Autopsie des deux dernières campagnes fédérales et provinciales

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Tribune libre

Avec les résultats de la campagne électorale du 16 octobre dernier, je m’aperçois que les Québécois ne sont pas guéris de leur amnésie compulsive. Ils ont vraiment cru que leurs votes allaient changer le courant de cette campagne. Mais j’ai plus tendance à croire que cette manière de voter révèle un analphabétisme politique récurrent. Les électeurs du Québec ont tranché et ont voté pour le parti libéral de Trudeau en majorité, délaissant clairement le seul parti qui aurait pu les protéger à Ottawa, soit le Bloc Québécois.

Pire. La ville de Québec et ses environs a démontré hors de tout doute que les politiques de Harper rejoignaient encore leurs valeurs. Ils ont élus 10 députés Conservateurs dans leurs régions. On dirait que les citoyens de la ville de Québec sont de nouveaux arrivants déportés de l’Ouest Canadien et qu’ils vivent isoler au milieu d’un Québec qui ne pense pas comme eux. Le mystère-Québec ne sera jamais résolu.

L’élection du parti libéral est également relié au fait que les immigrants nouvellement arrivés votent toujours pour les partis politiques qui ont le plus de chances de leur accorder ce qu’ils veulent. Trudeau semble être un être plus rassembleur envers les immigrants que pouvait l’être Harper. Il est allé voir les différentes communautés et ils ont répondu de la bonne façon pour lui. Le purgatoire des libéraux est terminé. Les Québécois leur ont réitéré leur confiance. Pourtant, ce parti n’a pas un passé des plus reluisants. Voyons ce que la plupart des citoyens ne savent pas ou se sont forcés à oublier :

1969 : Expropriation illégale et illégitime de 97 000 acres de terrain à Mirabel pour la construction de l'aéroport, alors que la moyenne mondiale était de 5000 acres environ;

1970: Application de la Loi sur les mesures de guerre au lieu du code criminel pour justifier la suspension des droits fondamentaux des québécois pendant les frasques du FLQ;

1975: Décret interdisant aux gens de l'air francophones (contrôleurs et pilotes) de parler français entre eux sur le territoire québécois;

1980: Promesses fallacieuses à l'effet qu'un NON à la question référendaire voudrait dire un OUI à un changement constitutionnel;

1981: La nuit des longs couteaux où le gouvernement fédéral et la majorité des provinces se sont entendus pour trahir la parole donnée au premier ministre René Lévesque;

1982: Rapatriement unilatéral de la constitution contre le volonté de l'Assemblée nationale et imposition du multiculturalisme comme modèle d'intégration des immigrants, en plus de la charte des droits et libertés;

1995: Dépenses frauduleuses du camp du NON lors du référendum et serment de citoyenneté accéléré en faveur de milliers d'immigrants;

1997: « Stratagème fédéral visant l'utilisation de fonds publics pour financer diverses opérations de relations publiques pour contrecarrer les actions du Parti québécois »;

2000 : Loi sur la clarté portant sur les conditions de « clarté » préalables à toute négociation advenant un OUI lors d’un prochain référendum;

2005: Éclatement du scandale des commandites où le montant de fonds publics investis par le fédéral est évalué 332 millions environ;

2005: Premier rapport du juge Gomery démontrant que le programme des commandites a servi à alimenter un système complexe de pot-de-vin profitant au Parti libéral;

2015: Campagne électorale où Justin Trudeau n’a jamais reconnu les préjudices graves que les gouvernements du Parti libéral ont fait subir à la nation québécoise;

Quand Parizeau a dit que la défaite avait été essentiellement causée par l’argent et le vote ethnique, le soir du référendum, il n’avait pas tord, n’en déplaise à tous les saintes nitouches qui ont critiqué le discours du Premier Ministre après la défaite.

Qu’est-ce qui était le plus scandaleux entre ces deux faits? Dire ce que Monsieur Parizeau a dit sur l’argent et le vote ethnique ou tricher à tous les niveaux pour empêcher la démocratie référendaire de suivre son cours? Je pense que les Québécois sont des masochistes à la base. Ils aiment ceux qui les méprisent ouvertement. En tout cas, là ils viennent de leur pardonner.

Prenons la loi sur la clarté, qui est à ce jour, la plus anti-démocratique des lois. Elle ne reconnaît pas le 50%+1 advenant un référendum sur l’indépendance du Québec et laisserait le gouvernement fédéral décider de la pertinence de la question qui y serait proposée. Entre vous et moi quel gouvernement fédéral acceptera l’indépendance du Québec?

Il est quand même très drôle de voir cette loi inventée par les libéraux qui exige plus que le pourcentage de 50%+1 comme résultat d’un référendum démocratique et qui le tolère pour leur propre réélection. Justin Trudeau nous a promis du changement mais si le fils retient de son père, il vaut mieux s’attendre au pire parce que le changement promis d’un Trudeau, ça ressemble plus à une vengeance.

