Les ex-agents du Mossad qui ont aidé Weinstein verseront 1,3 million de dollars aux victimes

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Les dessous d'Hollywood : intimidation, communautarisme et loi du silence

Les anciens agents des services secrets israéliens employés par Harvey Weinstein pour étouffer les accusations d’abus sexuel ont promis de verser les 1,3 million de dollars du contrat à des organisations d’aide aux victimes de harcèlement sexuel.


Employés par le producteur milliardaire américain pour discréditer les victimes de ses agressions et harcèlements sexuels, les employés de la société de renseignement israélienne Black Cube ont usé de tous leurs talents : mensonges, extorsions d’infos, fausses identités, corruption… Aujourd'hui, face à l’ampleur du scandale, ils expriment leurs regrets.


Dans un communiqué, la société vient de promettre de reverser les sommes qui leur avaient été versées par Harvey Weinstein, soit 1,3 million de dollars, à des organisations venant en aide aux victimes de harcèlement sexuel, dans plusieurs pays.


«Bien sûr, nous nous excusons auprès de quiconque a souffert de cela», a déclaré Ashley Tishler, membre du Conseil d'administration lors d’une interview à la chaîne israélienne The News début novembre. «A posteriori, c’est une honte pour nous d’avoir accepté cette mission», s’est-il excusé. «Je pense que nous avons accepté le contrat car à ce moment-là, c’était justifié de le faire. Quand nous avons découvert qu’il y avait un problème, nous y avons mis fin», a-t-il conclu. Il a ensuite fait savoir que l’argent du contrat allait être reversé à des associations de femmes victimes d’abus sexuels.


Espionnage, fausses identités et tentatives de discrédit


The New Yorker avait publié le 6 novembre une vaste enquête démontant les rouages machiavéliques du système Weinstein impliquant «d'ex-agents du Mossad pour traquer des femmes et des reporters». Le producteur avait eu recours à des agences de sécurité privées pour «collecter des informations sur les femmes et les journalistes essayant de dévoiler les allégations». Parmi ces agences, Black Cube, «une entreprise dirigée par d’anciens agents du Mossad qui dispose de bureaux à Tel Aviv, Londres et Paris». L'agence avait pour mission de procurer à Harvey Weinstein des renseignements qui allaient «aider le client à stopper la publication d'un nouvel article négatif dans un titre à succès de la presse new-yorkaise» et à obtenir des informations sur le livre écrit contre lui par Rose McGowan.


Les agents de Black Cube se sont démenés pour collecter les informations personnelles d'individus susceptibles de révéler les abus sexuels du producteur. Ils les contactaient en utilisant de fausses identités. Une des employées de Black Cube, ancien officier de l’armée de l’air israélienne d’origine bosniaque, Stella Penn Pechanac, s’est par exemple fait passer pour la directrice d’une (fausse) société de gestion de fortune. Sous un nom d'emprunt, Diana Filip, elle prétendait être désireuse de faire intervenir Rose McGowan, une des futures principales accusatrices du producteur, à un gala. L’actrice a d’ailleurs fini par porter plainte pour viol contre Harvey Weinstein.


La même Stella Penn Pechanac, sous le nom d’Anna, s’est fait passer pour une victime d'Harvey Weinstein auprès d’un journaliste qui enquêtait sur lui en octobre 2016. Au cours des entretiens, la fausse victime ne dévoilait rien mais cherchait à s'informer de l'avancement de l’enquête auprès du journaliste, dont la femme a aussi été espionnée.


Black Cube a également engagé un journaliste pour soutirer des informations à des victimes en prétextant une interview, et plusieurs autres pour propager des rumeurs sur d’autres jeunes femmes abusées, afin de les discréditer dans la presse.


Black Cube, une entreprise trouble et controversée


Harvey Weinstein était entré en contact avec Black Cube grâce à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak. Sur son site, l’agence se décrit comme un «groupe d'anciens agents des services de renseignement triés sur le volet, spécialisés dans les solutions sur mesure à apporter aux affaires complexes et aux défis litigieux».


Black Cube dit employer une centaine de personnes. Selon les informations du journalLe Monde, l'agence israélienne est mêlée à plusieurs affaires sensibles, comme celle du milliardaire Vincent Tchenguiz, visé par le fisc britannique et innocenté par les informations dénichées par Black Cube. Plus trouble encore : leur investigation dirigée contre le procureur de la direction de lutte contre la corruption et le crime organisé en Roumanie. Black Cube a cherché à la compromettre en trouvant des informations sur ses possessions et celles de son entourage. Pour cela, Black Cube a été jusqu’à pirater son ordinateur. Deux employés ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire, ont plaidé coupables, puis ont regagné Israël après leur condamnation.