Manifs, casseurs et police

À qui profite le crime ?

Tribune libre


Je regardais à la télé les images des chevaux de la police attaqués par des balles de neige en pleine gueule quand je me suis surpris à dire à ma compagne : « Je n’en possède aucune preuve formelle, mais je suis certain que les casseurs masqués et tout de noir vêtus sont infiltrés et contrôlés par le pouvoir ».
Je m’explique. Au cours de ma tumultueuse jeunesse de rebelle indépendantiste, j’en ai vu de toutes les couleurs en manifs et affrontements avec les policiers. Je ne suis donc pas sur cette tribune pour défendre leurs répressives méthodes, ayant moi-même été victime de condamnations pour avoir troublé la paix et entravé le travail des flics, sur la foi de témoignages truffés de parjures de la part de mes accusateurs.
Mais mon expérience, tant comme manifestant et prisonnier politique que comme journaliste, m’a permis d’apprendre comment ça fonctionne dans les coulisses des affaires secrètes des forces de l’ordre et du pouvoir politique. Et ce qui se passe dans l’ombre de ceux qui sont prêts à tout pour sauver leur pouvoir et leur pays (the Canadian federation), est inimaginable pour le commun des mortels.
Lorsqu’à la Commission Gomery, le soldat loyaliste Charles « Chuck » Guité a déclaré que les décideurs étaient en guerre contre tous ceux qui veulent faire du Québec un pays, sous-entendant explicitement que dans cette guerre contre l’indépendance tous les moyens sont permis pour vaincre l’ennemi, il n’avait jamais si bien dit. On apprenait enfin officiellement que nous étions non seulement sous occupation, mais que l’on nous attaquait sournoisement. Sans nous avoir officiellement déclaré cette guerre qu’on nous mène.

Constat rapidement mis de côté par les médias et tout aussi rapidement oublié par les Québécois, même chez les ténors de la souveraineté, associationniste ou pas. Avec ou sans trait d’union, pour mieux nous embrouiller…
C’est ainsi que j’en arrive à penser qu’au lieu de s’intituler « Je me souviens », il serait plus réaliste d’écrire « J’ai la mémoire qui flanche », car qui est conscient, encore aujourd’hui en 2013, que nous sommes en guerre ?
Et ce n’est pas parce qu’elle est souterraine qu’elle n’existe pas !
Et ce n’est pas parce que les Québécois soutiennent détester les affrontements que nous y échappons.
Et ce n’est pas parce que les lourdes et douloureuses défaites du passé nous ont laissé dans un état de paralysie infantile que cela n’existe pas.
Et ce n’est surtout pas parce que nous avons peur et horreur des armes er de la répression que nous pouvons demeurer dans la négation de ce qu’on nous fait subir.
Victimes d’un syndrome de Stockholm collectif, réveillons-nous !
De tous temps, les gens de pouvoir et les gens d’armes ont eu recours à la division des forces ennemies pour régner. Et pour y arriver, ils ont eu recours à des agents doubles et provocateurs infiltrés dans tous les groupes susceptibles de secouer la torpeur et l’apathie citoyenne et d’entrainer des mouvements de contestation de l’ordre établi.
C’était vrai il y a mille ans, c’était vrai il y a cent ans et ce l’est encore aujourd’hui.
L’on n’a qu’à se souvenir des copies des mouvements felquistes au cours des mois suivant la Crise d’Octobre pour vérifier dans les faits que c’est la GRC et les corps policiers québécois qui provoquaient et participaient à des actes violents commis pour discréditer la cause que les jeunes qu’ils avaient sous contrôle défendaient.
Toutes ces horribles histoires sont fort bien documentées et ont été narrées en long et en large lors des commissions publiques d’enquêtes MacDonald et Keable. Facile à vérifier.
Il faut donc se demander, face à des actes de provocation de la répression policière, à qui profite le crime ?
Si on se penche sur le « printemps érable » et le mouvement d’indignation populaire qui s’est dessiné dans les rues de nos villes depuis deux ans, ne constate-t-on pas que, lors de paisibles et légitimes manifestations citoyennes, il y a inévitablement un petit groupe d’irréductibles « casseurs » qui ont toujours « cassé le party » ?
Ces jeunes révoltés, subjugués par le concept de l’anarchie, sont rapidement devenus des proies idéales pour discréditer le mouvement citoyen.
Et ce, alors que 99,9 % des marcheurs, indignés par les dérives de notre système néo-libéral au service de la haute finance, défilaient en toute quiétude et devenaient une force tranquille et menaçante pour le pouvoir.
Qu’on se rappelle ce grand ralliement de la Journée de la Terre, l’an dernier, alors qu’un quart de million de pacifiques citoyens sont descendus dans la rue pour dire « Assez, ça suffit »…
De telles démonstrations populaires – que l’on n’avait pas vues dans nos rues depuis des décennies- ont sûrement réactivé le signal d’alerte rouge dans les officines du pouvoir et de ses bras armés.
Et si la population voulait vraiment mettre fin au régime élitiste et monarchique qui nous est imposé depuis la Conquête ? Croyez-moi, le pouvoir fait tout pour réduire en charpie toute velléité de réelle démocratie et de dangereuses idées à saveur républicaine.
Ils ont alors- comme c’est toujours le cas- recours aux mêmes méthodes : Ils infiltrent tout mouvement citoyen et progressiste et provoquent des actes de vandalisme et de violence pour discréditer complètement les indignés ordinaires.
Je ne nommerai jamais de noms. Mais je sais fort bien pour en avoir identifié certains que ces faux étudiants et agitateurs professionnels sont payés par la police.
Observez bien ceux qu’on retrouve toujours aux premiers rangs, qui ne travaillent guère ni n’étudient, et qui lancent constamment des appels à saveur anarchiste. À noter qu’ils ne savent presque jamais écrire sans fautes et qu’il est évident que leur culture politique est primaire.
Comme celle de leur contrôleurs policiers qui, eux, exécutent les ordres venus d’en haut.
La recette est éprouvée car c’est ainsi- en effrayant le citoyen lambda- qu’on brise toute espèce de solidarité révolutionnaire naissante.
C’est un très vieux film. Et le scénario demeure toujours le même.
Pierre Schneider
patriote républicain.

Squared

Pierre Schneider58 articles

  • 93 578

Journaliste, auteur et poète, Pierre Schneider milite
pour l'Indépendance du Québec depuis le début des années soixante.





Laissez un commentaire



1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    6 mars 2013

    C'est toujours dommage de voir de vieux militants de gauche céder à la théorie de la conspiration de la sorte. Vous même qui dites avoir été dans des manifs, avoir été arrêté et faussement accusé, ne pouvez-vous pas comprendre que lorsqu'on voie des amis se faire blesser grièvement, des camarades se faire poursuivre et matraquer, la colère monte naturellement? Et qu'instinctivement, des gestes de révolte vont être posés par des gens dans ce genre de situation??
    Et ne connaissez-vous pas le sentiment de puissance, de liberté, qui s'empare d'une manifestation quand les policiers battent en brèche sous les roches, quand les feux d'artifice réussissent à les tenir à distance?
    Et je n'entrerai même pas dans votre argumentaire contre la pertinence des actions directes dans un mouvement social. Ceci est un autre débat, et il serait beaucoup plus intéressant de l'avoir en écartant l'hypothèse saugrenue et usée des casseurs-payés-par-la-police. Rien qu'en voyant ce qui s'est passé avec IDLE NO MORE, un mouvement qui a mit votre conception du citoyen-pacifiste au centre de ses principes, on est en droit d'avoir des doutes...