Les politiciens ont tendance à penser que, lorsque nous les élisons, ils deviennent nos grands patrons et ils n’ont plus de comptes à nous rendre. C’est pourtant le peuple qui est le patron mais nous savons très bien que c’est faux. La démocratie telle que nous la connaissons n’est qu’une sorte de dictature déguisée en démocratie qui nous donne le droit d’aller voter tous les quatre ans et de fermer notre gueule pour le reste du temps.

Pendant la dernière campagne électorale fédérale qui fut le plus longue de son histoire, les Québécois étaient décidés à voter pour le NPD car ils étaient déterminés à défaire le parti Conservateur de Stephen Harper à tout prix. Ces grands connaisseurs avaient vraiment l’impression qu’en votant pour Mulcair, ils chasseraient Harper du pouvoir. Mais pour être stratégiques, il faut connaître les véritables stratégies politiques, ce qui n’est pas le cas des Québécois en général.

En 2011, les Québécois avaient voté pour le NPD de Jack Layton en élisant des députés (poteaux) qui n’avaient aucune expérience en politique. Ils avaient chassé le Bloc Québécois du paysage fédéral à Ottawa. Ils pensaient également qu’en votant pour Jack, Harper ne pourrait pas avoir un gouvernement majoritaire.

Le Parti Conservateur gagna sa première majorité devant des Québécois au prise avec des députés du NPD qu’ils ne connaissaient même pas dans leur compté. Duceppe fût renvoyé chez lui après 20 ans de loyaux services. C’est ce genre de reconnaissance qu’ont les Québécois pour leurs élus. Ils méprisent ceux qui les aiment et aiment ceux qui les méprisent.

Et en pleine campagne électorale où Mulcair commençait déjà à croire qu’il serait élu, arriva l’histoire de la jeune femme qui voulait être assermentée avec le Niqab. Cette histoire avait sûrement été téléguidée par le parti Conservateur qui connaissait les opinions de Mulcair et Trudeau à cet égard. Il savait également que le jugement de cette cause arriverait un peu après le début de la campagne. La tactique était bonne.

Les Conservateurs pensaient sûrement faire la différence en instituant la plus longue campagne électorale de son histoire en tentant d’épuiser économiquement ses adversaires et en les confrontant à cette histoire de femme voilée d’un niqab qui réclamait sa citoyenneté le visage caché. Arriva ce qui arriva: Contrairement au parti Conservateur qui a joué la carte du grand défenseur des droits et libertés de chacun, les deux autres partis (NPD, Libéraux) ne voyaient pas de problème à ce que des femmes voilées d’un Niqab puissent être assermentées après s’être dévoilée le visage devant quelqu’un au préalable. Mais cet acharnement de Mulcair à être d’accord avec l’assermentation voilée l’a fait descendre dans les abîmes des sondages.

Du côté libéral, je n’en suis pas revenu de voir Paul Martin et Jean Chrétien s’immiscer dans la campagne pour mettre un peu de viande autour de l’os du vide intellectuel de Justin. Le fils de Pierre semblait dépasser par les événements et les vieux routiers sont venus lui prêter main forte. Trudeau s’enlisait dans un vide total et la stratégie des déficits sur trois ans, a fonctionné. Chrétien et Paul Martin savent très bien que les citoyens aiment les déficits. Ils aiment avoir la marge de manœuvre de tout mettre sur leurs cartes de crédit, quitte à ne payer que le montant minimum à tous les mois. Ils aiment bien pelleter par en avant et refiler la facture aux générations futures.

Les électeurs Québécois se sont tournés vers Justin Trudeau, refusant obstinément d’appuyer Gilles Duceppe avec le Bloc qui était pourtant contre l’assermentation à visage couvert. Justin pensait exactement la même chose que Mulcair concernant le Niqab et il est monté dans les sondages à une vitesse fulgurante. Pire. Trudeau est pour le transport du pétrole bitumineux par pipelines ou par trains au travers le Québec, ce qu’une majorité de québécois pourtant conteste. Les Québécois ont quand même voté pour le parti libéral de Justin Trudeau.

Mais le plus incompréhensible pour moi fût d’apprendre qu’une grande majorité de souverainistes avaient voté pour Trudeau. J’ai également tombé en bas de ma chaise quand j’ai entendu Vincent Gratton, l’acteur bien connu, à l’émission de Marie-France Bazzo, dire qu’il avait voté pour Trudeau. Lui le souverainiste convaincu qui venait nous réciter les psaumes de l’indépendance à toutes les fêtes Nationales du 24 juin.

Je ne veux pas juger Monsieur Gratton sur ses nouvelles allégeances politiques mais il est évident qu’il y a dissension au sein de la chapelle indépendantiste. Il y a une incohérence inexplicable. Même chose à TLMEP : Dominique Michel a laissé entendre qu’elle avait gagné ses élections. Soyons clairs : Je ne critique pas leurs allégeances mais j’en suis profondément surpris. Le PQ a une grande part de responsabilité dans cette migration des souverainistes convaincus. Depuis le dernier référendum en 1995, les Péquistes baissaient toujours les yeux quand il était question d’indépendance, comme si leurs convictions étaient au niveau de ce sol incertain qu’ils foulaient du bout des pieds.

