Tricentenaire de sa naissance

Jean-Jacques Rousseau, grand ami des peuples colonisés aspirant à l'indépendance

Le destin québécois

Cette année, 2012, est celle du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Précurseur du socialisme, ce grand penseur est aussi le pionnier de l’anticolonialisme. En lui, tous les peuples conquis aspirant à l’indépendance nationale trouvent leur plus vieil ami et, en son œuvre, une source profonde d’inspiration.
Des citations le confirmant, j’aurais pu vous en présenter des dizaines. Trois suffiront. Toutes, elles découlent du principe peut-être le plus fondamental dans la pensée de Rousseau : Force ne fait pas droit. Rousseau a même un message tout particulier pour notre propre peuple. En effet, nous rappelle-t-il, même les concessions faites parfois par le conquérant ne sauraient conférer quelque légitimité que ce soit à son autorité.
Tant que l’indépendance n’est pas faite, il y a donc occupation. Et, entre l’occupation et l’indépendance, il n’y a rien. C’est l’un ou c’est l’autre. Aucun entre-deux possible.
Mais assez de commentaires ! Je cède la parole à Rousseau lui-même.


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… le droit de conquête n'étant point un droit n'en a pu fonder aucun autre, le conquérant et les peuples conquis restant toujours entre eux dans l'état de guerre, à moins que la nation remise en pleine liberté ne choisisse volontairement son vainqueur pour son chef. Jusque-là, quelques capitulations qu'on ait faites, comme elles n'ont été fondées que sur la violence, et que par conséquent elles sont nulles par le fait même, il ne peut y avoir dans cette hypothèse ni véritable société, ni corps politique, ni d'autre loi que celle du plus fort.
Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes

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Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?
(…)
Obéissez aux puissances. Si cela veut dire : Cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu; je réponds qu'il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue; mais toute maladie en vient aussi : est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler le médecin ? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois, non seulement il faut par force donner sa bourse; mais, quand je pourrais la soustraire, suis-je en conscience obligé de la donner ? Car, enfin, le pistolet qu'il tient est une puissance.
Convenons donc que force ne fait pas droit…
Du contrat social ou Principes du droit politique, chapitre 1.3

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À l'égard du droit de conquête, il n'a d'autre fondement que la loi du plus fort. Si la guerre ne donne point au vainqueur le droit de massacrer les peuples vaincus, ce droit qu'il n'a pas ne peut fonder celui de les asservir. On n'a le droit de tuer l'ennemi que quand on ne peut le faire esclave; le droit de le faire esclave ne vient donc pas du droit de le tuer: c'est donc un échange inique de lui faire acheter au prix de sa liberté sa vie, sur laquelle on n'a aucun droit. En établissant le droit de vie et de mort sur le droit d'esclavage, et le droit d'esclavage sur le droit de vie et de mort, n'est-il pas clair qu'on tombe dans le cercle vicieux ?
En supposant même ce terrible droit de tout tuer, je dis qu'un esclave fait à la guerre, ou un peuple conquis, n'est tenu à rien du tout envers son maître, qu'à lui obéir autant qu'il y est forcé. En prenant un équivalent à sa vie, le vainqueur ne lui en a point fait grâce : au lieu de le tuer sans fruit, il l'a tué utilement. Loin donc qu'il ait acquis sur lui nulle autorité jointe à la force, l'état de guerre subsiste entre eux comme auparavant, leur relation même en est l'effet; et l'usage du droit de la guerre ne suppose aucun traité de paix. Ils ont fait une convention; soit: mais cette convention, loin de détruire l'état de guerre, en suppose la continuité.
Du contrat social ou Principes du droit politique, chapitre 1.4

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Luc Potvin
Verdun


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