Croire ou ne pas croire au père Noël

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L'enfant Jésus a été remplacé par l'icône de Coca-Cola


La chronique de Normand Baillargeon parue dans Le Devoir du samedi 14 décembre et intitulée « Platon et le père Noël » m’a laissé pantois. Jusque-là, j’ignorais qu’un débat de société de type pédagogico-philosophique avait cours au sujet de l’à-propos pour les parents de laisser croire à leurs enfants que le père Noël existe. Au nom de la vérité et de la transparence, ne vaudrait-il pas mieux leur expliquer que ce bon et joufflu personnage relève d’un canular ?


Je n’ai pas l’intention de participer à ce débat autrement qu’en m’inspirant de la parole d’un enfant lui-même. Voici l’anecdote : l’un de mes petits-fils fêtera son sixième anniversaire au printemps prochain. Conformément à la coutume, ses parents l’ont amené rendre visite au père Noël. Une fois le boniment d’usage terminé, l’enfant affirme à sa mère : « Lui, c’est pas un employé du père Noël. C’est le vrai à cause de sa barbe. »


Que signifie cette remarque en apparence banale ? Tout d’abord qu’à l’âge où il est arrivé, cet enfant commence, par simple observation, à distinguer le réel de l’imaginaire, le vrai du faux. L’âge de raison montre le bout de son nez. En second lieu, quitter le monde du merveilleux pour celui de la plate et froide réalité revient à faire un deuil.


Se refusant à vivre une telle désillusion, mon petit-fils fait appel à une stratégie dite de la réconciliation des contraires : le père Noël a des employés. Ce sont des faux à la barbe rapportée. Le vrai, le seul a une vraie barbe. Et c’est bien lui que j’ai rencontré. Raison et croyance sont ainsi réconciliées. Fin de la dissonance cognitive.


Que faut-il retenir de l’effort de cet enfant afin de ne rien perdre au change ? Que les enfants, lorsqu’ils sont arrivés à un certain stade de leur développement, acquièrent une autonomie de pensée suffisante pour faire la distinction entre le réel objectivable et le monde imaginaire. En corollaire, ce nouvel acquis de la pensée leur confère la capacité de résoudre des problèmes d’un faible niveau de complexité en ayant recours à des stratégies cognitives appropriées.


Quel est le lien avec la responsabilité parentale et la croyance au père Noël ? Faisons confiance à la capacité des enfants de perdre quelques illusions sans vivre un choc post-traumatique qui assombrira le reste de leur vie. Après tout, moult générations l’ont bien fait avant eux. Également, et surtout, prenons soin de ne pas projeter nos tourments d’adultes sur nos enfants.


Laissons-les vivre leur enfance. Encourageons-les à cultiver leur jardin. Ils sont au premier âge de la vie marqué par l’émerveillement, le mystère, la fantaisie, le jeu, la candeur, la créativité. Le sentiment de désenchantement du monde viendra bien assez tôt. S’ils ont de la difficulté à y faire face, ils nous le feront bien savoir. Répondons alors présents et expliquons-leur simplement le pourquoi et le comment de choses.


Reste quand même une question, plus globale et sociologique celle-là. Comment, comme société, en sommes-nous arrivés à nous questionner à propos de tout et de rien au point que plus rien ne mérite le qualificatif d’une certitude à nos yeux. Et pourquoi éprouve-t-on un si pressant besoin de s’en remettre à des experts sur des questions qui devraient normalement relever du sens commun ?


La réponse de Normand Baillargeon


Merci de votre mot. Je dois avouer avoir été moi aussi surpris d’apprendre l’existence d’argumentaires affirmant qu’il n’est pas justifié de laisser croire aux enfants que le père Noël existe. De nombreux auteurs et écrits défendent pourtant ce point de vue et il ne me semblait pas déplacé de le rappeler en ces pages; et de dire aussi pourquoi certains pensent que c’est une mauvaise idée.









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