Mais qu’est-ce qui se passe au Québec? Pourquoi cet analphabétisme politique qui s’éternise? Moi quand j’entends des gens dire qu’ils ne savent pas pour qui ils vont voter, après78 jours de campagne électorale, ça me fait penser que les électeurs fonctionnent seulement aux émotions et non à leurs convictions. Il ne faut pas avoir beaucoup de convictions pour ne pas savoir pour qui on votera après tout ce temps. Les indécis attendent l’étincelle qui saura les émouvoir au lieu de s’appuyer sur leurs convictions profondes. Les gens votent pour des personnages.

L’électorat Québécois a fait la même chose le 7 avril 2014 en votant massivement pour un parti libéral provincial qu’on disait corrompu. Après le printemps-Érable et dix-huit mois d’un gouvernement minoritaire du parti Québécois, les électeurs ont élu le parti qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs pendant 9 ans avec Jean Charest à sa tête. Celui-ci a été envoyé à la retraite mais son parti avait quand même récolté une cinquantaine de députés le soir du 4 avril 2012.

Depuis son élection, Couillard et ses sbires ont imposé une austérité économique au nom d’un équilibre budgétaire subitement pressant à réaliser pour eux. Le parti libéral a été 9 ans au pouvoir. Pourquoi ne pas avoir rééquilibré le budget avant? Ils ont quand même laissé croire aux gens que le PQ avait détérioré les finances publiques en dix-huit mois de règne minoritaire. Si les citoyens sont assez caves pour croire ça, ils méritent tout ce qui leur arrive.

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Alain Patenaude81 articles

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Je suis un Gatinois indépendantiste dans l'âme au-delà des idéologies poiitiques et non pas un vieux péquiste des années 70 du genre qui détestait les anglais parce que c'était cool. Je ne déteste personne. Je parle anglais et français et je trouve primordial que le Québec protège sa langue française, au détriment de ce que peuvent penser mes amis anglophones. Je suis originaire de St-Jean sur Richelieu et je vis dans l'Outaouais depuis 2010. J'ai vécu à Granby,, St-Hubert et Contrecoeur. Je crois que nous devrons, un jour, quitter ce beau grand Canada qui ne nous aime pas, pour voler de nos propres ailes. Nous sommes comme des adolescents qui doivent quitter le foyer familial pour fonctionner par eux-mêmes et ce, même si les parents ne veulent pas nous laisser partir. Je suis désillusionné de la politique d'ici et du fédéral. Écrire me permet d'évacuer mes frustrations et de structurer ma pensée. 





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2 commentaires

  • Alain Patenaude Répondre

    3 novembre 2015

    Monsieur Haché. Vous pouvez interpréter mon texte de la façon que vous voulez mais je ne méprise personne mais je suis frustré de les voir voter comme ils votent.....sans trop savoir pour qui. vous ne reprocherez pas de voter par convictions?. Quand je disais : Si les gens sont assez caves pour croire ça, ils méritent tout ce qui leur arrivent, je voulais parler de ce qu'avait fait croire le parti libéral en disant que le PQ était responsable de l'état des finances publiques lorsqu'il a été minoritaire pendant dix huit mois. Vous pouvez interpréter mon supposé mépris de ceux qui n'ont pas voter pour le BLoc à votre gré mais ma déception de la dernière élection n'a rien à voir avec toute forme de mépris...je constate que les Québécois votent aveuglément au lieu de voter par convictions. moi je suis un indépendantiste et ce n'est pas parce que vous ne l'êtes plus que je vous méprise. Reste que les gens votent pour ensuite sortir dans les rues parce qu'ils ne sont pas contents des politiques établies. Ils avaient la chance d'avoir Duceppe à Ottawa pour défendre les intérêts du Québec et ils ne l'ont pas fait.....Je suis de ceux qui croient que le canada anglais nous méprise beaucoup plus que nous les méprisons.....

  • Marcel Haché Répondre

    3 novembre 2015

    « Si les citoyens sont assez caves pour croire ça, ils méritent tout ce qui leur arrive. » A. Patenaude.
    Les citoyens dont vous parlez, Alain Patenaude, qui n’ont pas voté ni pour le Bloc ni pour le P.Q. ne méritent pas votre mépris.
    Dans le cas du Bloc, il faudrait pouvoir admettre que rien ne distinguait le discours de Gilles Duceppe de ceux de ses ennemis. Si vous traitez vos ennemis canadiens comme des amis québécois, ces ennemis ne sont pas obligés de vous rendre la pareille. Et l’Électorat a bel et bien vu ce qu’il y avait à voir…
    Quant à la défaite du P.Q. faudra bien un jour reconnaître, et admettre surtout, que, si l’idée de tenir un référendum a déjà pu porter notre Cause, ce n’est plus le cas depuis longtemps.
    Nous ne ferons jamais l’Indépendance par le mépris.Le mépris, c'est le carburant des fédéralistes.