La « référendite »

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Le référendum est une arme fédéraliste contre la souveraineté effective du Québec

Un peu comme le printemps suit l’hiver, il y a de ces choses dont on sait qu’elles sont inévitables, qu’elles se produiront, assurément.


Au Québec, en année électorale, nous savons déjà que le chef du Parti libéral ressortira l’épouvantail éculé du « RÉ-FÉ-REN-DUUUUUM »!


BOU!


Le chef du Parti libéral Philippe Couillard s’est livré à cet exercice de style imposé, vendredi dernier, de Washington. Réagissant au retour de Jean-Martin Aussant au Parti québécois le PM a dit :


« Clairement, l’indépendance du Québec revient à l’avant-scène pour le Parti québécois. C’est leur priorité. Ils ne peuvent plus dire le contraire »


Bienvenue sur terre M. le premier ministre. Le Parti québécois a été fondé sur ça, sur cette idée-là. Et c’est quand il s’en éloigne qu’il se perd le plus. Merci de nous le rappeler. Ce qui m’étonnera toujours c’est cette manie des chefs fédéralistes au Québec de mousser leur option politique, toujours, en distillant la peur de l’indépendance de notre nation. Leur argument principal.


C’est un peu pathétique.


Mais on le comprendra à la lumière des rebuffades successives que reçoivent messieurs Couillard et Jean-Marc Fournier dans le Canada anglais de la part des politiciens à qui ils tentent de vendre l’idée de discussions constitutionnelles. Même à genoux les ténors fédéralistes libéraux du Québec n’arrivent pas à intéresser leurs comparses canadiens à l’idée de peut-être, un moment donné, tantôt, plus tard-promis-juré, de discuter de la place du Québec dans la fédération.


Vue du Canada anglais, la chose semble déjà entendue : « take it or leave it! » La capitulation sans conditions. C’est que le Canada « post-national » de Justin Trudeau n’a que faire des tribulations du Québec; le PM canadien actuel a toujours été allergique au concept même que le Québec forme une « nation » de toute façon.


Donc Philippe Couillard peut bien brandir le spectre de la souveraineté comme d’un mauvais mal de dos, une damnée « référendite » agaçante, la réalité demeure que son parti n’a pas grand chose à offrir concernant la question constitutionnelle. Son Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, dont le mandat était justement de relancer les discussions constitutionnelles, a été accueilli dans l’indifférence – ou froidement – au Canada anglais.


Résultat : le Québec n’est ni dedans la constitution, ni dehors. Les limbes constitutionnels, encore et toujours. Voilà le résultat des quinze années de ce gouvernement libéral Charest-Couillard, le plus fédéraliste de l’histoire du Québec.


Ainsi, que ce soit par les démarches entreprises par son Secrétariat aux relations canadiennes ou toutes autres formes de négociations constitutionnelles, Philippe Couillard et le PLQ ne sont pas absouts de l’impératif de la légitimité populaire quant à l’avenir constitutionnel du Québec.


Le chef du PLQ (masculin ici, ce parti n’a jamais élu une femme à ce poste) , quel qu’il soit, a lui aussi le devoir de consulter la population sur l’avenir constitutionnel du Québec. Si le PLQ entend signer la constitution de 1982, si c’est sa position constitutionnelle, comment entend-il la valider auprès de la population? Sans la consulter? Par simple approbation parlementaire?


Philippe Couillard peut bien brandir tous les épouvantails qu’il veut sur cette question, ses adversaires doivent lui rappeler son propre devoir de cohérence ici.


Les limbes constitutionnels


Jamais à court d’attaques démagogiques, le PM Couillard en a profité pour ratisser le plus large possible sur la question :


« M. Legault, il va falloir qu’il dise clairement aux Québécois sur quel pied il danse, a dit M. Couillard. Il ne dit jamais vraiment qu’il aime le Canada. Il tolère le Canada. [...] Les gens qui croient au Canada et qui sont avec M. Legault, je pense qu’ils se font un peu berner. M. Legault ne croit pas vraiment au Canada. »


Rien de moins! Philippe Couillard, seul dépositaire de « l’amour du Canada » au Québec. Quand un politicien libéral comme lui me vante son « amour du Canada », inévitablement me vient à l’esprit à quel point cet « amour » là nous a été manifesté de façon caduque dans le passé. Des Longs couteaux en passant par les Commandites et l’interminable épisode de la corruption et de la collusion libérale, on le connaît que trop bien cet « amour du Canada »...


François Legault s’emploie depuis des années à cimenter sa conversion fédéraliste et nul ne peut plus douter que de « caribou » à l’époque où il était encore au Parti québécois, le chef de la CAQ est bel et bien devenu un « fédéraliste pur et dur ». Et c’est ce qui dérange le plus le PLQ, Legault joue de pleins pieds sur ses terres.


Lors d’une déclaration faite dans le cadre du Conseil général de son parti le 8 novembre 2015, François Legault a pourtant établi sa posture constitutionnelle de la façon suivante :


« La CAQ ne reconnaît pas la légitimité politique du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982. Elle estime que la pleine reconnaissance de la spécificité québécoise dans l’ensemble canadien demeure inachevée. Une nouvelle entente entre le Québec et le Canada devra donc ultimement aboutir à la reconnaissance constitutionnelle pleine et entière du Québec en tant que nation. »


Et comment les troupes de François Legault procèderaient-elles pour en venir à cette « nouvelle entente constitutionnelle entre le Québec et le Canada »? Quand Legault ressortira lui-aussi l’épouvantail « référendaire », on pourra lui demander!


La réponse à cette question se trouve probablement dans l’entrevue que le chef de la CAQ  a accordée au Devoir récemment. Legault et ses troupes ont manifestement tempéré les ardeurs nationalistes d’autrefois. Des bribes de revendications à la pièce envers le gouvernement fédéral et la promesse de ne pas alimenter le débat identitaire et de ne pas mousser une affirmation assumée de la laïcité.


Vraiment, la CAQ 3.0, celle du « changement responsable », c’est plutôt le plus petit dénominateur de changement possible tant ce parti se colle sur le PLQ. On comprend mieux pourquoi au cours des dernières années, ces deux partis se sont échangé personnel politique, candidats et députés! De club-école libéral, la CAQ veut s’imposer à titre de Grand club.


En ce qui a trait à la place du Québec dans le Canada toutefois, ces deux partis n’ont que peu à offrir en fin de compte. Si le parti le plus fédéraliste de l’histoire du Québec est reçu de manière si froide à Ottawa, on se demande bien pourquoi la CAQ réussirait tout à coup à changer quoi que ce soit à l’indifférence (voire l’allergie) canadienne à toute ouverture des questions constitutionnelles.


Le « Meech 2 » que semblait mousser François Legault dans son discours de novembre 2015 n’a aucune chance d’être considéré à Ottawa. Quiconque s’est intéressé à ces questions sait fort bien que le rejet d’un hypothétique « Meech 2 » serait encore plus grand que le premier. Quand on le fait remarquer aux politiciens fédéralistes au Québec, le plus souvent ils répliquent en insistant que ces questions-là sont sans importance, qu'on ne doit pas les élever au rang des « vraies affaires ».


En fin de compte, quand Philippe Couillard et François Legault brandiront le spectre de la prochaine « référendite », nous leur demanderons prestement quel est le remède qu’ils préconisent pour nous sortir des limbes constitutionnels...