Il ne faut pas oublier le Honduras

La dictature a un an

L'Empire - La guerre planétaire - Terrorisme

Il y a quelques jours, le 28 juin dernier, la nouvelle dictature hondurienne célébrait son premier anniversaire.
Il y a un an, on tuait l'espoir de milliers d'Honduriennes et d'Honduriens de vivre un jour meilleur en ayant plus d'équité, de justice et de dignité.
Il y a un an, on assassinait la voix du peuple, on interdisait une consultation populaire.
Il y a un an, au Honduras, une dictature des temps modernes s'installait par un coup d'État militaire et surtout « médiatique ».
Le 30 juin 2009, quelques heures après avoir été expulsé en pyjama manu militari de sa résidence, de son poste et de son pays par des militaires masqués, Manuel Zelaya livre un vibrant discours devant l'Assemblée générale des Nations Unies. [1]
Les représentants des 192 pays qui l'écoutent attentivement lui apportent leur soutien sans réserve. [2] Après coup, nous devons nous rendre à l'évidence que certains faisaient preuve d'une hypocrisie totale.
Le coup d'État fut militaire, mais surtout « médiatique ».
Bien que tout démontrait à quel point la démocratie était piétinée honteusement, les médias ont réussi le tour de force de rendre ce coup d'État "légitime" et même "légal". Pire, dans bien des cerveaux, ils ont réussi à rendre la première victime de cet acte barbare, Manuel Zelaya, responsable du coup d'État. Les médias sont définitivement l'arme de notre époque. La manipulation de l'opinion a atteint une efficacité remarquable.
L'enseignement du coup du Honduras.
Un an après cette attaque inadmissible contre la démocratie la plus élémentaire, apparemment tout baigne dans l'huile ! Les médias de masse laissent entendre qu'enfin le "calme" est revenu dans ce pauvre pays. On ne dit mot de cette dictature des temps modernes. Pourtant, elle tient la population hondurienne sous sa botte militaire et médiatique.
Les soldats de l'information parlent du cirque ayant servi à mettre en place le nouveau président fantoche voué à servir l'oligarchie et les intérêts américains comme ayant été une "élection" valable. On tente de balayer sous le tapis les exactions, les atteintes aux droits humains, les atteintes à la liberté d'expression et à la liberté de presse. Le coup d'État du Honduras nous a jeté en pleine figure à quel degré nos (sic) médias "officiels" font preuve de dérive idéologique et combien on nous malinforme et même "désinforme".
Ce coup doit nous servir à réaliser à quel point l'arme médiatique est redoutable et à quel point nous sommes vulnérables.
Imaginez qu'un tel acte ait été commis par la gauche pour renverser un gouvernement de droite légitimement élu. Pensons à un coup d'État en Colombie ou au Pérou. Nos soldats médiatiques auraient dénoncé sans relâche le manquement à la démocratie. Ils auraient eu bien raison. On ne bafoue pas ainsi la démocratie. Cependant, nous constatons que lorsqu'il s'agit de mettre en place des gouvernements de droites conciliants (!) nos valeureux journalistes ferment les yeux sur les manquements flagrants et les actes hautement répréhensibles.
Pratiquement au même moment que les événements du Honduras, l'Iran vivait des moments de déstabilisation politique. La même arme ayant servi contre la population hondurienne servait cette fois contre le gouvernement iranien. L'étude de la couverture médiatique des deux événements est très révélatrice [3]. En consommant l'information de nos médias de masse, on constate qu'on ressent beaucoup plus que l'on en apprend.
On sait très peu de l'Histoire l'Iran comme on sait très peu de l'Histoire du Honduras. Nos médias s'appliquent à ne pas nous faire comprendre et à ne pas approfondir la source des événements.
Lorsque l'on connaît trop d'éléments, notre jugement devient plus difficile à aiguiller. Connaître l'Histoire hondurienne, entendre « complètement » le discours de Zelaya à l'ONU, entendre ses interventions explicites dans les médias, entendre la population s'exprimer et connaître à fond le déroulement des événements qui ont mené au coup nous permettrait de remettre en question le discours "éditorial" de nos bonzes médiatiques. La saine information nous prémunirait contre la manipulation de notre opinion.
Définitivement, le coup du Honduras et la tentative de déstabilisation politique de l'Iran nous enseignent que l'arme médiatique est allègrement utilisée.
Dans les médias de masse, on a souligné du bout des lèvres cette date tragique pour la démocratie hondurienne. "Nos" grands spécialistes de l'Amérique latine ne sont même pas en Amérique pour souligner ce triste jour (notre Jean-Michel Leprince fait du reportage en Espagne !). Aucun reporter sur place au Honduras pour constater les dégâts faits par le régime en place. La population hondurienne est sortie dans la rue pour dire au monde entier que même après une année de dictature elle résistait toujours. Nous avons eu droit à une couverture "minime" de cette manifestation. Aucun reportage en profondeur ne nous a décrits la dernière année vécue par les Honduriennes et les Honduriens. On tente plutôt de normaliser la dictature en habit de démocratie. Cependant, la grande majorité de l'Amérique latine ne reconnaît pas la dernière élection faite par le régime putschiste.
De son côté , le fameux prix Nobel de la Paix 2009 et puissant président états-unien n'a pas levé le petit doigt pour respecter la volonté du peuple hondurien et ni les règles les plus élémentaires de la démocratie.
Après une longue année de dictature, les atteintes aux droits humains se sont multiplié dans l'indifférence générale de la communauté internationale ce qui démontre une fois de plus que l'opinion est manipulée par l'arme médiatique.
***
Neuf journalistes ont été assassinés dont huit depuis la prise de pouvoir de Porfirio Lobo [4]

