Multiculturalisme, laïcité, le Québec devra trancher...

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La prochaine élection se fera sur le thème de l'identité nationale


Les policiers devraient-ils avoir le droit d’afficher de façon ostentatoire leurs convictions religieuses? La question refait surface depuis que le conseiller municipal de Montréal Marvin Rotrand a exhorté la mairesse de trancher cette question.


Nous n’y échapperons pas, ce dossier fera partie des thèmes à débattre lors de la prochaine campagne électorale au Québec. Pourquoi?


Car rien n’a encore été réglé, tout simplement.


En quinze ans de règne quasi ininterrompu, les libéraux ont eu plus que le temps de légiférer sur la question. Par choix, et par électoralisme surtout, ils ont décidé de laisser pourrir la situation.


Les libéraux ont refusé de légiférer dans le sens d’une interdiction des signes religieux pour les gens en position d’autorité afin de ne pas heurter un segment de l’électorat qui leur est acquis. Pourtant, cette interdiction émane des recommandations issues du rapport de la commission Bouchard-Taylor et recueille très majoritairement l’appui de la population québécoise.


De Québec, où se tient le Sommet d’affaire B7, le premier ministre du Canada Justin Trudeau n’a pas hésité à sauter dans la danse. Sans surprise, il s’est prononcé en faveur des signes religieux au sein des corps policiers, y voyant même un «atout».


Cela ne surprendra personne étant donné que cette position est en adéquation parfaite avec la promotion du multiculturalisme, un élément capital de la gouvernance Trudeau.


Philippe Couillard, présent au même événement, a refusé de se prononcer en pelletant cette patate chaude dans la cour de la mairesse de Montréal. Le projet de loi 62 que son gouvernement a fait adopter par la force de sa majorité parlementaire a été rejeté par l’opposition. Ce projet de loi n’empêche pas les personnes en autorité comme les policiers de porter des signes religieux.


Ce projet de loi 62 n’a rien réglé et la prétention du PM Couillard que «le meilleur endroit où ces décisions devraient se prendre, c’est au niveau des corps de police et des municipalités» est une ouverture à un Québec divisé entre Montréal multiculturel et le Reste of Québec –pour paraphraser l’idiome connu- qui continue d’adopter une politique plus axée vers la laïcité.


Est-ce vraiment ce que l’on veut? Distiller le multiculturalisme à la goutte, au cas par cas, en attendant que la chose s’impose à l’usage? Et tout ça en refusant de tenir le débat une fois pour toutes?


Certains vous diront qu’on devrait éviter de débattre de laïcité, que ce débat est trop «divisif», qu’il risque de heurter les sensibilités.


On leur répondra que refuser de débattre des règles qui régissent un élément aussi fondamental que le vivre ensemble, c’est abandonner la cohésion sociale, c’est s’en remettre aux dérives des professionnels de l’accommodement. Car cela existe. Il y a bel et bien des militants de la chose.


Et c’est bien là un des pires échecs de la (trop) longue gouvernance libérale au Québec, son refus d’établir des règles claires, consensuelles, en ce qui a trait à la laïcité.


À la suite du funeste attentat de la mosquée de Québec, un consensus se dégageait autour des propositions de Bouchard-Taylor. On aurait pu avancer d’un pas, enfin. Le gouvernement Couillard s’y est refusé.


Nous n’y échapperons pas, cette question reviendra lors de la prochaine élection au Québec. De façon plus large, ce débat impliquera l’adhésion, ou non, du Québec au multiculturalisme. Car c’est bien de ça dont il est question. Avec les mêmes clans qui se formeront. C’est déjà bien amorcé d’ailleurs.


Dans Le Devoir de ce matin, nous en avons eu un aperçu. Pour la première fois de son histoire, le Québec pourrait voir une femme voilée se présenter aux élections générales. Il s’agit de la coordonnatrice aux Affaires publiques du Conseil national des musulmans du Canada, Ève Torres, qui briguera l’investiture de Québec solidaire dans le comté de Mont-Royal-Outremont.


On notera que Ève Torres avait vivement réagi à l’adoption du PL62 par le Parti libéral: «Plutôt que de faciliter l’inclusion, cette loi exclut des citoyens de l’espace public, elle renforce la marginalisation des musulmans canadiens et elle risque d’encourager les personnes qui tentent de semer la division et la haine entre les Canadiens pour accroître le discours “nous contre eux” ».


Pour en revenir à la candidature possible d’Ève Torres, dans l’article du Devoir, on saisit très bien comment on qualifiera les choses...


« Devant la grande fenêtre d’un café de la rue Van Horne, le foulard rose de l’aspirante candidate tranche sur la mocheté de ce balbutiement de printemps. Impossible de le manquer, ce hidjab. Ève Torres en convient, mais elle entend régler la question de sa « diversité » une fois pour toutes. »


Plus loin.


«À son avis, il serait même “intelligent” d’emmener les gens ailleurs, même si elle sait que ses adversaires joueront cette carte pour la discréditer. Ce sont des stratégies péquistes, essentiellement, et la CAQ aussi jouera là-dessus, mais [...] c’est assez. Ça suffit, la campagne politique autour de l’identitaire.».


Vous voyez le topo...


Le résultat de ce parti-pris lexical est simple: voile = «diversité» et connotation positive. Laïcité = «identitaire», connotation négative. Une stratégie sémantique que les Québécois connaissent fort bien.


Pourtant, insister pour se définir à partir d’un signe ostentatoire religieux comme le voile n’est-il pas éminemment « identitaire »?


Tant que le Québec n’aura pas assumé pleinement sa préférence pour la laïcité institutionnelle en légiférant en ce sens, ce qui implique de rompre avec la politique du multiculturalisme canadien, la situation actuelle prévaudra.