Marche contre l’islamophobie : gênés, des politiques de gauche prennent leurs distances

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L'islamogauchisme confronté à ses propres contradictions

L’appel à la marche contre l’islamophobie organisée dimanche 10 novembre à Paris, continue de mettre la gauche et une partie des responsables politiques dans l’embarras, et a obligé Edouard Philippe à s’exprimer, mercredi 6 novembre.


Le premier ministre a noté sur BFM-TV que « depuis que l’appel à manifester a été publié, un certain nombre de gens qui l’avaient signé, peut-être sans le lire, se disent que finalement il fallait appeler à manifester mais ils ne vont pas y aller. Je les laisse s’accorder avec la clarté de cette position ».


Refusant d’utiliser le terme « islamophobie », M. Philippe a dit qu’il ne « niait absolument pas le fait qu’en France un certain nombre de Français peuvent être mis en cause à raison de leur couleur de peau, de leur conviction religieuse. C’est du racisme ou de la discrimination ». Mais pour lui, « un certain nombre, peut-être pas tous, de ceux qui appellent à manifester dimanche me paraissent s’inscrire dans une logique de communautarisme qui n’est pas du tout ce à quoi je crois ».


L’eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Yannick Jadot, a expliqué mercredi à l’Agence France-presse (AFP) qu’il ne se rendrait pas à la marche. La veille, il avait déjà dit qu’il ne « validait pas l’ensemble du texte », qui fait polémique pour certains de ses termes – « lois liberticides », « islamophobie »… – et l’identité de ses initiateurs, dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), accusé de liens avec les Frères musulmans.


M. Jadot préfère honorer dimanche un déplacement prévu de longue date à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour soutenir la candidate écologiste aux municipales. Sans ce rendez-vous, « la logique aurait voulu que je sois » à la marche contre l’islamophobie, a précisé le député européen, qui continue à soutenir la démarche sur le fond. Le secrétaire national d’EELV, David Cormand, a aussi confié ne pas pouvoir s’y rendre, malgré son soutien à cette manifestation, en raison d’un déplacement en Finlande.


Le député La France insoumise (LFI) de la Somme François Ruffin a annoncé qu’il n’irait pas manifester non plus, après avoir pourtant signé l’appel – une négligence initiale due à des obligations familiales, selon lui. Il a expliqué vouloir se tenir à distance du sujet religieux qui n’est « pas [son] truc » et ira « jouer au football » comme tous les dimanches.


Le no 2 du parti et député du Nord, Adrien Quatennens, lui, y serait « sûrement » allé si des « raisons personnelles » ne le retenaient ailleurs, a-t-il dit à BFM-TV.


Malgré son soutien à la cause, il a confié ne pas être « dupe du fait que certains, une minorité, utilisent le terme d’islamophobie en considérant que ça va annihiler demain toute capacité à critiquer la religion ». « La prochaine fois, on écrira notre propre texte, il n’y aura pas d’ambiguïtés », a ajouté le coordinateur de LFI.


En revanche, Jean-Luc Mélenchon « persiste et signe ». Dans un billet de blog, le chef de file des « insoumis » assume sa signature pour l’appel à la marche de dimanche – sans pour autant préciser s’il y participera.  « Certes, “islamophobe” est un mot que nous n’aimons pas, nous préférons combattre la “haine des musulmans”» Mais, ajoute-t-il, « je signe un texte pour ce qu’il y a dans le texte et pas en raison de ceux dont je découvre ensuite qu’ils l’ont également signé », faisant référence au CCIF. Même son de cloche du côté du député LFI Eric Coquerel, qui a signé une tribune en ce sens sur Libération.


Le Parti socialiste (PS) a quant à lui annoncé qu’il ne se rendrait pas à la marche, ne se « reconnaissant pas dans les mots d’ordre qui présentent les lois laïques en vigueur comme “liberticides” ».


Le président du Parti radical de gauche (PRG), Guillaume Lacroix, a, pour sa part, vilipendé la « jonction antirépublicaine du politique et du religieux ».


Le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel, a affirmé qu’il ne participerait pas à la marche, qualifiant de « réducteur » le terme d’« islamophobie », malgré l’appel à y participer de certains responsables communistes, dont le porte-parole du parti, Ian Brossat, et le député de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu.


La militante féministe Caroline De Haas a, elle, demandé à ce que son nom soit retiré de la liste, en raison de la présence de « personnes qui ont tenu des propos d’une violence sidérante à l’encontre des femmes », comme elle l’a expliqué dans un post de blog. Elle précise qu’elle ira toutefois manifester dimanche. Mme De Haas fait référence à une vidéo ancienne mais qui a récemment circulé sur les réseaux sociaux d’un des signataires de l’appel, l’imam Nader Abou Anas. On l’y voit affirmer lors d’un prêche que « les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari » ou encore que « la femme, elle ne sort de chez elle que par la permission de son mari ». Devant la polémique, Nader Abou Anas s’est lui-même retiré de la liste des signataires.


Parmi les autres signataires se trouvent le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le fondateur de Génération.s, Benoît Hamon, le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, ou encore la porte-parole de l’association altermondialiste Attac, Aurélie Trouvé.