Lourde chute des Bourses mondiales

Crise mondiale — crise financière



L’inquiétude se lisait dans les yeux de plusieurs courtiers sur le parquet de la Bourse de New York hier.

Photo : Agence Reuters




François Desjardins - La planète financière semble se laisser convaincre que le pessimisme est désormais au sommet de l'ordre du jour, ce sentiment collectif ayant eu pour effet hier d'entraîner les marchés boursiers de l'Amérique du Nord et de l'Europe dans de lourdes pertes qui suscitent les questions suivantes: y aura-t-il une récession? Sinon, d'où viendra la reprise?
La dégelée, attribuée à aucun événement en particulier s'étant déroulé dans la journée, porte à 10 % le recul que plusieurs Bourses, dont Toronto, le Dow Jones et le S&P 500, ont enregistré depuis trois mois. Ce seuil est généralement associé à une correction des marchés après une période d'ascension.
Alors que la Bourse de Toronto a perdu 436 points, ou 3,4 %, l'indice Dow Jones a carrément laissé tomber 513 points, ou 4,3 %, sa pire performance depuis la crise financière de l'automne 2008. Le S&P 500, dont le caractère élargi en fait un baromètre plus fiable, s'est replié de 4,8 %, alors que le Nasdaq, à teneur technologique, a cédé 5,1 %.
Cette journée mouvementée est survenue alors que tout le monde n'attend qu'une chose: le taux de chômage américain, dont la publication est prévue ce matin, peu avant l'ouverture des marchés. Les États-Unis, dont l'économie n'arrive simplement pas à redécoller, étaient toujours aux prises avec un taux de 9,2 % au mois de juin.
Dans un entretien avec l'agence Bloomberg à New York, le stratège en chef chez UBS Wealth Management Americas a estimé que «les chiffres doivent absolument montrer que l'économie n'est pas en train de vivre une nouvelle récession». Selon lui, le rapport de ce matin est «d'une importance cruciale»; tout signe de faiblesse entraînera les marchés encore plus vers le bas.
Selon les plus récentes données, la croissance américaine observée au cours de la première moitié de 2011 s'est limitée à seulement 0,8 % en rythme annuel.
L'Europe veut se rassurer
La journée a été marquée par la décision de la Banque centrale européenne de recommencer à acheter des obligations gouvernementales après une pause de quatre mois. Cela a pour effet de fournir des liquidités aux établissements financiers de manière à faciliter leurs opérations de prêts à leurs clients. Aussi, la BCE, dirigée par Jean-Claude Trichet, a laissé son taux directeur inchangé à 1,5 %.
L'économiste et professeur américain Nouriel Roubini, un des rares à avoir prévu dès 2006 la crise qui allait plonger la planète dans une récession cauchemardesque deux ans plus tard, a écrit sur le réseau de microblogage Twitter que la Réserve fédérale américaine devra un jour agir, elle aussi.
«La troisième ronde d'assouplissement quantitatif a débuté au Japon et en Suisse [...] La Fed y viendra un jour, mais ce sera trop peu, trop tard», a-t-il écrit.
Une banque centrale peut agir sur les taux et la croissance économique de deux manières. Elle peut ajuster son taux directeur, ce qui finit par influencer les prêts aux entreprises et à la consommation, ou elle peut pratiquer un «assouplissement quantitatif», qui consiste à acheter des obligations gouvernementales auprès des établissements financiers, ce qui leur fournit des liquidités et permet d'abaisser les taux d'intérêt en général.
La deuxième ronde d'assouplissement de la Fed — communément appelée QE2 dans le jargon économique, pour «quantitative easing 2» — avait consisté au rachat de 600 milliards en obligations. Elle a pris fin au printemps 2011.
Pas de récession?
Dans une note à ses clients, la Banque Laurentienne a estimé hier que les États-Unis ne risquent pas une nouvelle récession, mais que la Fed devra laisser ses taux à leur niveau actuel au moins jusqu'en 2013. Selon l'économiste Sébastien Lavoie, la croissance américaine sera un peu inférieure à 2 % cette année, et moins de 2,5 % en 2012.
L'annonce de la BCE est survenue en matinée, et la chute subséquente des marchés boursiers européens a fait dire aux observateurs que le geste n'a rassuré personne.
Le monde boursier n'est pas le seul à s'être fait secouer. Les cours du pétrole brut, à la fois ceux du Brent européen et du WTI, ont reculé de 5 et 6 % respectivement, à 107 $ et 86 $. D'autres matières, comme le soya, le cuivre et le café, ont également subi des baisses.
L'or, toujours perçu comme une valeur refuge en période trouble, a terminé la séance en légère baisse. Plus tôt en journée, il avait cependant atteint un record pour la troisième séance consécutive, à 1684,90 $US.
En entrevue avec l'Agence France-Presse, l'économiste en chef de Berenberg Bank a jugé louche que l'annonce de la BCE ait été faite en conférence de presse et estimé que cela «crée des doutes sur le sérieux» de l'engagement. Il a également déploré que la BCE n'indique pas si elle compte acheter des obligations espagnoles et italiennes.
L'autre événement de la journée est survenu au Japon, où la banque centrale est intervenue sur le marché des devises pour affaiblir le yen, jugé trop fort et nocif à l'économie japonaise. Il s'agit d'une troisième intervention de ce genre depuis le mois de septembre 2010.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->