1 Gabriel Fino Noriega

Reporter pour Radio Estelar

Assassiné le 3 juillet 2009 au Honduras
2 Joseph Hernandez Ochoa

Animateur de l'émission « Encuentros » sur la chaîne de télévision Canal 51

Assassiné le 1 mars 2010 au Honduras
3 David Meza Montesinos

Radio El Patio, Radio América

Assassiné le 11 mars 2010 à La Ceiba, Honduras
4 Nahúm Palacios Arteaga

Directeur de l'information de la chaîne de télévision Canal 5 del Aguán

Assassiné le 14 mars 2010 au Honduras
5 Manuel Juárez

Journaliste travaillant pour les stations de radio Excélsior et Super 10.

Assassiné le 26 mars 2010 au Honduras
6 José Bayardo Mairena

Journalistes pour les stations de radio Excélsior et Super 10.

Assassiné le 26 mars 2010 au Honduras
7 Luis Antonio Chévez Hernández

Présentateur sur Radio W105

Assassiné le 13 avril 2010 au Honduras
8 Jorge Alberto Orellana

Journaliste pour la télévision publique hondurienne

Assassiné le 20 avril 2010 au Honduras
9 Luis Arturo Mondragón Morazán

Propriétaire et rédacteur en chef du Canal 19

Assassiné le 14 juin 2010 au Honduras
Douzes syndicalistes ont subi le même sort. [5]
Des dizaines de citoyens ont été aussi assassinés. Plusieurs sont "disparus". [6]

Nous pourrions faire la longue liste des atrocités.

Des atrocités dont on ne nous parle pas. Le Honduras n'est pas l'Iran. On cherche à déstabiliser l'Iran et on cherche à normaliser le Honduras, voilà le travail de ces vaillants soldats de l'information (sic).
Malgré tout, la marche des peuples d'Amérique latine vers la démocratie véritable va de l'avant. Elle a été longue et difficile et elle continue inexorablement. La population hondurienne continuera de réclamer qu'on entende sa voix pour obtenir plus d'égalité et de justice.
Les victimes du coup d'État réclament des commissions d'enquête [7]
et un an après le coup d'État, le Honduras résiste toujours. [8]
Il ne faut pas oublier le Honduras.

Sa population n'a pas dit son dernier mot.
Serge Charbonneau

Québec
***
1] [Discours complet de Manuel Zelaya à l’ONU (début à 2h45 environ)
2] Los 192 países de la ONU exigen el retorno de Zelaya al poder, quien agradece el apoyo ([extrait du discours de Zelaya)
L’Onu demande le retour immédiat du président Zelaya à son poste
3] Information et idéologie Honduras : [L’idéologie au service du Putsch
4] [Committee to Protect Journalists 10 Journalists Killed in Honduras/Motive Unconfirmed
Mémorial UNESCO des journalistes assassinés
5] Honduras : [« Douze syndicalistes ont été tués depuis le coup d’Etat »
6] [Vidéo victimes du coup d’État au Honduras au 10 mars 2010
7] [Honduras : las víctimas del golpe piden justicia con una seria Comisión de investigación
8] [Un an après le coup d’Etat, le Honduras résiste. Entretien avec le président Manuel Zelaya
Honduras : la repression silencieuse



Auteur : Serge Charbonneau


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2 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    10 juillet 2010

    Vous avez raison. Ici, comme au Honduras et ailleurs, les journalistes sont les mercenaires des dictatures et des pseudodémocraties de notre monde.
    Michel Rolland

  • Archives de Vigile Répondre

    6 juillet 2010

    Merci M. Charbonneau pour ce rappel. Il est vrai que c'est comme une goutte d'eau dans l'océan, mais elle est tout de même là et bien des consciences peuvent s'y abreuver. Il ne faut pas désespérer. J'y crois. La vérité finira par resplendir.