Attention danger!

L’intelligence artificielle doit être encadrée en éducation

Tribune libre

De toute évidence, l’avènement de l’IA dans le monde de l’éducation suscite des interrogations fondamentales, notamment eu égard au processus d’évaluation. De plus, plusieurs intervenants s’interrogent, à juste titre, sur l’étendue de la place qu’il faut accorder à l’IA dans le curriculum des élèves. Enfin, certains spécialistes du monde de l’éducation se demandent, compte tenu de la croissance rapide de l’arrivée de l’IA dans les écoles, si notre société automatisée n’est pas en train d’oublier que c’est le cerveau humain qui l’a conçue.

Sans grande surprise, l’intelligence artificielle (IA), et plus spécifiquement le robot ChatGPT, font sentir leur présence à la vitesse grand V si bien que des professeurs de cégeps et des chargés de cours tirent la sonnette d’alarme et réclament d’urgence un moratoire afin de freiner le développement de l’intelligence artificielle, les intervenants étant confondus devant une explosion de cas de tricheries de la part des élèves.

Toutefois, là où le bât blesse avec le plus d’acuité, c’est qu’il est difficile de prouver hors de tout doute qu’il y a eu tricherie puisque l’efficacité des logiciels de détection est limitée. Et, qui plus est, des capsules qui circulent sur TikTok montrent comment contourner les logiciels de détection. C’est la quadrature du cercle. Les professeurs et les chargés de cours ont littéralement perdu le contrôle de cette nouvelle technologie.

Balises à déterminer

Il est plus que temps que tous les intervenants en enseignement supérieur, y compris la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, décrètent un moratoire, prennent un temps d’arrêt et fixent des balises uniformes pour tous les établissements d’enseignement supérieur eu égard à une utilisation sécuritaire de ChatGPT dans chacune des institutions.

Le curriculum des élèves, ou les programmes d'études, énonce le « quoi », c’est-à-dire ce que les élèves sont censés connaître, comprendre et être capables de faire dans chaque matière et à chaque niveau scolaire. À partir de cette définition du curriculum, la question de l’utilisation de l’IA à l’intérieur des programmes de cours se posent avec beaucoup de pertinence.

Tout d’abord, selon moi, la prudence eu égard à l’IA m’apparaît essentielle à défaut de quoi les professeurs seront littéralement transformés en « guides » auprès des élèves qui n’auront d’yeux que pour ChatGPT. Autrement dit, la relation maître-élève, qui est le moteur de toute communication des connaissances aux élèves, risque de disparaître au profit de la « froideur » d’un robot.

Conséquemment, l’IA doit demeurer un moyen et non un but, Les enseignants se doivent de construire leurs plans de cours en ayant comme objectif l’utilisation occasionnelle de l’IA au moment où elle apporte une information pertinente supplémentaire à leurs contenus de cours.

Encadrement


À mon avis, toute nouvelle approche pédagogique axée sur une nouvelle technologie, quelle qu’elle soit, doit être encadrée par des balises strictes pour éviter un débordement nocif sur l’acte pédagogique dont le fondement repose sur la dualité enseignant-apprenant.

Toutefois, mon intention ici n’est pas de rejeter complètement l’arrivée de l’IA dans les écoles, mais plutôt de lui donner une place raisonnable dans les champs d’application qui auront été prédéterminés par les professeurs dans leur discipline respective.

L’école est un lieu d’apprentissage mais aussi un lieu d’acquisition de valeurs, telles le respect des autres, le sens de l’effort,et l’éducation à la socialisation. Dans ce contexte, il m’apparaît essentiel, voire vital, qu’elle conserve cette vocation fort utile à l’émancipation des adultes de demain. Enfin, je suis d’avis qu’il faut faire une place à l’IA dans la mesure où elle agit en complément avec le contenu de cours des professeurs.


Henri Marineau, Québec


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Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972. Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984. Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier entre autres, ceux de responsables des élèves, de directeur des services pédagogiques et de directeur général. Après une carrière de trente-et-un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il arpente la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la biographie, le roman, la satire, le théâtre, le conte, la poésie et la chronique. Pour en connaître davantage sur ses écrits, vous pouvez consulter son site personnel au www.henrimarineau.com





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