En réponse à la lettre de Michel Boudrias

Indépendance : la solution à trois partis semble la plus réaliste

Pourquoi la fusion du Bloc Québécois, du Parti Québécois et de Québec Solidaire est irréalisable

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Tribune libre

M. Boudrias,


Dans votre lettre du 20 octobre dernier, vous appelez à la fusion du Bloc Québécois, du Parti Québécois (PQ) et de Québec solidaire (QS) afin de permettre aux forces indépendantistes de gagner une majorité des sièges au parlement canadien en 2019. Selon vous « la mission est simple : un seul parti souverainiste, un seul programme, une seule organisation, une seule mission coordonnée qui s’articule à l’intérieur des parlements de Québec et d’Ottawa ». Vous citez en exemple le Scottish National Party (SNP), parti indépendantiste écossais qui gouverne à Edimbourg et qui envoie également une forte délégation à Westminster. Je suis tout à fait d’accord avec vous. C’est la solution idéale. Mais elle risque de se heurter à un problème de taille : Québec solidaire.


On se souvient qu’en 2017, QS a refusé un simple pacte électoral de non-agression avec le PQ, pacte qui était loin d’une fusion. Un tel pacte aurait pu mener à l’élection d’un gouvernement indépendantiste et progressiste dans lequel les Solidaires auraient pu avoir une grande influence, soit en tant que « balance du pouvoir », soit en occupant certains ministères dans un gouvernement de coalition. Au lieu de cela, QS a préféré la politique du pire, c'est à dire faire passer le parti avant la patrie, ce qui a mené à l’élection du gouvernement le plus à droite des cinquante dernières années. En gardant cela en tête, convenons qu’une fusion du Bloc avec le PQ et QS est impossible. De l’aveu de plusieurs militants et sympathisants solidaires, le seul rapprochement possible impliquerait une dissolution pure et simple du PQ et l’adhésion de ses membres à QS à titre individuel. L’intransigeance de QS, gonflé à bloc suite à ses gains électoraux du 1er octobre, rend cet objectif de fusion inatteignable.


Au modèle écossais que vous privilégiez, je propose plutôt le modèle catalan. Dans la mesure où le nouveau gouvernement de François Legault respecte son engagement à réformer le mode de scrutin actuel en lui préférant un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire, le PQ et QS pourront continuer d’exister, comme c’est le cas des partis catalans. Le Parti européen démocrate catalan (PDeCat), la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et la Candidature d’unité populaire (CUP) sont trois partis indépendantistes, l’un plutôt centriste et les deux autres de gauche radicale, qui cohabitaient jusqu’à récemment pour former le gouvernement régional à Barcelone. Ils n’hésitent pas à afficher leurs désaccords sur certaines questions, mais ils votent ensemble lorsqu’il est question d’indépendance nationale. ERC et CUP ont dans les derniers mois décidé de ne plus faire partie du gouvernement mais assurent tout de même une majorité indépendantiste à la Généralité de Catalogne. C’est dans une telle perspective qu’il faudrait, à mon avis, envisager la collaboration entre QS et le PQ. Laisser chacun occuper son champ du spectre politique mais s’allier sur la question de l’indépendance du Québec, voilà qui semble une option gagnante à l’Assemblée nationale. Un nouveau parti fusionné serait constamment au bord de l’éclatement, donc paralysé de l’intérieur.


Pour ce qui est du Bloc Québécois, il devrait effectivement être le véhicule de l’unité des indépendantistes à Ottawa. Comme la réforme du mode de scrutin au niveau fédéral a échouée et que nous continuerons à évoluer dans un mode de scrutin uninominal à un tour, il est impératif que les indépendantistes présents à Ottawa se regroupent au sein d’une même formation politique. Mais pour cela, il faudrait que les indépendantistes de gauche radicale qui ont pris l’habitude de voter pour le NPD depuis 2011 reviennent au Bloc en 2019. Considérant que Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de QS, a déjà qualifié le Bloc de « parti identitaire de droite », la pente à remonter semble abrupte. Avons-nous le temps d’y arriver d’ici un an? Je ne le crois pas.


Alexandre Bélanger


Squared

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Militant indépendantiste depuis 1994, je continue le combat pour l'indépendance du Québec en publiant occasionnellement des textes d'opinion.





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1 commentaire

  • François Ricard Répondre

    23 octobre 2018

    QS, comme le PS de Mélenchon en France, s'inspire de la démocratie radicale dont le chantre est Chantal Mouffe.


    La démocratie radicale vise une hégémonie mondiale qui, en fait, renie la notion de nation.


    La population ne connaît pas bien QS et QS fait tout pour cacher ses véritables buts à la population.L'indépendance nationale n'est qu'un prétexte dont on se sert pour atteindre d'autres visées.D'ailleurs, en 2012 et en 2015, QS appuyait le NPD au fédéral.Comme vous dites, le Bloc était, selon eux, trop à droite.Pour QS, le parti avant la nation.