Pour la Russie, c’est une question de tactique, pas de stratégie

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La méthode Poutine décortiquée

Je pense que la chute imprévue de Slaviansk nous touche tous très durement. Nous étions habitués à la considérer comme une nouvelle Stalingrad, comme une version « Donbass » de Bint Jbeil, et le soudain retrait des forces de Strelkov fut une surprise pour nous tous. Et je veux vraiment dire, nous tous, y compris les Ukies (qui avaient prédit que Strelkov combattrait là-bas jusqu’à la dernière balle). Et c’est exactement ce que Strelkov voulait.
Je pourrais ressasser tous les arguments d’Auslander ou ceux du Général Ukie anonyme, mais tout ce que je puis ajouter, c’est que je suis d’accord avec eux. D’ailleurs, pourquoi refaire ça ? J’ai déjà discuté de l’évolution de la situation des combats dans le Donbass (voir ici) et déjà discuté spécifiquement de la seule importance réelle qu’avait Slaviansk : symbolique. Si quelqu’un croit encore sincèrement que le départ de Strelkov fut autre chose qu’une retraite très élégante et parfaitement chronométrée depuis une position intenable, je n’ai plus d’arguments pour contrer une telle croyance. Aux autres je dirai ceci : reculer est une des compétences les plus difficiles et les plus importantes qui soient, lorsqu’on fait la guerre, une compétence complètement sous-estimée et méconnue des civils ; cela constitue un test épuisant et très révélateur de la qualité des forces qui exécutent la manoeuvre. Il apparaît que Strelkov a réalisé un retrait quasi parfait, impeccablement ordonné et réglé depuis Slaviansk déjà encerclée, et c’est la meilleure preuve possible de son habileté tactique.
Ce que je veux faire maintenant, c’est regarder non les aspects tactiques, mais les options stratégiques russes. Pas comment la Russie essaierait de faire ceci ou cela, mais plutôt ce qu’est probablement l’objectif final russe.
Les motivations et les objectifs de Poutine
D’abord, je dois vous dire que la seule hypothèse logique de réflexion au sujet de Poutine est qu’il fait ce qu’il croit être le mieux pour la Russie et pour la population russe. L’idée qu’il est un « lâche » ou qu’il est « vendu » est de prime abord ridicule : si cela avait été le cas, il n’aurait pas ordonné aux forces russes de souffler la péninsule de Crimée sous le nez des Etats-Unis et de l’OTAN. Il n’aurait pas non plus osé défier ouvertement les anglo-sionistes en Syrie. Non, si Poutine n’envoie pas les forces russes dans le Donbass, cela n’a rien à voir avec de la crainte ou une supposée faiblesse russe. Cela a tout à voir avec le fait qu’il est arrivé à la conclusion que cela ne serait pas la bonne tactique pour réaliser son objectif stratégique. C’est la seule explication logique.
Je voudrais mentionner qu’un récent sondage montre que 60 % (soixante pour cent !) des Russes sont d’accord avec lui et ne veulent pas envoyer de troupes dans le Donbass. Est-ce que ça signifie que 60 % des Russes sont lâches ou ont été achetés par le nouvel ordre mondial ? Pas le moins du monde.
Envoyer des troupes russes en Novorossia est une tactique, un moyen de réaliser quelque chose d’autre. Ce n’est pas un but en tant que tel, n’est-ce pas ? Alors quel est le but ?
Je pense que la première chose que l’on doit se demander, c’est ceci : la Russie peut-elle accepter, ou d’une certaine manière vivre avec, le projet étatsunien ? Quel est au fait ce projet ? Une Ukraine unie (non fédérale) menée par des Nazis russophobes complètement sous le contrôle des Etats-Unis, avec l’OTAN en Ukraine et toutes formes d’influence russe exclues. Au mieux, cela signifierait que la Crimée serait sous la menace constante d’une attaque et, au pire, cela signifierait une attaque Ukie/OTAN/Etats-Unis en Crimée aussitôt que suffisamment de forces auraient été rassemblées. Demandez-vous si c’est là une issue acceptable pour la Russie ? Y a-t-il une seule chance que Poutine puisse être persuadé d’accepter ça ? Ma réponse est un catégorique : « En aucune façon ! ». Ce n’est tout simplement pas une issue que la Russie puisse accepter, indépendamment de celui qui siège au Kremlin.
Bon, et un accord avec Poroshenko ? Quelque chose comme : « Vous abandonnez la Crimée, et j’abandonne le Donbass » ?
