Julian Assange et les menaces à la liberté de presse

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Assange contre les États-Unis


Julian Assange fait actuellement face à une demande d’extradition de la part des États-Unis. La première partie du procès pour l’étude de cette demande vient de se terminer et les audiences reprendront le 18 mai. Entre-temps, Julian Assange demeurera détenu dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, en banlieue de Londres, prison qu’on appelle le « Guantanamo britannique ». C’est tout dire.  


On se rappellera que Julian Assange est demeuré réfugié à l’ambassade de l’Équateur à Londres pendant sept ans. Mais en avril 2019, à son arrivée au pouvoir, le nouveau président de l’Équateur, Lenin Moreno, a ordonné son expulsion, autorisant même les forces policières londoniennes à pénétrer dans l’ambassade pour procéder à l’arrestation du fondateur de WikiLeaks, même si Assange jouissait de la citoyenneté équatorienne. Un grave précédent et un accroc à la constitution équatorienne qui interdit l’extradition de ses citoyens. Lenin Moreno a cédé bassement aux pressions exercées par Washington qui rêve de voir Assange derrière les barreaux à perpétuité.  


Ses conditions de détention actuelles sont des plus dégradantes, comme si on avait affaire à un dangereux criminel. Il est complètement isolé des autres détenus, sans droit de communiquer avec qui que ce soit, il n’a droit qu’à une heure de sortie par jour dans la cour de la prison et à deux visites mensuelles. Il faut avoir un moral de fer pour résister à de telles conditions de détention.  


Que lui reproche-t-on? D’avoir fait son travail de journaliste, tout simplement. Assange a dénoncé les crimes de guerre commis par l’armée étatsunienne en Afghanistan et en Irak, les tortures et les violations des droits de la personne dans la prison clandestine de Guantanamo, cette base militaire usurpée au gouvernement cubain. Sans ces dénonciations, reprises par des centaines de journalistes, ces faits, ces crimes n’auraient jamais été connus du grand public.  


Assange n’est pas un hacker en mal de publicité, il n’est pas non plus un espion à la solde d’une puissance. Il n’a rien volé et n’a pas mis en danger la sécurité des États-Unis. Il a enquêté, il a analysé des milliers d’informations et de documents échangés entre Washington et ses ambassades à travers le monde et il les a finalement rendus publics sur le site WikiLeaks. Qu’est-ce qu’on y apprend? Tout simplement comment les États-Unis et ses agences comme la CIA s’y prennent pour espionner, contrôler et mettre au pas le monde entier, du moins les gouvernements progressistes qui s’opposent à ses politiques impérialistes. Un véritable service public. C’est WikiLeaks qui a dévoilé la plus grande opération d’espionnage de l’histoire, connue comme VAULT 7, où l’on apprend que la CIA peut espionner n’importe quel citoyen, où qu’il soit, à partir de son cellulaire ou de son ordinateur.  


Que risque-t-il s’il est extradé aux États-Unis, lui qui n’est même pas citoyen américain? Sur lui pèse la pire des accusations : la trahison. On va tenter, par toutes sortes de tortures psychologiques, de lui faire avouer qu’il a trahi les États-Unis. Ce serait la première fois qu’un journaliste est accusé d’espionnage, aux États-Unis, en vertu de la « loi sur l’espionnage » qui existe depuis 1917. Cela peut lui valoir jusqu’à 175 ans de prison. Aussi bien dire : mourir en prison.  


S’il est extradé, ce sont tous les journalistes qui dénoncent la corruption, le chantage, les tortures et les exactions de l’armée la plus puissante au monde et ses agences qui seront menacés de subir le même sort. C’est finalement la liberté de presse, la liberté de dénoncer qui risque sérieusement d’être bâillonnée. Son sort nous concerne tous.