Nous sommes coincés dans une ambiguïté bicéphale

Nos Partis politiques ne sont plus québécois

Que faire maintenant?

Tribune libre

Lors des dernières élections du 7 avril 2014, un 40 % de la population semblait souhaiter l’indépendance du Québec, c’est-à-dire d’en faire un pays souverain. C’est ce que Pierre-Karl Péladeau semblait traduire avec son poing dans les airs. Cependant le dernier sondage Léger-Le-Devoir mentionne que le pourcentage est descendu à 28% et que ce pourcentage va continuer à la baise. Dans l’état actuel des choses, une sérieuse réflexion s’impose concernant l’avenir du Québec.

Je vais tenter une explication. Dans les années 1960-1970, les deux principaux Partis politiques du Québec PLQ et UN étaient des Partis nationalistes, avec un Jean Lesage et son « Maître chez nous » et la nationalisation d’Hydro-Québec, avec un Daniel Johnson (père) et son plan d’action « Égalité ou Indépendance » et avec un Robert Bourassa nationaliste et son plan économique de la Baie James. Suite à la création du Parti québécois de René Lévesque, le Parti libéral a changé complètement sa vision du Québec et son rôle dans la fédération canadienne. S’étant débarrassé de son aile nationaliste, quelques années plus tard, avec la création de l’ADQ, le Parti libéral du Québec n’a plus envisagé de rupture avec le reste du Canada. Le PLQ ne pose plus de conditions pour demeurer au sein de la fédération canadienne. Il professe un fédéralisme inconditionnel, même si en certaines occasions, il montre les dents au le gouvernement fédéral, comme sur les questions environnementales ou celle des jeunes contrevenants, etc. Ce changement de cap du Parti libéral a laissé un vide politique et a ouvert toute grande la porte au nouveau Parti québécois de René Lévesque avec son projet de Souveraineté-association. Ce projet a rassemblé le Québec francophone et est devenu porteur de ses aspirations historiques concernant sa langue et sa culture. Au tournant des années 80 et avec le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne, les anglophones comme les immigrants ne se sont pas sentis menacés par ce nouveau projet péquiste qui ne remettait pas en cause l’unité canadienne.

Suite aux déboires référendaires et aux chicanes constitutionnelles du Lac Meech et Charlottetown, de nouveaux partis politiques sont apparus avec l’idée de toujours mieux défendre les intérêts du Québec, comme la défunte ADQ, Québec solidaire et dernièrement la CAQ et Option nationale. Pendant la création de ces nouvelles forces politiques, le Parti québécois fait du surplace en ne travaillant qu’à se faire élire et à garder le pouvoir, tout en vendant à la population du Québec l’idée d’un urgent besoin d’une « seine gouvernance » pour défendre les intérêts du Québec. Mais attention, c’est ce que font et offrent tous les partis politiques en général à la population ! C’est ainsi que le Parti québécois et le Bloc québécois ont fini par perdre leur âme nationaliste. Lors du dernier sondage voici ce que déclarait Jean-Marc Léger au Devoir : « C’est normal que le parti descende un peu, mais pas aussi rapidement. C’est comme si les gens sentaient que le parti a perdu son âme : on entend des militants et des députés renier la charte de la laïcité, renier l’ancienne chef, renier la démarche constitutionnelle… » Le Parti québécois va droit dans le mur.

Que faire maintenant ? Il faut envoyer un message clair à la jeunesse québécoise venue de tous horizons. Est terminé le temps de la génération des bébés-boumeurs au pouvoir. Les jeunes sont ouverts sur le monde, sont universalistes, (et par la force des choses, canadianistes), voyagent beaucoup et communiquent comme jamais à travers les réseaux sociaux. Ils veulent un Québec fort, maître chez lui et de sa destinée, et ils ne croient pas qu’il faille passer par le dogme politique de l’indépendance pour y arriver. Présentement ils sont plus intéressés à leur survie individuelle qu’à leur destin collectif ? En fait pour eux, les Anglais, les Immigrants et les Québécois de souche sont des compagnons de route et non des rivaux. Ce n’est pas un combat à finir, entre fédéralistes et indépendantistes, mais plutôt une saine compétition qui nous renforce mutuellement. Ils voient cela avec la Colombie britannique, l’Alberta, Terre-Neuve, etc.

