La révolte des endettés

L’Empire - mondialisation-colonisation


Face à la crise financière, de plus en plus de citoyens décident de tenir tête aux grandes banques. Photo: archives AP

Nicolas Berubé - (Los Angeles) La crise économique frappe fort aux États-Unis. Face à la ruine financière, de plus en plus de citoyens décident de tenir tête aux grandes banques. Mais cette technique est risquée, explique notre correspondant.
En décembre dernier, Ben Pavone, avocat de San Diego, a reçu son relevé bancaire mensuel. En ouvrant l'enveloppe, il a constaté que le taux d'intérêt de sa carte de crédit Bank of America venait de bondir à 27,99%.

La plupart des clients du géant bancaire américain auraient lancé quelques jurons avant de passer à autre chose. M. Pavone s'est mis au travail.
Il a envoyé une mise en demeure à Bank of America qui disait ceci: «Je ne payerai pas le solde de ma carte de crédit tant que vous ne ramènerez pas l'intérêt à un taux raisonnable. Si entre-temps vous baissez ma cote de crédit, je vous poursuivrai.»
M. Pavone dit ne pas avoir encore reçu de réponse de Bank of America. Or, sa prise de position lui a valu d'être cité et interviewé à la télévision nationale. Dans une crise économique qui n'en finit plus, son message porte: pourquoi les banques qui ont causé la crise auraient-elles le droit d'en exploiter les victimes?
Pour M. Pavone, qui dit avoir fait ses paiements à temps, c'est une question de respect. «Quand on fait affaire avec une banque, on devient partenaires. Les deux parties ont l'obligation d'agir de bonne foi. Quand une banque fait exploser son taux d'intérêt à près de 30%, c'est de la mauvaise foi. C'est ce que je tente de faire valoir.»
Selon lui, les banques imposent des règles qu'elles n'accepteraient pas elles-mêmes. La preuve: les milliards de dollars que Washington a prêtés aux institutions financières à des taux d'intérêt variant entre zéro et 0,25%. Bank of America a ainsi reçu 45 milliards en fonds publics. À ce jour, elle doit rembourser plus de la moitié de cette somme.
«Je suis dans une position où je peux faire quelque chose, alors je vais essayer, dit M. Pavone. La plupart des gens n'ont pas ce choix.»
En cette période de crise économique, les banques américaines sont passées maîtres dans l'art d'imposer de nouvelles pénalités. Depuis peu, elles demandent 39$ de frais pour chaque retrait qui excède le solde disponible, même de quelques dollars. Achetez un café, un journal et un sandwich sans savoir que votre compte est à découvert et votre banque exigera des frais de 117$. Une récente enquête du New York Times a révélé que les banques ont touché 27 milliards en 2009 grâce aux frais liés aux comptes à découvert, une façon de faire que le Congrès juge abusive et qui sera illégale dans quelques mois.
Ceux qui choisissent de dénoncer ces pratiques en paient le prix. Au mois de novembre dernier, Jackie Ramos, une employée de Bank of America à Fairburn, en Géorgie, a permis à des clients sans emploi de bénéficier d'un programme de taux d'intérêt réduits, ceux imposés par l'entreprise atteignant 30%. Deux semaines plus tard, elle a été renvoyée.
«J'ai agi selon ma conscience, j'ai fait mon travail de façon à pouvoir dormir la nuit, a-t-elle dit. Pour cela, Bank of America m'a mise à la porte.» La vidéo qu'elle a réalisée pour faire connaître son histoire a été vue plus de 224 000 fois sur YouTube.
Abandonnez votre banque
Depuis le début de l'année, un groupe américain propose une idée radicale: abandonnez votre banque. Au lieu d'encourager des institutions qui ont provoqué la crise économique, les citoyens sont invités à placer leur argent dans une banque plus saine, comme les coopératives, ou credit union.
Intitulée Move Your Money, la campagne a été popularisée par le site progressiste Huffingtonpost.com. L'animateur et comédien Bill Maher a aussi fait campagne pour appuyer le groupe.
Des milliers de personnes auraient déjà répondu à l'appel. Ce n'est pas encore beaucoup, mais leurs actions sont significatives: c'est avec les économies de leurs clients que les banques peuvent bâtir des empires capables de changer la direction de l'économie.
Andrew Leonard, journaliste à Salon.com, a délaissé sa banque pour déposer son argent dans une coopérative. «C'est une façon d'affirmer mon indépendance dans un monde trop souvent façonné par des forces sur lesquelles je n'ai aucun pouvoir, note-t-il. Pour les petites banques, chaque client compte. C'est en soi une bonne raison de faire le saut.»

Les Canadiens aussi sont endettés
Au Canada, de février 2008 à novembre 2009:
> Les prêts personnels ont augmenté de 19%
> Les dettes de cartes de crédit ont augmenté de 14%
> Les emprunts sur les marges de crédit ont grimpé de 39%
Source: Banque du Canada


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