Les «jeunes» n'y arriveront pas seuls...

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« Plus le mouvement environnementaliste se radicalisera, plus son discours se marginalisera. »


Le moins que l’on puisse dire, c’est que le plus récent discours de Greta Thunberg à l’ONU a fait jaser... 


... mais gare à vous cependant si vous avez trouvé à y redire.  


Sur le fond, la jeune militante environnementaliste a tout à fait raison. C’est indiscutable. Aller brasser la gage de ceux qui dirigent le monde , à l’ONU, leur rappeler que leur inaction tue la planète, ça va de soi.  


Et Greta Thunberg a rassemblé toute la colère du monde pour leur dire. Car c’est bien à eux qu’elle s’adressait n’est-ce pas? Ces puissants, ces dirigeants qui mènent le monde, dans leurs tours d’ivoire.  




Les «jeunes» n'y arriveront pas seuls...

AFP




À eux, mais aussi à nous.  


Car Greta Thunberg c’est aussi la construction d’une égérie de la cause climatique devenue plus grande que nature. Un symbole puissant de la colère d’une génération (plusieurs au sein de celle-ci de moins) face à l’inaction de ceux qui dirigent le monde, mais aussi de la passivité de l’ensemble.  


Et cette égérie dispose d’une tribune médiatique mondiale, ce qui en fait une personnalité jouissant d’une influence non négligeable.  


Réglons une chose tout de suite; à l’ONU, le discours de Greta Thunberg a fait patate. Le journaliste Yvan Couronne, de l’AFP, reprit par La Presse :  


« Symbole international de la conscience climatique de la jeunesse, Greta Thunberg s’est heurtée aux réalités de la diplomatie mondiale, son discours agressif à la tribune de l’ONU n’ayant pas suscité l’impulsion recherchée chez les dirigeants réunis. [...] 


« L’appel passionné de Greta pour le bon sens, pour l’écoute et pour agir sur la base de la science a été ignoré », dit Jennifer Morgan, de Greenpeace. [...] 


Imperturbable, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a clos la journée en disant que ce sommet avait été convoqué pour entendre « des actes, pas des platitudes. » 


Les « platitudes », ici, ce ne sont pas les mots sentis de la jeune Thunberg, mais bien le refus des nations de s’engager à de réelles actions qui répondent à l’urgence. Car lors de ce sommet organisé par l’ONU pour relancer les accords de Paris, peu d’avancées, encore.  


Si le discours de Greta Thunberg ne trouve que peu d’échos auprès d’eux, le moindre mal serait qu’il soit accueilli par le plus d’enthousiasme possible au sein de la population en général non?  




Les «jeunes» n'y arriveront pas seuls...

AFP




Comme plusieurs personnes, en regardant la jeune fille décliner son texte, je me suis questionné par rapport au ton employé, aux mots aussi. À ces accusations senties, sans nuances.  


Et j’ai osé faire ce qu’il ne faut pas faire, j’ai envoyé dans la twittosphère mon questionnement : « On a beau être d'accord avec le propos, je suis de ceux qui préfèreraient le lire. Car ce ton est repoussant. Et nuis beaucoup plus qu'il n'aide. » [Petite note ici, le sens étymologique premier du mot « repoussant » est « faire reculer »] 


Oui, je me suis demandé, à voix haute, si cette rage, légitime certes, manifestée par l’égérie de l’urgence climatique, ne finirait pas par nuire plus qu’aider. Car au-delà de la colère manifestée par cette puissante figure médiatique, le problème reste entier.  


Et comme eux sont insensibles à cette colère, il reste nous. Ceux qui, devant nos écrans, nos téléviseurs, sont témoins de cette colère. Non sans en recevoir quelques éclats, soit dit en passant. Mais l’heure est grave. On est capable d’en prendre.  


Alors, on fait quoi? S’agit-il de tout tenter pour sauver ce qui peut encore être sauvé? Sinon, doit-on sombrer dans une sorte de fatalisme comme celui qui fut avancé par l’ex-maire du Plateau Ferrandez à Tout le monde en parle dimanche dernier?  


À la colère de Greta Thunberg, légitime je le rappelle, il me semble que nous nous devons de tout tenter. De tout faire pour éviter que ce mouvement ne sombre dans la logique des « chapelles » où il n'y aura que place pour les « bons » et les « méchants ». Ceux qui adhèrent au « crois ou meurt » et les autres... 


Il faudra ratisser large. Les « jeunes », seuls, n’y arriveront pas.  


Voilà pourquoi j’ai salué l’initiative lancée par Dominic Champagne à l’époque. « Le pacte » avait ceci de très intéressant; il en appelait à l’ensemble de la population de poser des petits gestes à la hauteur de leurs moyens.  


Était-ce assez? Non.  


Mais le corolaire de tout ça, et le plus important en fait, c’est que par cette initiative, on conscientisait bien au-delà de la chapelle environnementaliste. Une étape essentielle à une prise d’action plus large. Plus radicale aussi.  


Et par « radical », je n’entends pas ici de révolutions, mais bien la conscientisation dans l’espace public en général de la nécessité de poser des gestes qui, hier encore, semblaient inaccessibles : sortir complètement de la logique du pétrole, mettre fin à l’usage des plastiques non recyclables, rendre plus prohibitif l’usage de la voiture à essence en taxant davantage ce type de carburant, s’assurer d’étendre les mesures d’atténuation de la production de gaz à effet de serre aux secteurs industriels les plus polluants, quitter une fois pour toutes la logique de la croissance économique sans fin, etc. 




Les «jeunes» n'y arriveront pas seuls...

AFP




Les « jeunes » n’y arriveront pas seuls.  


Ne blâmons pas Greta Thunberg d’être colérique, de manifester son exaspération. Mais ne nous empêchons pas non plus de nous questionner sur l’efficacité de la méthode. Et surtout, évitons la logique de la « chapelle ».  


Plus le mouvement environnementaliste se radicalisera, plus son discours se marginalisera. Est-ce vraiment ce que l’on souhaite?