La diversité n’est pas une marque de yogourt

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C'est à Québecor qu'on retrouve le plus de variété d'opinions



Que feu Pierre Falardeau me pardonne de paraphraser le titre d’un de ses ouvrages pour mon titre. La diversité dans les médias, parlons-en donc. La sortie fracassante en commission parlementaire de Catherine Dorion contre tout ce qui bouge à Québecor aura tout au moins servi à cela.




La députée de Québec solidaire a prêté à Pierre Karl Péladeau une mainmise de fer sur les reporters et les chroniqueurs, dont je suis. À l’entendre, nous serions de vulgaires vassaux décervelés peinant sous la botte autoritaire d’un despote obsédé par le profit et la pensée unique. Une « culture d’autocensure », selon elle, régnerait ainsi chez Québecor.




N’en jetez plus. La cour des hallucinations est pleine. Ses admonestations sont en effet fausses. Je m’explique. À l’été 2013, Le Journal de Montréal m’a approchée. Comme analyste d’expérience, on m’invitait à me joindre à son grand renouvellement prévu pour le début octobre. Le Journal s’adjoignait une toute nouvelle brochette de chroniqueurs.




Diversité = liberté




J’en faisais partie, de même que l’ex-premier ministre Jacques Parizeau, dont la première chronique – et la mienne – s’opposait à la charte péquiste des valeurs. D’autres de mes collègues, au contraire, appuyaient la charte. De fait, quel que soit le sujet, on trouve ici une grande diversité de perspectives.




Pour la chronique politique, qui dit diversité dit liberté de pensée, de conscience et d’expression. Ceci n’est pas un détail. S’il y a une chose que je sais depuis mes débuts au Devoir sous Lise Bissonnette et tout au long de mes 25 ans d’expérience, c’est que sans liberté, mon métier serait impossible.




Briser les silos




Cette liberté vient toutefois avec la responsabilité d’une rigueur factuelle sur laquelle on doit se reposer. Le reste, soit nos perspectives différentes, sert en toute modestie à nourrir la réflexion. C’est pourquoi respecter les lecteurs, c’est leur offrir un éventail de visions. Ce qu’ils en font leur appartient comme citoyens libres.




Cet éventail est d’autant plus vital qu’il devient une arme essentielle contre la pensée en silos qui, dans les médias dits sociaux, sévit de plus en plus. La pensée en silos, c’est la recherche de points de vue semblables aux siens et l’attaque de ceux qui en diffèrent.




Quelle que soit la « nouvelle » du jour, la pensée en silos polarise les populations. Elle tue toute nuance dans l’œuf et empêche tout dialogue constructif. En cela, elle menace la démocratie. Comment avancer comme citoyens et société si le réflexe est de chercher le miroir de sa propre opinion et de crucifier tout ce qui s’en démarque ?




En niant la diversité pourtant réelle dans nos pages tout en nous accusant d’autocensure, Mme Dorion pratique la pensée en silos et, ce faisant, désinforme son électorat.




Faire passer PKP pour le Staline des salles de rédaction lui fait sûrement plaisir. Pendant ce temps-là, les GAFA vampirisent nos médias traditionnels, dont la pérennité en sort compromise. Sale temps pour la démocratie et la culture québécoise.






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