Les joies et les peines de Landry racontées par un ami

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Landry très critique de Pauline Marois


Pendant 40 ans, Jean-Yves Duthel a été témoin des victoires et des défaites, des joies et des peines de Bernard Landry. Il publie mercredi la biographie du 28e premier ministre du Québec, son ami.


Dans Bernard Landry. L’héritage d’un patriote, M. Duthel revient longuement sur la démission aussi inattendue que douloureuse de M. Landry de la chefferie du Parti québécois en 2005. Pour cause, celle-ci hantera l’ex-chef de gouvernement jusqu’à son dernier souffle.


M. Landry a soutenu à son biographe qu’il avait « été littéralement bullshité par ceux en qui [il] avai[t] mis toute [sa] confiance » en vue du congrès national du PQ de juin 2005 durant lequel les délégués étaient appelés à lui réitérer leur confiance — ou non. Il a accusé ses anciens collaborateurs Line-Sylvie Perron et Sylvain Simard d’avoir gonflé ses attentes en lui promettant l’appui de 80 % des délégués, mais surtout de ne lui avoir laissé d’autre choix que de tirer sa révérence après l’annonce du résultat : 76,2 %. Jean-Yves Duthel expose différentes théories, dont celle voulant que Mme Perron et M. Simard aient poussé vers la sortie M. Landry pour le compte d’André Boisclair — ce que les deux protagonistes ont nié. M. Landry s’en voudra de les avoir écoutés. « Plus les choses allaient mal [au PQ], plus le regret m’envahissait », a-t-il indiqué à M. Duthel.


L’ancien chef de gouvernement encaissait difficilement les défaites électorales, à commencer par celle de 2007, où le PQ fut devancé à la fois par le Parti libéral du Québec et l’Action démocratique du Québec. « Ça fait très mal, d’autant plus que j’ai le sentiment que j’aurais battu Charest à cette élection », a-t-il dit à son biographe.


2003-2005


M. Landry décide d’assumer les responsabilités de chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale après le revers électoral du PQ de 2003, qui lui a coûté son poste de premier ministre. Malgré l’appui du caucus, il doit toutefois surveiller ses arrières, car les ex-ministres Pauline Marois et François Legault convoitent la chefferie du parti. « Oui, il y avait Pauline, mais il y avait aussi Legault. Lui, au moins, dois-je convenir, jouait à visière découverte, sans prétendre à la fidélité à mon égard. Pauline jurait publiquement que j’avais son soutien et, en coulisses, ses sbires semaient le doute », a-t-il mentionné.


Demi-victoire du PQ


M. Landry trouve que le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois de 2012 à 2014 a manqué d’audace, peut-on aussi lire dans Bernard Landry. L’héritage d’un patriote. « J’ai toujours senti en elle […] une foi indépendantiste, disons, plutôt tiède. Ses bafouillages destructeurs sur la question référendaire lors de la campagne électorale de 2014 en sont la meilleure illustration », a-t-il souligné. Après la victoire électorale du PLQ, M. Landry lance à propos de Pauline Marois et de sa directrice de cabinet, Nicole Stafford : « Elles ont réalisé leur rêve et tué le nôtre ! »


Dans les courses à la direction du PQ qui suivent, M. Landry appuie la candidature de Pierre Karl Péladeau, puis celle d’Alexandre Cloutier. Pas question de se ranger derrière Jean-François Lisée. Il reprochait à l’ex-conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard un manque de jugement flagrant. Pendant la campagne référendaire de 1995, Jean-François Lisée avait tenté de faire signer par Bernard Landry une missive de son cru destinée au ministre américain des Affaires étrangères de l’époque, Warren Christopher, relate Jean-Yves Duthel. La lettre avait les allures d’« une menace [du Québec] contre les Américains si ces derniers faisaient quelque déclaration que ce soit contre la souveraineté du Québec », ajoute M. Duthel, qui avait conseillé à M. Landry de ne pas y apposer sa signature. Un « grave incident » a été évité de justesse à quelques jours du référendum, souligne M. Duthel près de 25 ans après les faits.


Au gré des longues entrevues qu’il a accordées, M. Landry a livré ses impressions à M. Duthel sur d’autres acteurs politiques canadiens et québécois. L’ex-ministre des Finances n’avait guère de sympathie pour la membre fondatrice de Québec solidaire, Françoise David, avec qui il s’était colletaillé durant les efforts de redressement des finances publiques menant au « déficit zéro ». « Entre mère Teresa et Rosa Luxembourg, elle, la plus bourgeoise des bourgeoises, nous faisait la leçon sur le progrès social et économique », a-t-il lancé à son biographe.


L’ex-élu péquiste raconte aussi à son ami Jean-Yves Duthel qu’il a embauché dans son cabinet ministériel Maxime Bernier, et ce, « en raison des supplications de son père Gilles Bernier ». Même si ce dernier devient rapidement une « nuisance », M. Landry le fait nommer à la Bourse de Montréal. En le voyant entrer dans le gouvernement de Stephen Harper, M. Landry lance à ses proches : « On voit bien que ce n’est pas toujours l’intelligence qui réussit. »


Victoire de la CAQ


Le citoyen Bernard Landry a accueilli avec une certaine satisfaction la défaite du PLQ aux mains de la Coalition avenir Québec le 1er octobre 2018. Il demeurait néanmoins persuadé que le PQ pourrait se ressaisir au cours des prochaines années, d’autant plus si le gouvernement Legault essuyait revers après revers de la part d’Ottawa. « [François Legault] va très vite se retrouver devant un choix cornélien. Lorsque le fédéral lui aura claqué la porte au nez pour toutes ses demandes de pouvoirs accrus pour le Québec, il devra faire de lui soit un René Lévesque, soit un Philippe Couillard ! » a-t-il dit.


De son côté, le PQ serait sans doute disposé à former une alliance gouvernementale qui mettrait le cap vers la souveraineté, a-t-il aussi avancé.


Jusqu’au crépuscule de sa vie, l’ex-premier ministre y allait de suggestions pour relancer le PQ. Parmi elles, convaincre Gilles Baril de se porter candidat à la chefferie du PQ. « Nous devons le réintéresser à l’action politique maintenant », a-t-il affirmé.