Peut-on leur reprocher d’être « politisés » autrement, (avec leur printemps érable), quand les grands problèmes qui les assaillent (ex. les frais de scolarité) ne sont pas résolus politiquement, à cause de la corruption de toutes sortes, en santé, en éducation, en culture, en emploi, en habitation, en environnement, en investissement, en ressources énergétiques qui doivent être mises à leur service ? Leur vision de la souveraineté consiste à voir le Québec comme une société distincte, différente des autres provinces et territoires. Rien de plus ! Le jour où des leaders se lèveront et mettront en place des moyens concrets pour parler au cœur et au portefeuille de tous les Québécois, le peuple saura leur réponde : « PRÉSENT » Il est temps de passer aux vraies affaires. Entre le rêve d’un pays et la réalité, le Parti libéral vogue librement et continue sur la route du fédéralisme inconditionnel, soutenus par les grands médias traditionnels. Le peuple québécois, coincés entre deux visions politiques irréconciliables, va-t-il demeurer de marbre dans cette ambiguïté bicéphale encore longtemps ?

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Marius Morin130 articles

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Citoyen du Québec, Laval, Formation universitaire, Retraité toujours
interpellé par l'actualité socio-politique

Laval





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    13 mai 2014

    Marius,
    Je ne possède pas la science infuse, mais je crois qu'aux dernières élections, on a voulu jouer trop « fair play ». Les gens ne connaissant pas de grands détails de leur histoire et de leurs actualités, accordent peu de crédit lié à la sincérité des politiciens de tout parti et de tout acabit.
    Dès le jour 1 des élections, on a tiré à boulets rouges sur le Parti Québécois car il a déclenché des élections. La « Coalition » formé de l'opposition à l'Assemblée nationale a émis le 30 décembre 2013:
    « La Coalition s'est cependant peinturée dans le coin en promettant de voter contre le prochain budget du gouvernement péquiste s'il ne revient pas sur sa décision de reporter à plus tard le retour à l'équilibre budgétaire. »
    À partir de ce moment, il devenait clair et évident qu'étant donné la situation économique du Québec, les partis de l'opposition aurait voté pour la tenue d'élection en 2014. Qui a parlé de ça pour mettre la faute sur les Libéraux, la CAQ et Québec Solidaire? Bien entendu, personne.
    Par la suite, Philippe Couillard, dès le début de la campagne a brandi le spectre attendu depuis 40 ans, qu'un vote pour le Parti Québécois, c'est un vote pour la tenue d'un référendum que les Québécois ne veulent pas. Le Parti Québécois ne voulant pas faire de souveraineté dans l'immédiat sous Pauline Marois a agi en coincé. Au lieu d'être clair et limpide en disant que NON il n'y aura pas de référendum si nous sommes élus, a agi par prudence en disant que l'on va s'en remettre au peuple. C'est lui qui décidera. Ça n'a même pas fait les frais du premier débat. On a attendu au deuxième débat pour tenter de parler franchement. Pourquoi attendre? Pourquoi laisser sentir que l'on tient à cacher? On donne de la force à nos adversaires non?
    Ensuite, on croyait que Pierre-Karl Péladeau donnerait des ailes au Parti Québécois. L'histoire de son poing levé était très banal. Au lieu de valoriser cela comme de la conviction, on a préféré laisser en débattre tout le monde, sauf le Parti Québécois. Les gens ont fini par y croire que Pierre-Karl Péladeau « ruinerait » le Québec.
    Quand on va à la guerre, il faut être prêt. Le Parti Québécois a semblé avoir « déclenché » des élections, mais en réalité, je crois qu'il n'était pas prêt.
    Il y a eu trop de points mineurs ou non éclaircis pendant la période électorale. On n'a même pas tenté de freiner la chute en partant. On a attendu, je ne sais quoi!