Absurdité. D’abord, Poroshenko n’existe pas. Bon d’accord, il y a un type appelé Poroshenko à Kiev, mais il n’a aucun pouvoir. Le pouvoir réel n’est même pas Obama, c’est l’« Etat profond » étatsunien : les marionnettistes d’Obama et les marionnettistes de Poroshenko. Maintenant posez vous cette question simple : l’« Etat profond » étatsunien a-t-il besoin du Donbass ? Bien sur que non !
Le Donbass : qui en a besoin, qui n’en a pas besoin ?
Le Donbass, c’est quoi ? En quelques mots, le Donbass est une région complètement russe qui, du fait des bizarreries de l’Histoire, s’est retrouvée à faire partie de l’Ukraine, exactement comme la Crimée. De plus, le Donbass est une région presque exclusivement orientée vers les échanges avec la Russie. Il a du charbon et des capacités industrielles de haute technologie (y compris militaires). Les Etats-Unis, l’Europe ou même l’empire anglo-sioniste dans son ensemble n’ont strictement aucun besoin du Donbass. La Russie oui, la Russie pourrait sans aucun doute faire grand usage du potentiel du Donbass, mais personne d’autre qu’elle n’est dans ce cas. Maintenant, si le Donbass est transféré à l’Ukraine croupion sous contrôle nazi (ce que j’appelle le Banderastan), il perdra ainsi et automatiquement toute valeur : coupé de la Russie, le Donbass est inutile. Tout comme une clé est utile seulement s’il y a une serrure, le Donbass est utile seulement par ses relations avec la Russie. Supprimez-les et le Donbass est sans valeur.
Qu’arriverait-il à un Donbass partie intégrante d’un Banderastan unifié ? Et bien, tout d’abord, la Russie serait contrainte de l’isoler immédiatement de l’Union Douanière, pour protéger Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie et les futurs membres de cette union des marchandises en provenance de l’Union Européenne. De plus, les fanatiques de la junte ont déjà annoncé que le Banderastan ne fournira pas l’industrie militaire russe. D’ailleurs, le Donbass est déjà en chute libre – depuis le début de l’année les exportations vers la Russie ont chuté, si je ne me trompe pas, de quelque chose comme 1/4, soit 25 %. Il nous faut donc nous rendre à l’évidence, si la junte nazie met jamais la main sur le Donbass, ce ne sera qu’une région dévastée, et non l’importante source de revenus qu’il a été depuis 1991.
Si l’on met de côté la valeur « patriotique », pour un état imaginaire (l’Ukraine), qu’il y aurait à « reprendre » ses territoires historiques (au moins dans leur imagination), le Donbass n’a aucune valeur, et par conséquent ni la junte ni les Etats-Unis ne permettront jamais un tel marché.
Peut-être demanderez-vous pourquoi les Ukies combattent si dur pour mettre la main sur un morceau de territoire inutile. C’est vraiment simple.
Pourquoi donc se bat-on, en réalité ?
En premier lieu, souvenez vous que les Ukies ne décident de rien. C’est l’Oncle Sam. Et l’Oncle Sam veut une nouvelle guerre froide, l’Oncle Sam suscite des guerres et des crises partout, parce que c’est crucial pour justifier l’existence de l’OTAN et parce que cela maintient le dollar à flot. Pour l’Oncle Sam, une guerre d’une décennie dans le Donbass est parfaite : faire payer ces maudits Russkofs pour la Syrie, amener l’OTAN encore plus près de la frontière russe, flanquer une peur de tous les diables aux Européens, ce faisant en profiter pour torpiller l’Euro, et justifier l’existence de l’OTAN. Que peut-il y avoir de mieux ?!
Mais la junte aussi a besoin de la guerre. Déjà, parce que cela lui fournit le parfait bouc émissaire : Poutine, les « Moscovites », le tout puissant FSB, etc. Cela crée aussi une atmosphère de peur, ce qui est excellent pour les pouvoirs de police, les violations des droits civils et humains, etc. Cela permet aussi aux Nazis de faire la chasse aux « saboteurs » et aux « agents russes » (quiconque est en désaccord avec leur idéologie et leurs politiques). Une guerre, c’est aussi le moyen parfait pour justifier la crise. C’est même un moyen de faire beaucoup d’argent : Kolomoiski a déjà gagné des millions en surfacturant le carburant à l’armée Ukie. Dernière chose, et non des moindres, les guerres engendrent le chaos, et les voyous, partout, aiment le chaos et l’anarchie : c’est là un environnement dans lequel ils prospèrent.
