La promesse de neutralité carbone en 2050 fait sourciller les experts

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Trudeau vise l'électorat écolo


La promesse des libéraux de passer à la vitesse grand «v» dans la lutte aux changements climatiques en se dotant d’un objectif de zéro émission nette de carbone d’ici 2050 est source de scepticisme chez bien des observateurs.


«Il n’y a pas personne qui a une vision avec des lunettes aussi joviales que ça», a commenté Jean-Thomas Bernard, expert en politiques énergétiques et environnementales, en faisant allusion à Justin Trudeau.


Le professeur invité de l’Université d’Ottawa souligne que, déjà, la cible actuelle du Canada d’abaisser de 30% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 apparaît comme hors d’atteinte.








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La commissaire fédérale de l’environnement a documenté dans plusieurs rapports que le Canada est bien loin du compte.


«Pourquoi, tout d’un coup, on pense que ça reculerait rapidement? Pourquoi?», s’est interrogé M. Bernard en entrevue, cherchant en vain une explication valable.


En point de presse à Burnaby, mardi, le premier ministre Trudeau a toutefois martelé que la cible actuelle, fixée en 2015 en vertu de l’Accord de Paris, allait assurément être atteinte et même «largement surpassée».


«Les Canadiens ont besoin d’un gouvernement qui va continuer de se réveiller chaque matin pour combattre les changements climatiques et [bâtir] une économie [verte] pour l’avenir de nos enfants et petits-enfants», a insisté M. Trudeau.


Or, aux yeux du politologue Daniel Béland, professeur à l'Université McGill, la promesse ambitieuse des libéraux n'est pas accompagnée d’assez de détails concrets pour permettre aux Canadiens de faire preuve d’autant d’optimisme qu’eux.


«C’est bien de montrer l’ambition et, en campagne électorale, on ne peut pas nécessairement aller dans les détails. Mais là, il faudrait les croire sur parole sans qu’ils nous aient donné exactement le plan de match», a-t-il soutenu en entrevue.


Parmi quelques éléments concrets, les libéraux ont annoncé leur intention de couper de moitié l’impôt payé par les entreprises qui développent des technologies zéro émission ou qui fabriquent des produits de ce type, comme des panneaux solaires.


Encore là, les experts s’entendent pour dire que les libéraux devront mettre de l’avant beaucoup plus de mesures, en plus de la tarification fédérale du carbone, pour convaincre les Canadiens du sérieux de leur promesse.


L’année 2050 est encore loin, soulignent-ils, et il serait essentiel de fournir plus d’information sur les jalons importants à venir à plus court terme.


«Dans le monde politique, c’est une éternité. C’est plus de 30 ans. Ça veut aussi dire plusieurs gouvernements », a notamment relevé M. Béland.