Dans un éventuel gouvernement du Parti québécois

Marois aurait un ministre de la Souveraineté

Rejeter la mécanique du référendum ne veut pas dire sacrifier l'idéal du PQ

Ministère de la Souveraineté

Baie-Saint-Paul -- Même si Pauline Marois a mis au rancart «la maudite mécanique» du référendum, la nouvelle députée de Charlevoix et chef du Parti québécois favorise toutefois la création d'un poste de ministre de la Souveraineté au sein d'un prochain gouvernement péquiste.
«On ne remet pas ça en question. Au contraire, ce sera une base pour nous permettre d'expliquer c'est quoi le projet qu'on défend, qu'on veut mettre de l'avant, et c'est quoi la souveraineté d'un pays», a indiqué Pauline Marois au cours d'une conférence de presse tenue dans sa nouvelle circonscription à la suite de sa victoire convaincante de lundi.
La nomination d'un ministre de la Souveraineté est inscrite à l'article 1 du dernier programme du PQ adopté en juin 2005, programme dans lequel Mme Marois veut biffer tout ce qui touche au processus référendaire, dont son échéancier.
Rappelons qu'à ses premiers pas à titre de chef du PQ à la fin juin, Pauline Marois avait soutenu qu'il n'était pas question qu'un gouvernement péquiste sous sa gouverne engage des fonds publics pour promouvoir la souveraineté, une autre volonté inscrite à l'article 1 du programme péquiste. Or, on voit mal comment un ministre de la Souveraineté pourrait se passer d'un budget, si modeste soit-il.
Un peu plus tard, à l'émission Maisonneuve à l'écoute de Radio-Canada, Pauline Marois a parlé de «la maudite mécanique référendaire». L'échéancier référendaire a donné bien des maux de tête à ses prédécesseurs, que ce soit Lucien Bouchard, Bernard Landry ou André Boisclair. «C'est venu obscurcir le débat», estime-t-elle.
Pauline Marois a proposé un plan de travail à l'exécutif du parti, qui l'a adopté. Dans quatre mois, le PQ disposera de sa plateforme électorale et de propositions pour modifier le programme. Tout changement dans le programme doit cependant être approuvé par un congrès national des membres. La chef péquiste a mis sur pied une demi-douzaine de comités thématiques -- environnement, économie, famille, identité... -- auxquels participent des députés et des militants, mais aussi des intellectuels et des représentants de la dite société civile.
Selon Mme Marois, sa position, qui repousse aux calendes grecques la tenue d'un référendum, n'a pas démoralisé les troupes souverainistes. «Au contraire, c'est comme si j'avais senti un certain soulagement de la part des militants», a-t-elle affirmé.
Pauline Marois se défend bien de s'inspirer des «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard. Elle voit une forme «d'attentisme» dans cette stratégie qui n'a pas donné de résultats, même au moment de l'adoption de la Loi sur la clarté de Stéphane Dion, où l'indignation d'un Lucien Bouchard n'a pas fait tache d'huile dans la population. «La différence, c'est que je veux faire avancer le Québec sur tous les fronts», a-t-elle dit: obtenir des pouvoirs, faire des alliances avec d'autres partis. À cet égard, elle a cité l'exemple de la loi 104 sur la langue d'enseignement qui a été invalidée par la Cour d'appel, une situation au sujet de laquelle l'Assemblée nationale doit intervenir, estime-t-elle.
Présent à Sainte-Adèle, le premier ministre Jean Charest n'a pas pu s'empêcher de faire remarquer que Mme Marois devient le sixième chef du PQ depuis qu'il est à la tête du Parti libéral, en 1998, si l'on inclut les deux dirigeants intérimaires qu'ont été Louise Harel et François Gendron.
Pour Jean Charest, le PQ a beau changer souvent de chef, le parti lui-même «ne change pas», a-t-il ironisé.
Selon le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, n'eût été du vote libéral, Pauline Marois n'aurait pas eu la partie aussi facile à l'élection complémentaire de lundi. Le chef de l'Action démocratique du Québec ne s'était pas fait d'illusions quant aux chances de réussite de son candidat Conrad Harvey, mais il s'est dit néanmoins étonné par l'ampleur de la victoire de la chef du Parti québécois.
Maintenant qu'elle a un siège à l'Assemblée nationale, la chef du PQ devra rendre des comptes, a prévenu son vis-à-vis de l'opposition officielle. Déjà, selon lui, «elle est empêtrée» dans le dossier épineux du calendrier référendaire.
«Il semble qu'elle aurait donné à Ségolène Royal des garanties qu'il n'y aurait pas de référendum, puis ce matin, elle dit qu'elle est à la recherche de conditions gagnantes pour en tenir un. Elle avait réussi à glisser ces questions sous le tapis le temps d'une partielle, mais elle ne pourra pas mettre ces questions en veilleuse de façon permanente», a-t-il argué.
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Avec La Presse canadienne


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