bien sûr, pour ceux qui se disent « ailleurs », qui ont la tête dans les nuages, et qui, de 18 à 24 ans,  votent majoritairement pour le Parti libéral de Philippe Couillard, sous prétexte de sa prétendue ouverture sur le monde et sur l’Autre, devraient savoir sur quelle terre ils ont les pieds. Des post-nationaux, comme le dit du Canada Justin Trudeau. Autrement dit, un pays qui, pour épouser un trop grand nombre d’identités, a fini par n’en plus avoir.


Et pourtant ! Le philosophe Éric Martin, lui-même compagnon de route de QS, relevait dans son dernier essai, Un pays en commun, dans lequel il se dit convaincu qu’il ne peut y avoir de socialisme sans un enracinement dans un pays, une affirmation du grand Jean Jaurès : « La patrie est nécessaire au socialisme. Hors d’elle, il n’est et ne peut rien. » C’est le même Jaurès qui soutenait que « partout où il y a des patries, c’est-à-dire des groupes ayant conscience de leur continuité et de leur unité, toute atteinte à la liberté et à l’intégralité de ces patries est un attentat contre la civilisation, une rechute en barbarie. » On n’ose pas penser à ce que les contempteurs de l’identitaire auraient proféré si cette phrase avait été le fait de Mathieu Bock-Côté… Mais Jaurès, alors là ! On se garde une petite gêne…


Jean Bouthillette, dans son fameux essai Le Canadien-français et son double, paru en 1972, a livré une distinction majeure concernant le nationalisme : « Volonté de puissance pour les grandes nations, le nationalisme, pour les petites nations, est une volonté de vivre. »



La bête immonde


« Pour les commu­nautés racisées au Québec, l’ennemi est double. Il s’incarne à la fois dans le néolibéralisme et dans le racisme. Le Parti Québécois, aujourd’hui, porte en lui ces deux bêtes. » Cette phrase lourde de sens et de conséquences a bel et bien été prononcée en public, dans un congrès d’un parti national. Et il ne s’est trouvé personne, sur le plancher de ce congrès, pour remettre les pendules à l’heure et madame Dalila Awada à sa place, elle qui insultait, en même temps que l’intelligence des gens, les 90 000 membres du PQ.


Pour ce qui est du néolibéralisme, force est d’avouer qu’il est arrivé au Parti québécois de s’y empêtrer assez souvent. Trop souvent même, trahissant ainsi ses appuis naturels.


Mais raciste ?


Au fait, c’est une jeune femme d’origine haïtienne, Yama, qui a remporté le 6 mai la sixième édition de La Voix, diffusée sur TVA et écoutée par 2 millions de personnes. Des personnes qui ne sont ni de Westmount, ni d’Outremont, mais plutôt d’Hochelaga, du Lac-St-Jean et de la Gaspésie. Un vote populaire où elle a recueilli 60 % des suffrages…


Raciste ? On repassera, Dalila !


Mais il faudra se faire à l’idée qu’après la syphilis, la chlamydiose, l’herpès génital, les condylomes génitaux, la gonococcie et le sida, les Québécois découvrent ces temps-ci une nouvelle maladie vénérienne : l’identité, bien sûr mère de tous les vices.