Le Tea Party - Le délire

Élection présidentielle étasuniennes — 2012



La France moyen-âgeuse a eu sa Jeanne d'Arc, la bergère à qui Dieu parlait en exclusivité. Une Amérique sensible ces jours-ci aux accents féodaux a sa Michele Bachmann, à qui Dieu a réservé une de ses lignes de communication forcément postmoderne. À preuve, les propos formulés à chaud par cette égérie du Tea Party, à l'effet que le tremblement de terre qui a quelque peu abîmé la capitale d'un État fédéral honni par le «thé» en question ainsi que l'ouragan Irene sont des avertissements envoyés par Dieu. Son message? Si vous persévérez à faire le lit de la laïcité et autres lubies forgées à l'aune du rationalisme, alors nous serons embringués dans la bataille des batailles: l'Armaggedon. Qu'on se le tienne pour dit!
Après avoir proféré une énième énormité, cette représentante d'un comté du Minnesota et candidate à l'investiture républicaine a fait ce qu'elle fait toujours en de telles circonstances: elle ramène ses élucubrations à une blague. On la prend en délit de mensonge? C'est une farce! Elle verse dans la désinformation? C'est de la rigolade! Elle, si éprise des diktats religieux, n'a aucune inclination pour l'acte de contrition, soit-il d'une extrême minceur.
Au cours des dernières semaines, une série d'articles ayant Bachmann et le Tea Party pour sujets, notamment le long portrait publié dans le New Yorker combiné à l'essai que Max Blumenthal (Republican Gomorrah, aux éditions Nation Books) a consacré aux mouvements religieux, alignent tous des constats qui sont autant de contradictions au chapelet de blagues de madame. Ces écrits propagent surtout le froid dans le dos, tant les leaders et militants de ce courant se révèlent être des salafistes de la parole divine dans sa version catholique.
Cette posture a pour origine la théorisation par Francis Schaeffer, au début des années 80, de la domination du catholicisme sur les autres monothéismes, d'où le nom donné à ce courant: les «dominationnistes». Pour les adhérents aux élucubrations de Schaeffer, la Bible n'est pas un livre, mais la vérité totale. Elle est un droit accordé à ses adeptes de dominer les autres religions et tous les faits de nature. Pour les clones de Schaeffer, les esclavagistes étaient en fait des bénévoles: ils ont extrait l'homme noir de sa misère et ont eu la bonté de le nourrir. Quoi d'autre? La Renaissance et le siècle des Lumières forment l'époque au cours de laquelle l'humanité a le plus régressé.
Dans cette décadence de la pensée, dans ce refus fanatique d'accorder au progrès la moindre vertu, les «dominationnistes» ont des alliés influents qu'on appelle les «originellistes». Il s'agit en fait de ces juges, désormais majoritaires à la Cour suprême des États-Unis, qui flirtent, pour rester pondéré, avec une conception aryenne du monde. Depuis la nomination de Sam Alito par Bush fils à la Cour des cours, cet Alito qui s'était taillé une réputation d'ultra en s'opposant avec virulence aux prescriptions des droits civiques, les «originellistes» et leur patron intellectuel, Clarence Thomas, s'appliquent à défaire tout ce qui ressemble de près comme de loin à la dignité comme à l'intégrité humaines. Que Galilée et Copernic soient redevenus des modernes est la preuve que la Terre n'est ni plate, ni ronde, mais à l'envers.


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