Donc, l’Oncle Sam et sa junte nazie à Kiev veulent tout deux la guerre, mais ils ne veulent pas le Donbass.
Qu’est-ce que cela signifie pour la Russie ?
Et bien, nous avons déjà établi que la Russie ne peut permettre que le plan étatsunien pour l’Ukraine réussisse. La Russie ne peut permettre un état unifié nazi et appartenant à l’OTAN sur sa frontière ouest. Nous avons aussi établi qu’aucun accord n’est possible, qu’il n’y a rien à négocier simplement parce que ni l’Oncle Sam ni la junte nazie n’ont aucun intérêt à une quelconque forme de négociation. La seule conclusion possible à ce qui précède, c’est qu’il ne reste à la Russie qu’une seule option : la victoire. Ou, si vous préférez, une totale défaite de la junte de Kiev et de l’Oncle Sam.
En fait, la Russie n’a pas le choix.
Je veux souligner ici que ce n’est pas à proprement parler une question de choix. Représentez-vous les choses ainsi : si je pointe une arme sur votre poitrine en vous disant « la bourse ou la vie », vous avez, il me semble, une sorte de choix, mais ce n’est pas vraiment un choix, n’est-ce pas ? C’est la même chose ici : la Russie a bien sûr le choix de mettre en péril son existence même, mais il n’est pas un seul dirigeant russe sain d’esprit qui puisse accepter de laisser une Ukraine nazie unifiée à la frontière russe. La Russie se doit par conséquent de résister à une telle issue. La Russie doit vaincre cette alliance Etats-Unis/Nazis et ses objectifs. Et pour cela, la junte nazie de Kiev doit tomber.
Pour le dire simplement : le but véritable de la Russie en Ukraine est un changement de régime.
Rien de moins ne saurait faire l’affaire. La Russie doit absolument dénazifier au moins la plus grande partie de l’Ukraine, au strict minimum tout ce qui se trouve à l’ouest du Dniepr et probablement aussi Kiev. Si la Russie avait une frontière commune avec une Ukraine normale, décente, et que l’Ukraine, elle, avait une frontière commune avec une sorte de petit Banderastan galicien, alors la Russie pourrait probablement vivre avec ça. Mais un tel mini Banderastan serait hautement subversif pour le reste de l’Ukraine, ou alors non viable, je ne peux l’imaginer. D’ailleurs, il y a des chances que même les gens d’Ukraine occidentale reprennent leurs esprits tôt ou tard et se rendent compte que le nazisme n’est bon pour personne, pas même pour eux.
Actuellement, la population ukrainienne est clairement devenue folle. Le dernier sondage présente ce maniaque pédophile de Liasshko comme étant l’homme politique la plus populaire du Banderastan. Suivi par Iulia Timoshenko et Vitalii Klishko. Cela paraît terrible, bien sûr, mais regardez les chiffres encore une fois : à eux tous, les candidats qui apparaissent sur l’image totalisent 74 % de l’opinion. Que sont donc devenus les 26 % restants ? Qui choisiraient-ils ?
Quand le politicien le plus populaire est à 23,1 % et que les six plus populaires totalisent 74 % à eux tous, vous savez que vous avez un pays en crise politique profonde. Et encore, il ne nous est pas dit pourquoi les Ukrainiens interrogés ont choisi ces personnages-là. Bon, pour choisir Liashko, il faut être un fou furieux ou un idiot qui bave ou les deux. Mais les autres ? Peut-être ont-ils été choisis non comme les meilleurs, mais comme les « moins pires » ? Quoi qu’il en soit, je soupçonne que la plupart des Ukrainiens sont corrects, sains d’esprit, et au fond de bonnes personnes. Bien sûr, il y a un grand nombre de fanatiques parmi eux, mais c’est normal dans un pays qui est en fait en faillite et qui a subi vingt années de lavage de cerveau néo-nazi et russophobe. Il faut que cela change. Tôt ou tard, cela doit changer.
Si l’on ajoute à cela le fait que l’Ukraine est en fait finie économiquement, morte pour n’importe quel usage pratique, et que, quoi qu’il arrive, la crise économique explosera avant la fin de l’année, on peut voir pourquoi un changement de régime pourrait très bien se produire même sans aucune intervention russe.
