«La société de délation permanente»

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L'extrême gauche fait régner sa police de la pensée


Participer à une manifestation à laquelle participe La Meute vaut-il de perdre son emploi?  



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Photo d'archives, Daniel Mallard




«Un flirt avec La Meute»  


Le texte du journaliste Guy Veillette dans Le Nouvelliste m’a tout de suite intéressé. Une dame, Stéphanie Fortin, qui affirme avoir été congédiée d’un emploi qu’elle n’occupait que depuis quelques semaines en raison de sa participation à une manifestation trois ans plus tôt!     


Mais surtout, ce passage, troublant, tiré de l’article en question, où Mme Fortin explique comment elle aurait appris son congédiement:      


«Selon son témoignage, la directrice générale de la MRC de Mékinac, Nathalie Groleau, l’a convoquée à son bureau, le 13 janvier, pour l’aviser qu’elle avait reçu un appel anonyme et des vidéos confirmant sa présence lors de cette activité. Elle aurait invoqué cette participation comme motif pour mettre fin à son contrat.   


Mme Fortin a alors cru à une simple blague entre collègues, surtout qu’elle affirme avoir obtenu des commentaires fort élogieux pendant la courte période au cours de laquelle elle a travaillé pour la MRC de Mékinac. Elle a reçu divers présents lors du traditionnel party des Fêtes, dont un manteau d’hiver aux couleurs de son employeur.  


Elle a toutefois rapidement constaté qu’il ne s’agissait pas d’un jeu.  


“Ils m’ont sortie, escortée jusqu’à mon auto sur-le-champ, comme une criminelle, raconte Mme Fortin, visiblement encore ébranlée.  


Elle raconte avoir subi beaucoup de pression pour signer une lettre de démission, ce qu’elle n’a jamais voulu faire. Le conseil des maires de la MRC a finalement confirmé la fin du lien d’emploi le 17 janvier.»     


Un cas de doxxing*?  


Stéphanie Fortin ne nie pas avoir participé à la manifestation d’août 2017 à laquelle avait participé un fort contingent du groupe La Meute. Elle s’explique dans le texte du journaliste Veillette.      


Si les dires de Stéphanie Fortin sont exacts, en ça il serait intéressant d’avoir la version de la directrice générale de la MRC de Mékinac, on se demande bien QUI aurait intérêt à fouiller, à dénicher une vidéo datant d’une manif il y a trois ans à forte présence de La Meute, à identifier Mme Fortin, à trouver son employeur, à contacter ses supérieurs, les appeler, et fournir les vidéos menant, semble-t-il, à son congédiement...     


Qui donc s’attaque ainsi à des «sympathisants de La Meute»? J’ai ma petite idée là-dessus...     


Je ne connais Mme Fortin ni d’Ève ni d’Adam, mais ce récit est presque identique à un autre que j’ai reçu, il y a quelques mois, de la part d’une entrepreneure de la périphérie de Montréal qu’une personne anonyme avait contactée pour lui signifier les graves sympathies d’une personne à son emploi envers La Meute. À la demande de l’entrepreneure, je n’en avais rien fait puisque la personne en cause avait mis fin à son lien d’emploi pour des raisons sans lien avec cette affaire.     


Pourquoi viser Stéphanie Fortin? Cette dernière aurait-elle eu maille à partir ou se serait-elle engagée dans des débats, des conflits avec des gens qui honnissent le groupe identitaire de droite?      


Tout de même, n’est-il pas troublant de savoir qu’un ou des justiciers, quelque part, soient assez organisés pour viser des gens en fonction de ce qu’ils justifient être assez grave pour contacter leur employeur et espérer ainsi leur faire perdre leur emploi?      


De manière plus générale, le fait de participer à une manifestation pro-laïcité, où l’on appuie un resserrement de l’immigration (où la présence du groupe La Meute est importante, celle-ci étant peut-être même organisée par ce groupe) cela justifie-t-il, des années plus tard, que l’on devienne inemployable? Infréquentable? Objet de la vindicte d’un individu, d’un groupe ayant des motivations manifestement militantes...     


La société de délation permanente  


Le cas de Stéphanie Fortin, s’il se révèle être exact, n’est pas sans rappeler la mise en garde servie par François Charbonneau, professeur à l’École d’études politiques de l’université d’Ottawa, dans La Presse du 20 janvier dernier.     


Un texte écrit en réponse à celui de Caroline Touzin sur Xavier Camus intitulé «J’essaie de déstabiliser la haine».      


Soyons clairs, rien n’indique que le controversé blogueur ait quoi que ce soit à faire avec cette histoire. Ce qui est d’intérêt ici, c’est l’angle de la «société de délation permanente» qui est avancé par le professeur Charbonneau quand ce dernier réfère aux «Xavier Camus de ce monde». Deux extraits:      


«Comme la cause est belle, plusieurs se réjouiront de voir des “salauds racistes” démasqués, et tant pis pour leur vie privée. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. Nous avons sans doute toutes et tous un jour ou l’autre envoyé un texto ou un courriel sous le coup de l’émotion que l’on a regretté ensuite avoir envoyé. La société de délation permanente que nous promettent les Xavier Camus de ce monde n’enthousiasmera que ceux convaincus de leur propre pureté.»     


Et:      


«Si je n’ai pas envie de vivre dans le monde de ceux pour qui l’identité québécoise a une composante raciale, je n’ai pas non plus envie de vivre dans le monde de la délation, de l’amalgame et de la mauvaise foi idéologiques des Xavier Camus de ce monde.»     


La perspective de cette société de délation permanente entretenue par des justiciers-militants me dégoûte au plus haut point.     



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Photo d'archives, Jean-François Desgagnés




Et pour en revenir à la manifestation (et à la contre-manifestation) du mois d’août 2017 qui semble avoir coûté l’emploi de Mme Fortin, on comprendra aisément, dans cette logique de délation permanente, pourquoi certains tiennent mordicus à être cagoulés.      


En manifestation, mais souvent sur les réseaux sociaux aussi.      


* Dans son portrait de Xavier Camus, la journaliste Caroline Touzin définit le doxxing de la manière suivante: «La SQ met en garde les citoyens contre le phénomène de “doxxing” qui consiste à diffuser des éléments personnels concernant un individu ou une entreprise, sans le consentement de la personne ou de l’entreprise en question. Le but est souvent de dénoncer la cible, voire de lui nuire.»