Commission Charbonneau

Apparences écorchées

Élection Québec 2012 - Bilan


Les Québécois ont besoin de se débarrasser des magouilles en tout genre. Devenus cyniques à l’égard de leurs institutions, ils ont aussi besoin de croire que ceux qui sont chargés de faire place nette sont au-dessus de tout soupçon de complaisance. Le procureur en chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, répond de moins en moins à cet implacable critère.
Hier, La Presse révélait qu’il avait représenté, pas plus tard qu’en 2008, une firme d’asphaltage maintenant mise en cause par Jacques Duchesneau, dans la foulée de son passage devant la commission en juin. Le litige de 2008 impliquait d’ailleurs par la bande un autre acteur maintenant bien connu du grand public, Tony Accurso.
Me Lussier faisait à l’époque son travail d’avocat, tout comme ce fut le cas par la suite quand il a représenté la Ville de Montréal dans le conflit qui l’opposait au vérificateur général Jacques Bergeron, ou en tant que membre de l’équipe Plan Nord du cabinet d’avocats auquel il est associé. Nul ne doute de ses compétences dans tous ces dossiers.
Mais il y a un malaise quand ces éléments, méconnus du grand public, sont associés au procureur en chef de la commission la plus réclamée des Québécois et qui porte sur le sujet le plus délicat qui soit : l’univers de la collusion et de ses vastes ramifications dans le monde de la construction, de la politique, des municipalités, des grands chantiers du passé et de ceux à venir. Il est évident que Plan Nord et asphalte font partie du vocabulaire des enjeux couverts.
Me Lussier ne semble pas très sensible à ces questions de perception. Nommé à la commission Charbonneau en novembre dernier, son rôle comme représentant de la Ville de Montréal fut discrètement souligné dans les médias, mais Me Lussier répondait qu’il céderait sa place quand l’administration montréalaise serait en cause.
C’était pourtant à sa face même une position intenable qui, au fil des mois, faisait de plus en plus murmurer. Pas matière à scandale, mais une question de crédibilité, comme un éthicien l’avait résumé en mars au Devoir. Quelques jours plus tard, Me Lussier se départait enfin de ce gênant double chapeau.
Aujourd’hui, avec les révélations de La Presse, on s’interroge à nouveau. Était-ce en raison de ses liens professionnels qu’en entrevue au Devoir, fin décembre, Me Lussier limitait autant le mandat de la commission Charbonneau ? Pas de compteurs d’eau, pas de port de Montréal, pas toutes les municipalités… Le Plan Nord s’ajoute-t-il à une telle liste ?
Le Québec est petit, il est normal que les mêmes figures reviennent dans différents dossiers. Mais ça ne peut pas toujours servir d’excuses, surtout pour une commission qui n’a pas le droit à l’erreur. Ici, les apparences ne sont plus sauves. La commissaire France Charbonneau aurait pu s’en rendre compte avant que les médias ne le fassent. Une conversation sérieuse s’impose avec son procureur en chef et une mise au point publique s’ajoute pour nous convaincre que la confiance peut demeurer.


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