Le seul plan réellement envisageable
De ce qui précède, nous pouvons tirer trois conclusions simples et élémentaires :
En aucune circonstance la Russie ne peut permettre la chute de la Novorossia.
Un changement de régime à Kiev est un objectif stratégique vital pour la Russie.
Moscou enverra ses forces militaires seulement en dernier ressort.
A présent, le plan de Poutine devient clair, je pense : garder la Novorossia en état de résister en attendant un changement de régime à Kiev. Cela, bien sûr, ne signifie pas que l’aide des Russes va devenir officielle, quoiqu’il se pourrait que cela arrive, particulièrement dans le cas où les Ukies deviendraient fous et où la situation humanitaire empirerait. De plus, et même si cela peut sembler cynique, la guerre en Novorossia est un fantastique facteur de mobilisation psychologique des populations en Russie et en Novorossia. De nouveau, soyons réalistes, ce que j’appelle le « potentiel de résistance » en Novorossia est loin d’être déjà atteint, et la plupart des Novorossiens ne font encore que suivre le tout à la télé. Mais maintenant que Slaviansk est tombée, et qu’il semble que Donetsk et Lugansk soient les suivantes sur la liste, et maintenant aussi que l’artillerie ukie s’entend depuis le centre ville, vous pouvez être assurés que de plus en plus de Novorossiens vont prendre conscience que ce n’est pas une guerre qu’ils peuvent se contenter de regarder sur leur poste de télé : ils ont voté pour l’indépendance en masse [Ndt : en français dans le texte], ils vont maintenant devoir défendre ce choix, en masse [Ndt : en français dans le texte] également.
En ce qui concerne la Russie, je peux vous assurer que les nouvelles en provenance d’Ukraine qui déferlent quotidiennement horrifient le public, le scandalisent, le mettent en fureur ; elles ont eu déjà un impact énorme en Russie. Considérez seulement ces chiffres qu’un officiel du Kremlin a publiés hier. Officiellement, il y a maintenant 481.268 réfugiés d’Ukraine en Russie, 414.726 dans la seule région frontalière (Rostov), et 20.461 ont déjà demandé le statut de réfugiés. Ainsi alors que le Département d’Etat des Etats-Unis nie la réalité du phénomène ou, parfois, l’explique par le bon air des « montagnes de Rostov » (il n’existe rien de tel) ou par un grand nombre de gens « en visite chez grand-mère », les Russes, eux, voient bien les énormes et lourds avions de transport IL-76 qui déversent des familles entières, ils voient bien les longues files de réfugiés aux postes frontières russes (sur lesquels, d’ailleurs, les Ukies tirent « par erreur »), ils voient des groupes de musique populaire (comme DDT) qui organisent des concerts afin de récolter des fonds, ils voient des villes entières de tentes montées par EMERCOM [Ndt : le ministère russe des situations d’urgence] (sur le coup, de classe mondiale !) et des réfugiés en grand nombre logés à travers toute la Russie, dans des hôtels, dans des familles ou dans des centres spécialement construits pour eux. Donc, je vous en prie, ne vous leurrez pas : quoique les sionisto-médias occidentaux soient, eux, « incapables » de voir les horreurs du Donbass, celles-ci constituent l’actualité quotidienne de tous les médias d’information russes, et ce déluge d’événements a un effet profond et durable sur la population.
La bonne nouvelle pour la Novorossia et la Russie
Le Banderastan est condamné. Pour le moment, il est maintenu en vie par l’aide occidentale, par le gaz russe (illégalement détourné dans des réserves au printemps dernier) et, surtout, par la force d’inertie. Tout comme un grand train ne peut s’arrêter pile, un grand État comme l’Ukraine (maintenant défunte) ne peut se planter en une nuit. Ce qui n’empêche qu’elle soit en train de perdre son élan à une vitesse vertigineuse. Moscou a coupé les robinets du gaz, les prêts étrangers couvriront à peine les intérêts de la dette ukrainienne, et la guerre dans l’est du pays ne coûte pas seulement des milliards, elle détruit l’infrastructure de ce qui était la partie la plus riche de l’ancienne Ukraine. La junte de Kiev est composée de fanatiques incompétents qui n’ont pas la moindre idée de la manière d’aborder les problèmes réels, et qui, de ce fait, se bornent à exécuter les ordres de l’Oncle Sam. Quant à l’Oncle Sam, non seulement il se fiche éperdument des Ukies et de leur pathétique Banderastan, mais il est tout à fait satisfait d’avoir provoqué une crise aussi énorme pile entre l’Union Européenne et la Russie.
