Le Parti conservateur et l’ouverture au Québec

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Le PCC, un parti soumis à l'Ouest canadien

Même en étant annoncée en plein samedi ensoleillé, l’adhésion de Michel Gauthier au Parti conservateur du Canada a fait jaser. Lisez cet intéressant entretien réalisé par Fatima Houda-Pepin, où, peut-être par réflexe, M. Gauthier qualifie considère encore les fédéralistes comme « nos adversaires ». Se référant à René Lévesque lorsqu’il a invité les Québécois à courir le « Beau risque » de faire confiance à Brian Mulroney pour redonner au Québec une place digne de ce nom dans le Canada, l’ancien chef du Bloc québécois ressort le principal argument avancé au cours des deux dernières décennies pour expliquer ce type de ralliement : l’indépendance ne s’est pas faite et ne se fera pas à court terme, il faut par conséquent se tourner vers un parti fédéral ouvert au Québec.


Le problème, c’est que la référence à Brian Mulroney ne tient pas. Mulroney était chef du Parti progressiste-conservateur, une formation aux orientations, à la base militante et à l’électorat bien différents de l’actuel Parti conservateur du Canada. Le gouvernement Mulroney a amèrement déçu l’Ouest canadien, qui a mis sur pied sa propre force de frappe, le Reform Party, qui est ensuite devenu l’Alliance canadienne, puis le PCC, après avoir avalé ce qui restait du vieux Parti progressiste-conservateur. Le PCC n’a eu qu’un seul chef (avant son actuel) et premier ministre issu de ses rangs : Stephen Harper. Et la bande de l’Ouest a gardé le contrôle du PCC en plaçant Andrew Scheer à sa tête l’an dernier.


La colère de l’Ouest s’appuyait notamment sur la croyance que le Québec –le fameux French Power- détenait le contrôle du Canada. Pierre Eliott Trudeau, si détesté dans cette région, n’était-il pas issu du Québec ? Idem pour Brian Mulroney, qui les a tant déçus ? Vu des réformistes de l’Ouest, le Québec était une minorité qui s’abrogeait un paquet de privilèges. Une faction non négligeable de ce nouveau parti était d’ailleurs favorable à l’indépendance du Québec pour libérer le Canada de ces bébés gâtés. Dans une lettre publiée dans le Calgary Sun intitulée Ten reasons to hope for a Yes victory, le célèbre Ezra Levant estimait que l’indépendance du Québec allait permettre à Ottawa de tenir tête aux divers groupes communautaires comme les autochtones ou les écologistes, réduire la corruption causée par les politiciens québécois et faciliter l’élection de Preston Manning. Si on enviait le Québec pour son autonomie (dont on souhaitait s’inspirer pour l’Alberta), on méprisait l’étatisme auquel on associait la province.


Comme chef du PCC, en 2004, Stephen Harper défendait le caractère divisible du Québec advenant un référendum gagnant. En 2006, comprenant la hargne des Québécois pour les libéraux après deux ans de scandale des commandites, le voilà qui jouait la même carte que celle de M. Scheer aujourd’hui : la main tendue au Québec. Dénonçant le « fédéralisme dominateur » des libéraux, il promettait au Québec un siège à l’Unesco, la rédaction d’une charte du fédéralisme d’ouverture, et même l’intégration à la famille constitutionnelle canadienne. À l’époque du Reform Party, Harper niait pourtant le fait que le Québec soit en dehors de la Constitution canadienne... Les conservateurs ont pu compter sur l’appui de nationalistes, estimant que le temps était venu d’espérer arracher des gains avec une nouvelle alliance entre l’Ouest et le Québec –qu’Harper estimait pourtant autrefois contre nature.


Après la victoire conservatrice, l’ouverture au pouvoir a duré environ 2 ans, et a été essentiellement symbolique. Il n’y a pas eu de siège à l’Unesco, mais une participation à la délégation canadienne, ne pouvant aller en contradiction avec les prises de position de cette dernière. Quant à la motion de 2006 reconnaissant que « les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni », comme si elle n’en serait pas une en dehors du Canada, elle n’avait aucune portée juridique. Le rejet du PCC par les Québécois lors de l’élection de 2008, suite aux coupes en culture, a mis fin à la brève et peu profonde « ouverture au Québec ». Un ancien stratège conservateur m'a même déjà confié qu'on craignait un trop fort appui du Québec au PCC, par peur d'être redevable à la province. Le contrôle devait revenir à l'Ouest, tout simplement.


Lorsque M. Harper a obtenu son gouvernement majoritaire en 2011, il est devenu très clair qu’il gouvernerait dans une totale indifférence face au Québec, assumant la nature foncièrement anglaise du Canada conservateur, réhabilitant les symboles monarchistes (portraits de la Reine, modification de l’appellation de l’aviation et de la marine canadienne pour y inclure le mot « royale », etc.).


Aujourd’hui, le PCC, dirigé par son second chef à vie, prétend à nouveau tendre la main au Québec. Mais qui est Andrew Scheer ? De ses propres dires, « Harper avec un sourire »...


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Simon-Pierre Savard-Tremblay168 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).