AFFICHAGE COMMERCIAL

68 % des Québécois n'aiment pas les bannières anglophones

Offensive canadian d'anglicisation du Québec


par Mario Girard -

Les noms de Best Buy, Future Shop ou Krispy Kreme Doughnuts ne sont pas familiers aux yeux d'une majorité de Québécois. En effet, 68 % d'entre eux n'apprécient pas la présence des enseignes de langue anglaise. Ces résultats paraissent au moment même où un mouvement montréalais s'organise afin de raviver la francisation de l'affichage dans la métropole.
Un sondage SOM-La Presse jette la lumière sur le débat qui fait (à nouveau) rage au sujet de l'affichage commercial et qui trouve écho dans une recrudescence de plaintes de la part de citoyens. Près de la moitié des personnes sondées (49,6 %) ont récemment remarqué une augmentation de bannières anglophones dans leur environnement.
Ce sujet, déjà controversé lors de la mise en application de la loi 101 dans les années 70, continue de diviser les citoyens. Alors que 57 % des personnes affirment n'être aucunement influencées dans leur attitude de consommateur par une enseigne unilingue anglophone, 35 % des gens trouvent que ce type d'affichage a une influence «assez négative» ou «très négative» sur leur choix de magasins. En contrepartie, 9 % des Québécois pensent qu'un commerce qui s'identifie en anglais a une influence «très positive» ou «assez positive» sur eux.
Line Beauchamp, ministre de la Culture du Québec et responsable de l'application de la Charte de la langue française, comprend tout à fait qu'une majorité de Québécois ne soient pas favorables à la présence de bannières anglophones. «Je partage tout à fait ce sentiment, a-t-elle confié à La Presse. Moi aussi ça me titille de voir des enseignes uniquement en anglais. Je préférerais un paysage entièrement francophone.»
Une autre donnée réjouit la ministre: 65 % des Québécois jugent «très» ou «assez» important que le gouvernement du Québec intervienne pour favoriser la francisation des noms de commerces.
«C'est un très beau cas où le gouvernement et les citoyens peuvent faire équipe ensemble, dit Line Beauchamp. Il s'agit d'un pouvoir d'influence et je suis d'accord avec cela. Cela dit, il y a des traités internationaux qui permettent aux entreprises de conserver leur nom d'origine. Mais on peut changer les choses», ajoute-t-elle en citant l'exemple de KFC devenu PFK au Québec.
Les résultats de ce sondage comblent également Mario Beaulieu, porte-parole du Mouvement Montréal français. M. Beaulieu, en compagnie de la candidate péquiste Lisette Lapointe, de la députée bloquiste Maria Mourani et du président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, a lancé hier un appel aux Québécois afin que cesse la montée de la langue anglaise dans les activités commerciales.
«Ces chiffres correspondent tout à fait à l'augmentation des plaintes enregistrées depuis quelque temps, dit-il. Je crois que ce type de démonstration peut être un incitatif pour les entreprises à favoriser le français dans leur affichage», ajoute-t-il en citant l'exemple d'Esso, qui a récemment pris la décision de ne pas rebaptiser du nom de On the Run ses 54 dépanneurs et plutôt conserver l'appellation Marché Express.
Selon Mario Beaulieu, il est très important que Montréal reflète l'image d'une ville majoritairement francophone. «C'est à Montréal que se joue le sort du français au Québec, dit-il. Près de 85 % des nouveaux arrivants s'installent dans la région métropolitaine.»
La députée bloquiste d'Ahuntsic, Maria Mourani, trouve déplorable que dans certains magasins de Montréal on aborde les clients d'abord en anglais. «Je l'ai vécu plusieurs fois, dit-elle. Est-ce parce que j'ai l'air de venir d'ailleurs? Certaines personnes qui m'abordaient en anglais étaient incapables de parler français.»
Un appel à la mobilisation
Tout en évitant de prononcer le mot «boycottage», les ténors du Mouvement Montréal français demandent aux Québécois de privilégier les commerces qui affichent des raisons sociales en français ou qui favorisent la langue française au moment de servir leurs clients. Pour cela, ils feront circuler au cours des prochains jours un dépliant ayant pour titre Une langue à partager.
«Il est important qu'on se mobilise régulièrement pour que Montréal demeure une ville française», a déclaré Lisette Lapointe, candidate péquiste dans la circonscription de Crémazie. Selon elle, une simple attention peut faire toute la différence. «Pourquoi une chaîne comme Starbucks n'ajouterait pas le mot café devant son nom? C'est aussi cela la francisation des raisons sociales.»
L'anglais au travail
Le sondage SOM-La Presse sur les bannières a été par ailleurs l'occasion d'en savoir plus sur l'utilité des connaissances de la langue anglaise en milieu de travail. Peu importe le secteur, l'anglais est maintenant «nécessaire», «très utile» ou «assez utile» dans 83 % des cas. Seulement 17 % des Québécois affirment ne pas avoir besoin d'une telle connaissance pour accomplir quotidiennement leurs tâches.


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