Le Québec évitera la récession, mais pas l'Ontario

L'économie québécoise est sauvée par les baisses d'impôt et les fortes dépenses publiques, explique le Mouvement Desjardins

Crise mondiale — Crise financière


Le Québec échappera de justesse à la récession économique grâce aux baisses d'impôt et aux dépenses publiques d'infrastructures, prédisent les économistes du Mouvement Desjardins, mais l'Ontario n'aura pas cette chance.
Le Canada sera fatalement affecté cette année par le ralentissement économique en cours aux États-Unis, prévient Desjardins dans la mouture printanière de ses prévisions économiques et financières dévoilée hier. La déconfiture américaine se fera particulièrement sentir en Ontario et au Québec, dont les économies dépendent en bonne partie des exportations. «L'Ontario sera techniquement en récession pendant la première moitié de l'année alors que le Québec devrait réussir à s'en tirer un peu mieux», a expliqué en entrevue au Devoir François Dupuis, vice-président et économiste en chef chez Desjardins.
La croissance de l'économie québécoise ne devrait être que de 1,2 % en 2008, dit-il, soit moitié moins que les 2,4 % que l'on pense avoir réalisés en 2007. Ce creux devrait mener à un modeste rebond de 1,9 % en 2009. Cette performance sera légèrement moindre que celle que l'on attend de l'ensemble de l'économie canadienne, à raison d'un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 2,7 % en 2007, 1,3 % en 2008 et 2,1 % en 2009. Ce sera toutefois mieux qu'en Ontario, dont le taux de croissance devrait chuter de 2,1 % en 2007 à seulement 0,5 % cette année, avant de remonter modestement à 1,5 % l'année suivante.
Les économistes du mouvement Desjardins s'attendent même à ce que l'Ontario atteigne cette année les critères de la définition technique d'une récession en connaissant deux trimestres consécutifs de croissance négative au premier trimestre (- 0,9 % en taux annualisé) et au deuxième trimestre (- 0,2 %), avant d'amorcer une légère remontée au troisième (+ 2 %) et au quatrième trimestre (+ 0,9 %). Le Québec devrait quant à lui frôler la ligne rouge, sans toutefois la franchir, avec des taux de croissance modestes mais toujours positifs durant ces quatre mêmes trimestres, de 0,7 %, 0,5 %, 1,9 % et 2,1 %.
Ces tendances seront en grande partie le reflet de ce qui se passera aux États-Unis, où l'on prévoit aussi une modeste récession durant le premier semestre de l'année (- 0,3 % et - 0,4 % aux deux premiers trimestres), suivie d'une faible reprise (+ 1,2 % et + 0,9 % aux deux derniers trimestres de 2008). Le ralentissement économique dont il est question, qui est notamment causé par l'effondrement du marché immobilier et la crise financière qui s'est ensuivie, n'aura pas l'aspect dramatique auquel on associe habituellement le mot «récession», ont tenu à souligner les économistes du Mouvement Desjardins. «La récession actuelle, si elle devient officielle, devrait être de faible amplitude, soit loin d'un recul marqué de l'économie sur une longue période».
Au total, l'économie américaine devrait passer d'un taux de croissance annuel de 2,2 % en 2007 à seulement 1 % en 2008, puis à 2 % en 2009. Il faudra du temps avant que le géant américain ne retrouve ses assises, pense le Mouvement Desjardins. L'économie devrait bien y suivre le tracé d'un W, où la longue dégringolade des derniers mois ferait place, en mai ou juin, à une brève période d'embellie coïncidant avec l'arrivée dans les poches des consommateurs américains des 106 milliards de crédit d'impôt annoncés cet hiver par l'administration Bush. Cette embellie pourrait bien, cependant, être suivie d'une légère rechute, à la fin de 2008 ou au début de 2009, avant que ne s'amorce une reprise plus vigoureuse sous l'effet de l'assainissement de l'économie et des nombreuses baisses des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine.
Grâce aux gouvernements
Dépendant à plus de 40 % des exportations à l'étranger, l'Ontario a toujours été particulièrement sensible aux cycles économiques américains. Heurtée de plein fouet par l'appréciation du dollar canadien et l'augmentation des coûts de l'énergie, la province subit également les contrecoups des difficultés que traverse son important secteur automobile, dont les importations dépassent les exportations pour la première fois en 30 ans.
Le Québec, notent les économistes du Mouvement Desjardins, a l'avantage de dépendre un peu moins que sa voisine des exportations (34 %). L'aggravation de son déficit commercial, qui passera de 20 milliards à presque 30 milliards en 2008, privera néanmoins son économie de 2,5 points de pourcentage de croissance. Ce qui sauvera la mise pour le Québec cette année, ce sera surtout des baisses d'impôt et des dépenses publiques beaucoup plus substantielles qu'en Ontario. Ce coup de pouce des pouvoirs publics totalisera 1,3 point de pourcentage de croissance supplémentaire en 2008, selon le Mouvement Desjardins, à raison de 0,3 point de pourcentage grâce aux baisses d'impôt des particuliers de 950 millions du gouvernement Charest; de 0,4 point attribuable à la baisse d'un point de pourcentage de la TPS; de 0,3 point dû aux baisses d'impôt fédérales de 900 millions pour les ménages; de 0,2 point attribuable au Plan québécois des infrastructures publiques; et de 0,1 point dû aux mesures de soutien à l'investissement des entreprises comprises dans le dernier budget de Monique Jérôme-Forget.
Les économistes du Mouvement Desjardins ont trop vu les experts se faire déjouer par la tournure des événements ces derniers mois pour ne pas accompagner leurs prévisions de quelques mises en garde, notamment en ce qui concerne l'économie américaine. Ils notent, par exemple, qu'il suffirait que les consommateurs américains prennent peur devant l'accumulation de mauvaises nouvelles, que les entreprises décident tout d'un coup de se délester d'un grand nombre d'employés ou encore qu'un événement géopolitique ou climatique fasse exploser le prix du baril de pétrole pour que la situation se corse beaucoup plus.
Dans le cas contraire, la situation pourrait bien commencer à s'améliorer très bientôt, a dit l'économiste François Dupuis. «Il reste peut-être encore juste deux mois de mauvais temps.»
Suivre l'exemple de Rockefeller
L'économiste en chef et stratège à la Financière Banque Nationale, Clément Gignac, a dit hier s'attendre lui aussi à une récession américaine courte et modérée. «Rappelons qu'une récession est un phénomène cyclique normal contribuant à purger les excès ou déséquilibres survenus pendant la phase d'expansion, a-t-il expliqué d'entrée de jeu dans une brève analyse de quatre pages et six longs tableaux. Ce phénomène est survenu à sept reprises au cours des 50 dernières années.»
Il a dit douter que la récession américaine dure plus de six ou neuf mois. Il s'attend à une croissance «anémique» (moins de 1 %) des économies québécoise et ontarienne en 2008.
Il a toutefois encouragé les investisseurs à ne pas se laisser trop impressionner par la débandade des marchés boursiers ces derniers mois. «N'oublions pas que les Rockefeller et Rothschild de ce monde ont bâti leur fortune en investissant dans de grandes entreprises au moment où les autres investisseurs avaient cédé à la panique ou avaient été obligés de vendre à un prix dérisoire», a-t-il déclaré.


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