Aussant au PQ : la fin des exils...

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Le sabordage d'ON au profit de QS semble désormais ridicule

Voilà qui est chose faite, l’actuel directeur du Chantier de l’économie sociale Jean-Martin Aussant revient au Parti québécois. Et c’est une excellente nouvelle pour le PQ, mais pour le Québec aussi.


Car se dessine un choix très clair lors de la prochaine élection : l’austérité libérale et le cynisme de l’économie d’intérêts (médecins spécialistes, Bombardier, etc.) et son complément d’objet direct, la CAQ de François Legault qui proposera moins d’État et là où le PLQ aura ratatiné les services publics, la CAQ lorgnera vers la privatisation.


D’ailleurs, alors que la saison des annonces de candidatures électorales commence, un tableau se dessine. François Legault a présenté une « vedette économique », soit Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal et grand apôtre de la privatisation des services publics. La droite fiscale dans ce qu’elle a de plus radical.


De Youri Chassin, l’ex-ministre Camil Bouchard a d’ailleurs dit ceci le jour où l’on apprenait qu’il se lançait en politique : « Coiteux, Laitao de la petite bière de droite à côté de Youri Chassin. Attachez vos services les amis, avec lui Coiteux et Leitao vont avoir l'air de gauche! »


Le Parti québécois pourra répondre une candidature économique de prestige, car c’en est une, soit Jean-Martin Aussant, grand défenseur de l’économie sociale. Pour saisir l’abysse qui le sépare d’un Youri Chassin, on se rappellera l’entrevue qu’il avait donnée à Boucar Diouf au cours de laquelle il avait expliqué comment « la collaboration et la solidarité » pourraient sauver le Québec :


« L’économie sociale permet de mieux répartir la richesse, parce que dans la structure de ces entreprises-là, quand des profits sont générés, ils doivent être réinvestis dans la collectivité, dans l’entreprise et les services, au lieu d’aller dans les poches des actionnaires. »


Nous sommes ici aux antipodes de la proposition économique du PLQ et de son corolaire caquiste en la matière. Une démarcation très nette.


La candidature de Jean-Martin Aussant au PQ c’est aussi matière à réflexion pour les troupes de Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Au cours des dernières heures, nombre d’anciens militants ou membres d’Option nationale qui étaient défavorables (j’étais de ceux-là, en toute transparence) quant à la perspective d’être avalés par Québec solidaire se sont demandés ce que feront les quelques-uns qui y sont allés.


Finalement, le « comté prenable » qu’on réservait à Sol Zanetti dans l’entente s’est concrétisé par Jean-Lesage (on félicitera Sol Zanetti de viser un comté libéral d'ailleurs), une circonscription libérale de Québec où l’ancien chef d’ON s’était présenté en 2014. Ensemble, QS et ON avaient fait moins de 15% du vote dans ce comté lors de cette élection. Il y a loin de la coupe aux lièvres comme dirait l’autre...


Faut surtout pas qu’on parle au PQ...


Mai 2017, lors du congrès de Québec solidaire, alors que l’on a débattu de la possibilité de discuter d’ententes électorales ponctuelles avec le PQ, on se souviendra que le tout avait dérapé. Compte-rendu de Marco Bélair-Cirino du Devoir :


La membre du comité antiraciste Dalila Awada a convaincu ses consœurs et confrères de ne pas succomber au « chant des sirènes des gains électoraux » en misant sur des pactes de non-agression avec le PQ afin d’accroître le nombre de députés solidaires à l’Assemblée nationale.


« On a tous et toutes très hâte que QS ait une plus grande marge de manœuvre pour travailler. On le mérite. On est rendus là. Mais, pour les communautés racisées au Québec, l’ennemi est double. Il s’incarne à la fois dans le néolibéralisme et dans le racisme. Le Parti québécois, aujourd’hui, porte en lui ces deux bêtes. »


Michel David, du Devoir lui aussi, a commenté ainsi l’ambiance lors du même congrès de QS :


« Depuis 50 ans, on a pris l’habitude de voir libéraux et péquistes comme chiens et chats, mais ce n’est rien en comparaison de la véritable haine que de nombreux militants de Québec solidaire éprouvent envers les péquistes. Par moments, le débat sur une possible alliance PQ-QS, dimanche, a pris des allures de séance de défoulement. À entendre certaines interventions, le PQ semblait être l’incarnation du diable.



Jean-François Lisée, lui, a été comparé à Machiavel. Les délégués de sa circonscription de Rosemont étaient particulièrement remontés contre le chef péquiste, dont la fourberie est apparemment sans limites. Alexandre Cloutier ou Véronique Hivon auraient peut-être pu apprivoiser une majorité de militants, mais la méfiance envers M. Lisée était palpable. La peur de se faire embobiner par ce filou frisait la paranoïa.



Les opposants ont donné le ton d’entrée de jeu. Au bout de vingt minutes, il était presque devenu gênant de vouloir s’allier à de pareils faux jetons. Même ceux qui étaient prêts à envisager la possibilité d’une alliance semblaient le faire à leur corps défendant. 
»


On aura compris que les rapprochements avec le PQ du point de vue de Québec solidaire sont difficilement envisageables après pareil délire. Toutefois, l’argumentaire éculé provenant de certains QSistes selon lequel le PQ est un méchant parti néolibéral pareil à la CAQ et au PLQ sera plus difficile à faire avaler au moment où le PQ rapatrie des figures politiques telles que Camil Bouchard et Jean-Martin Aussant.


Québec solidaire aura toute la marge de manœuvre nécessaire pour que son aile « antiraciste » puisse s’exprimer.


Pendant ce temps, le Parti québécois pourra travailler à trouver un comté intéressant à Jean-Martin Aussant car si cette annonce arrive à un moment où le PQ en a bien besoin, l’idéal serait qu’elle en inspire d’autres à faire le saut. Et la meilleure façon de créer de l’engouement demeure la force de l’équipe en présence.


N'y a-t-il pas quelqu'un, récemment, qui se soit « placé en réserve de la république » justement...


Les prochaines semaines seront passionnantes.