Qu’en est-il de la prétendue « opération anti terroriste » contre la Novorossia ? Et bien, disons simplement que le nouveau ministre de la Défense du Banderastan a une expérience militaire parfaitement nulle et qu’il a déjà annoncé que la stratégie ukie sera d’encercler et de mettre sous blocus Lugansk et Donetsk. Eh oui, c’est vrai, les Ukies ont d’ores et déjà annoncé qu’ils n’essaieront pas de prendre ces deux villes. Bien sûr, comme la junte a jusqu’ici toujours menti au sujet de tout, nous pouvons être à peu près sûrs qu’ils lanceront une attaque, mais comme leurs chances de succès sont à peu près nulles (des opérations offensives en milieu urbain annulent à peu près tous les avantages des Ukies), ils ont déjà annoncé que ce n’était pas, pour eux, un objectif.
[En encadré, je tiens à observer ici que quelque chose d’intéressant s’est produit : à la suite de la « victoire » ukie à Slaviansk, un certain nombre d’officiels de sécurité ukies de haut rang ont été virés et remplacés. Qu’est ce que cela indique, à votre avis, sur la réelle signification de ce qui s’est passé ?]
Il n’y a aucun doute : le temps est du côté de la Russie, et l’effondrement de la totalité de l’Etat banderastanais est inévitable d’ici les 4 à 6 mois prochains. Ce qu’il reste à voir, c’est si la Novorossia sera capable de résister aussi longtemps sans que les Russes ne lui apportent leur aide ouvertement. Mon hypothèse est que oui, elle le pourra, mais avec la prise de contrôle par les Ukies de toute la partie nord-ouest de la Novorossia (la grande zone autour de Slaviansk-Kramatorsk), les Novorossiens n’ont plus de profondeur stratégique. A présent, c’est le temps du « plus un pas en arrière », que ce soit pour la Novorossia ou pour la Russie elle-même. Un autre succès ukie pourrait renverser la vapeur, en particulier sur le plan psychologique. C’est une chose d’abandonner une ville indéfendable, c’en est une toute autre de perdre Gorlovka ou Snezhnoe et de risquer de perdre le nœud Krasnyi Luch – Antartsit. Si ces nœuds clés viennent à être envahis par les Ukies, la défense de Lugansk et de Donetsk deviendra le baroud d’honneur de la Novorossia.
En conclusion : dissiper quelques mythes
Il y a quelques mythes qui, je pense, doivent être dissipés pour conclure. Le premier est que la résistance a été vaine, que Strelkov ou Poutine (ou les deux) ont fait aux Novorossiens ce que Papa Bush avait fait aux shiites d’Irak : leur dire de se soulever seulement pour les laisser ensuite être massacrés. En fait, cette idée suppose que les Nazis puissent agir sans terreur ni massacres. Aussi, laissez moi vous rappeler ici qu’il n’y pas eu de soulèvement, ni de Strelkov, ni à Odessa, laquelle néanmoins a eu son massacre et vit maintenant sous un régime quotidien de terreur. De plus, c’est le même régime de terreur que l’on trouve à présent à Kharkov, qui initialement voulait aussi rejoindre la Novorossia, mais dont la résistance fut très efficacement écrasée par le SBU [NdT : Le Service de sécurité d'Ukraine, nom donné aux services secrets de l'État ukrainien] et les voyous du Secteur Droit. La même chose vaut pour Marioupol. Toutes ces villes vivent maintenant dans une atmosphère de peur, dirigées par les escadrons de la mort et les gangs de voyous des oligarques locaux à qui ces villes furent littéralement « offertes » par la junte (des types comme Kolomoisky, ou Palitsa, son suppôt à Odessa). Contre les Nazis, il est toujours préférable de résister jusqu’à la dernière balle, et la solution pour la partie d’Ukraine occupée par les Nazis est toujours la même : résistance, lutte et changement de régime à Kiev. Imputer la guerre à Poutine et/ou Strelkov est tout simplement absurde.
