Nos attentes envers l’école

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« L’école, traditionnellement, avait pour vocation de transmettre un patrimoine de civilisation, une culture, des savoirs. »


On parle beaucoup de la pénurie d’enseignants ces jours-ci. C’est une des facettes de la crise de l’école. Plusieurs se demandent comment y remédier. Faut-il rendre possible l’accession à la profession enseignante à travers une formation accélérée d’un an ? Faut-il permettre aux détenteurs d’une maîtrise spécialisée d’enseigner au secondaire dans leur domaine, sans passer par le long parcours des « sciences de l’éducation » ?


Mais cette réflexion tournera à vide si elle ne porte pas plus vastement sur le rôle de l’école et nos attentes à son endroit. Pourquoi enseigner est-il devenu si difficile ? Pourquoi tant et tant d’enseignants quittent le métier ?


Enseignement


L’école, traditionnellement, avait pour vocation de transmettre un patrimoine de civilisation, une culture, des savoirs. Elle devait permettre aux nouvelles générations d’apprendre la langue, de se former une conscience historique et géographique, de s’initier aux sciences, et ainsi de suite. L’école, en d’autres mots, devait introduire la jeune génération au monde commun et au patrimoine de civilisation qui l’alimente.


Cette mission a été remise en question.


Les théoriciens du pédagogisme qui aimaient se faire passer pour des scientifiques ont remis en question l’idée d’une transmission du savoir, au profit d’une formation aux compétences, pour le dire dans leur jargon. Ces derniers ont voulu déconstruire l’école pour en fabriquer une nouvelle conforme à leurs fantasmes idéologiques, où l’élève devait s’affranchir de l’autorité de son professeur pour construire lui-même son propre savoir. C’était le nouveau visage de la révolution ! On congédiait les connaissances de toujours, comme si elles étaient dépassées.


L’enseignant a perdu de son prestige, la culture aussi.


Mais on a aussi surchargé l’école, comme si on voulait transférer vers elle les fonctions qui étaient traditionnellement celles des parents et plus largement, de la société. Disons cela autrement : on a demandé à l’école de remplacer la famille comme instance de socialisation, cette dernière n’y parvenant plus ou ne le voulant plus. Alors qu’elle devait instruire, on lui demande aussi d’éduquer.


Pire encore : les parents ne sont plus solidaires des enseignants et se retournent contre eux quand l’école ne vénère pas comme des petits dieux leur marmaille. Avec raison, l’enseignant se sent abandonné.








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L’école s’éparpille en mille missions, elle cherche à tout prendre sur ses épaules, de la lutte contre l’intimidation à la bonne manière de s’alimenter. Elle croule sous le poids de ses nouvelles responsabilités.


Écran


Et au nom de l’inclusion, on impose à chaque enseignant sa dose de cas problèmes qui empêchent de faire son travail sereinement. Comment peut-on sérieusement enseigner avec des élèves incapables de se concentrer minimalement ? Et cela sans oublier les ravages causés par les écrans sur les nouvelles générations.


Dans ce contexte, enseigner a quelque chose d’une mission impossible. Les conditions élémentaires nécessaires à la transmission du savoir sont de moins en moins rassemblées.


En d’autres mots, la crise de l’école n’est que le reflet d’une société disloquée. Et de plus en plus difficile à réparer.