  • Archives de Vigile Répondre

    12 mai 2014

    Les manchettes disent qu'il y a eu plusieurs pertes d'emploi au Québec ces derniers mois.
    Le taux de chômage des jeunes au Québec est de 14% et le taux de chômage des immigrants est de 20%.
    Que désire Mme Katleen Weil, ministre de l'Immigration du Québec?
    Que le gouvernement fédéral exempte le Québec sur le moratoire des travailleurs étrangers.
    http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201405/12/01-4766007-moratoire-sur-les-travailleurs-etrangers-ottawa-refuse-dexempter-le-quebec.php

  • Marius Morin Répondre

    12 mai 2014

    Merci Mario pour votre commentaire. Depuis les élections, je me pose et repose la question: “Comment se fait-il que les Québécois aient voté majoritairement pour le Parti libéral, après 8 ans de règne tumultueux et souvent chaotique? Pourquoi avoir élu un médecin au passé trouble qui ne connaît rien à l’administration publique, car il n’a pas fait d’étude dans ce domaine? Comment peut-il défendre les intérêts de la population, faire le ménage dans les dépenses publiques et relancer l’emploi et l’économie? Où est le secret? Pourquoi les Québécois choisissent-ils le statu quo, quand notre économie est stagnante et qu’il n’y a pas de grands projets de société à l’horizon?

  • Archives de Vigile Répondre

    12 mai 2014

    Merci pour votre billet. J'ignore toutefois s'il est possible de modifier facilement la perception de la jeunesse. Primo, les jeunes ignorent, pour la très grande majorité, les pans de leur histoire politique, culturelle, etc. Ils se demandent de quelle façon les gens sur la planète pouvait vivre sans communication Internet. Je crois que ça prendra une autre crise constitutionnelle au niveau canadien pour les remettre sur les rails de l'indépendance et des distinctions raciales existant entre Canadiens et Québécois. Le Canada fera tout en son possible pour ne pas réveiller l'ours qui dort.
    Concernant le Parti Libéral du Québec, je ne partage malheureusement pas votre opinion. Jean Lesage a affirmé bien après son règne politique, qu'il sentait le changement au Québec à la fin des années '50. Il ne voulait que s'approprier le pouvoir. La venue et le départ de René Lévesque de ce parti, explique tout de la situation politique de l'époque. En 1966, le PLQ se sentait si sûr de gagner à nouveau, qu'il a laissé tombé en pan tout le côté nationaliste à l'avantage de Daniel Johnson père.
    Le PLQ « devient » nationaliste lorsque ça fait son affaire! Pensons de 1990 à 1992 quand Robert Bourassa ne désirait qu'à gagner du temps et éliminer les gens un peu trop nationaliste de son parti tel que Mario Dumont.

  • Marius Morin Répondre

    12 mai 2014

    L’indépendance ne peut se faire « sans la participation des entrepreneurs, des créateurs et des gens d’affaires. L’arrivée de PKP à la tête du parti signifierait la jonction entre le politique et l’économique entre l’identité et la réussite. » Dans cette énumération, il manque les jeunes et les travailleurs. Et c’est là que l’étoile de PKP s’est quelque peu ternie ces dernières années. Il y a encore beaucoup à faire pour rassembler la population québécoise!

  • Pierre Cloutier Répondre

    11 mai 2014

    Ma réponse est ici. Elle est claire, nette et précise.
    Voir ici : http://www.vigile.net/Vive-le-Nouveau-Parti-Quebecois-62102
    Avez-vous besoin d'un petit dessin avec cela? Vous l'avez avec le logo.
    Pierre Cloutier