Ensuite, il y a la comparaison entre la Crimée et le Donbass. Pour le dire simplement, il n’y a là rien de comparable. Ce sont des régions complètement différentes, avec des géographies profondément différentes et avec des tempéraments complètement différents tant au plan ethnique qu’au plan idéologique. Affirmer simplement que Poutine aurait pu faire dans le Donbass ce qu’il a fait en Crimée, c’est oublier la réalité du terrain. Il n’y a absolument aucune raison du tout de croire que la population de Novorossia soit entièrement unie dans le désir de devenir une partie de la Russie, comme c’était le cas de la population de Crimée. C’est sûr, ils ont voté pour la souveraineté, mais cela peut signifier beaucoup de choses, de devenir une entité souveraine au sein d’une Ukraine fédérale ou confédérale, à devenir une partie de la Fédération de Russie, en passant par l’obtention pure et simple d’un statut d’État indépendant. Nous ne devons pas confondre sentiments anti-nazis et sentiments anti-ukrainiens. On peut très bien haïr la junte nazie de Kiev et cependant vouloir rester ukrainien dans son identité. Donc oui, il y a des signes clairs montrant que le Donbass ne veut rien avoir à faire avec le régime nazi désormais au pouvoir à Kiev, mais de cela nous ne pouvons pas conclure automatiquement que la majorité des Novorossiens veuillent que le Donbass fasse partie de la Russie. Cela pourrait changer dorénavant, avec la guerre, mais nous ne le savons pas encore.
Enfin, il y a la question du pouvoir global russe. Certains pensent que la Russie est faible et ne peut simplement pas se permettre un conflit mondial déclaré contre l’Empire anglo-sioniste. Ils font remarquer, à juste titre, que la Russie est dans une situation de dépendance à l’égard de nombre d’importations étrangères (produits pharmaceutiques, composants informatiques, etc.). D’autres affirment que la Russie est pratiquement invulnérable, qu’elle pourrait parfaitement se permettre une confrontation économique frontale avec l’Ouest et réussir à s’imposer. Aucune de ces affirmations n’est vraie.
La Russie est dépendante des importations pour beaucoup de choses. Et il y a beaucoup d’argent russe à l’étranger, dans les banques du Royaume Uni et dans des comptes offshore. L’économie russe fait de son mieux, mais avec toute l’Union Européenne en récession, il y a d’assez bons signes que la Russie soit vouée à y entrer elle aussi. Et c’est normal, il y a seulement quinze ans la Russie n’était pas loin de devenir un état en faillite, comme l’Ukraine aujourd’hui, et ce que Poutine a réussi est presque un miracle. Pourtant, même les quasi miracles demandent du temps, et la Russie est loin, très loin, d’avoir vraiment recouvré la santé. Il y a aussi des problèmes systémiques majeurs en Russie, comme la corruption, la fuite des capitaux, une politique folle des taux d’intérêt, la plupart des compagnies russes établies à l’étranger, un système d’imposition en dessous de la moyenne, etc. Oui, la Russie va de mieux en mieux, elle a d’énormes réserves financières, des ressources naturelles et humaines, et les perspectives à long terme sont tout à fait excellentes. Hélas, c’est déjà arrivé dans l’histoire russe.
Le brillant réformateur et premier ministre de Russie Piotr Stolypin a prononcé un jour une phrase qui est restée célèbre : « Donnez à la Russie vingt années de paix intérieure et extérieure et vous ne la reconnaîtrez pas ». Il fut assassiné par un révolutionnaire en 1911, et nous savons tous ce qu’il advint ensuite. Poutine n’a jamais eu non plus ses vingt ans de paix, et en vérité, il ne semble pas qu’il les aura jamais, et la Russie non plus, en tout cas pas tant que les anglo-sionistes occuperont la planète. Et cela signifie que la Russie ne retrouvera pas non plus de sitôt sa pleine santé et son plein potentiel. En d’autres mots, que la Russie puisse ou non, d’une manière ou d’une autre, survivre à une confrontation totale avec l’Ouest n’est pas la question ; ce qui importe, c’est que la Russie a un intérêt stratégique de faire tout ce qui est en son pouvoir pour l’éviter. C’est pourquoi Poutine est si prudent et c’est probablement pourquoi 60 % des russes ne veulent pas que l’armée russe entre en Novorossia : ils ne veulent pas compromettre ce qui a été accompli à un si grand coût et avec tant d’efforts dans la Russie de Poutine ces quinze dernières années. Je le dis à nouveau, s’il n’y a vraiment pas d’autre moyen de sauver la Novorossia d’une prise de contrôle nazie, l’armée russe entrera très probablement en Novorossia. Mais je pense que le Kremlin a mandat du peuple russe de conserver cette option comme étant celle de l’absolue dernière chance (des actions militaires mineures et même limitées étant toujours, par définition, envisageables).
Le Saker
Traduit par Zéro Décibel et Goklayeh


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