Macron résistera-t-il à la « Hollandisation » de son quinquennat ?

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Macron sera-t-il de la prochaine présidentielle ?

Et si Emmanuel Macron ne se représentait pas en 2022 ? L’hypothèse était encore farfelue il y a quelques mois. Mais, face à une contestation sociale forte et une détestation populaire incroyable, il semblerait que cette possibilité prenne de plus en plus de corps ces derniers temps. Et les soutiens d’Emmanuel Macron – médias, grands patrons, etc. – semblent étudier la possibilité de lâcher leur poulain… En voie de Hollandisation, Emmanuel Macron semble de plus en plus condamné.

Polémia




L’avenir politique de Macron s’assombrit sérieusement, au point que l’idée de sa défaite possible face à Marine Le Pen émerge clairement dans le débat public. Les attaques sur sa personne se font plus en plus mordantes dans les médias officiels, comme si l’image du personnage n’avait plus le soutien inconditionnel des médias du système, et donc ne bénéficiait plus de la protection sans restriction des pairs qui l’ont porté au pouvoir.


Sandrine Sarroche, une vraie comique émergente, dans une émission de chansonniers sur Paris Première, s’est ainsi permis un portrait assassin du président et de son épouse. On n’était pas loin de la Mazarinade. Michel Onfray, calme et chirurgical, démolit avec gourmandise le système Macron, sur toutes les antennes qui l’accueillent généreusement. Plus parlant, peut-être, la mouche du coche politique, Julien Dray, a dernièrement expliqué qu’il était naïf de penser qu’un match retour Macron/Le Pen, en 2022, se déroulerait avec le même scénario qu’en 2017 ; tout peut arriver, laissait-il entendre. Un propos qui sonne comme un avertissement à l’intéressé. Plus symptomatique, encore, la toute récente affirmation de Xavier Bertrand, l’homme qui se rêve en président, sur sa conviction absolue que le duel Macron/Le Pen ne se reproduira pas ! Autant de signes qui se multiplient et la liste n’est pas exhaustive.


Le doute qui s’installe sur la solidité du chef de l’État, renvoie au scénario du quinquennat Hollande ; un président déconsidéré, ridiculisé, et, en plus pour Macron, détesté, qui finit par se désister.Bref, la question désormais se pose : l’ex jeune prodige de la République en marche, est-il en voie de « Hollandisation », le système qui l’a porté au pouvoir ne le ménageant plus dans l’attente espérée d’un nouveau champion ?


L’affaire est sérieuse car elle remet en cause toute la logique du système, qui, structurellement affaibli, se trouve confronté à un vrai problème de casting : qui pour tenir le premier rôle, sans lequel la pièce ne peut plus être jouée ? Et, plus encore, qui pour contrer une Marine Le Pen, déjà évaluée à 45% dans un second tour face à Macron ? Le système peut éventuellement pousser le Premier ministre actuel, mais, l’histoire tendrait à prouver que Matignon n’est pas la meilleure place pour viser l’Élysée, sans compter le fait que la côte d’Edouard Philippe est logiquement liée à celle de Macron.


Baroin : le recours ?


À droite, comme à gauche, le vide est au rendez-vous. Une seule personnalité, en l’état, peut naturellement incarner la pérennité du système, le très lisse et consensuel Baroin ; tout désigné pour occuper le vaste espace du centre pris par Macron pour mener à bien le processus de recomposition politique. Sur le papier le scénario est idéal, mais, d’aucuns laissent entendre que Baroin n’est pas du tout tenaillé par l’hybris du pouvoir suprême. Mais peut-on résister à un destin qui s’offre ?À droite, toujours, des candidats de réserve peuvent caresser une ambition présidentielle : Larcher, Pécresse et Bertrand. Des personnalités bien installées dans le paysage politique et qui peuvent, comme Baroin, jouer la carte du recentrage droite/gauche, mais qui manquent, par ailleurs, d’une surface politique qui leur permettrait de véritablement élargir leur attractivité au-delà de leur famille naturelle ; question de style avant tout. De ces trois candidats potentiels de la droite, notons, cependant, que Gérard Larcher apparaît comme la personnalité la plus crédible, en raison de son position institutionnelle et de son image solide et consensuelle. Les manœuvres du président du Sénat sont donc à suivre avec attention.


En tout état de cause, si rien de sérieux ne se présente, il faudra bien faire un choix par défaut pour affronter Marine Le Pen. Refaire le coup de Macron de l’inconnu surprise que personne n’avait vu venir, paraît, à priori, peu plausible.


À gauche, le paysage est encore plus émietté qu’à droite. Mélenchon, le seul ténor encore en lice, s’est ringardisé en accéléré ces derniers temps, et les élections européennes de mai 2018, ont solidement installé FI sous la barre des 10%. La force qui a le vent en poupe est le courant écolo, mais ce dernier a vocation à être une force d’appoint du camp « progressiste », et ne peut, en théorie, ambitionner d’être l’axe central d’une union des gauches.


À gauche, un espace ouvert !


La gauche n’a plus de candidat naturel, alors que seule une candidature unique, lui donnerait une chance de franchir la barre des 20% pour affronter le deuxième tour d’une présidentielle. Du coup, le jeu s’ouvre pour de nouvelles ou veilles ambitions. Ségolène Royale se voit un nouveau destin national et tente de se positionner comme première opposante de gauche à Macron. Son personnage de rebelle qui parle vrai est usé jusqu’à la corde, mais l’ex candidate est toujours dotée d’une volonté conquérante pour tenter sa chance. Plus surprenant peut-être, il se dit que du côté de la mairie de Paris, Hidalgo et son équipe peaufinent le scénario d’une candidature à gauche toute, capable de réunir les gauches derrière la figure très « progressiste » de la maire de la capitale. Difficile d’évaluer la crédibilité d’un tel scénario, mais le duel des deux femmes, la blonde et la brune, a de quoi faire saliver les communicants.Une victoire d’Hidalgo en mars pourrait donner un début de réalité à ce scénario, la mairie de Paris s’imposant alors comme le bastion central d’une gauche résistante.


Le centre droit entre LR et LREM


Les jeux semblent donc très ouverts dans un paysage politique sans repères solides. Les résultats des municipales devraient permettre d’y voir plus clair. Les scores de LR permettront, notamment, d’évaluer si la droite est en mesure de dépasser ses défaites de 2017 et 2018. Autrement dit, son électorat le plus modéré est-il toujours, ou non, satellisé par la planète Macron ?


Le centre droit est bien devenu le point névralgique de la vie politique française qui, selon son positionnement entre le centre macroniste ou la droite institutionnelle, peut déterminer le sort des batailles électorales. Face à la poussée attendue du RN, la droite déboussolée joue sa survie au centre dans la perspective de 2022, et le sort du quinquennat de Macron, du même coup, est lié aux humeurs d’un centre droit qui peut reconnaître, ou non, l’homme de l’Élysée comme son candidat de raison.


Didier Beauregard

06/02/2020