LA SACRALISATION DE L’AUTRE, CHEVAL DE TROIE DE L’ISLAM

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« L’immigré est devenu, au fil des années, la figure christique de la rédemption »

C’est une histoire bien connue. La question de l’islam et de ses dérives est-elle à peine abordée que les réseaux sociaux s’agitent et qu’ils déversent un torrent d’insultes et de menaces. Bien aidés, certes, par l’anonymat qui vole toujours au secours du courage.


La liste de ceux qui ont eu le droit à ce type de litanie poétique est interminable, qu’ils soient des personnalités publiques, de Zineb el Rhazoui à Laurent Bouvet, ou des anonymes, comme Mila, cette jeune lycéenne qui a eu la naïveté de croire que l’on pouvait, au pays de Voltaire, dire du mal d’une religion. Mais Mila n’est ni la première ni la dernière à devoir affronter la meute qui considère que l’intimidation est la meilleure réponse à apporter à une critique. Qui se souvient du jeune Hugo, menacé de mort après une boutade sur la Mecque, qui avait supplié ces agresseurs numériques de « le laisser en vie » ?


Et en cela, le cas de Mila n’est donc pas original. Il n’est que l’énième signal (faible?) des fractures identitaires qui minent la France et dont témoignent nombre d’études sociologiques, d’essais journalistiques, de notes adressées aux décideurs politiques, etc.



Elle symbolise le franchissement d’une nouvelle étape dans la recomposition de l’espace social autour d’une nouvelle figure normative.



Ce qui l’est davantage est la réaction de la machine judiciaire. Alors qu’une enquête à l’encontre des excités de la toile a été ouverte, une seconde enquête a été diligentée afin de vérifier si les propos tenus par Mila « sont de nature à recouvrir une qualification pénale pour provocation à la haine raciale ou s’inscrivent dans la liberté d’expression ». Cette seconde enquête n’est pas anodine. Elle symbolise le franchissement d’une nouvelle étape dans la recomposition de l’espace social autour d’une nouvelle figure normative.


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Dans notre société marquée par une oïkophobie délirante, concept développé par le regretté Roger Scruton, la figure normative du « vieux mâle blanc libéral » a cédé la place à l’ « Autre ». L’immigré est devenu, au fil des années, la figure christique de la rédemption, celui qui doit apporter une nouvelle humanité, en lieu et place de l’ancienne, corrompue par notre histoire et les démons de notre identité occidentale. C’est à ces nouveaux damnés de la terre qu’il revient d’assurer la rédemption d’une France malade et de revivifier notre civilisation corrompue, à travers le grand brassage, le grand métissage des cultures et des identités.



Et pour cela fut élaboré un discours promouvant l’aspect nécessairement positif et bénéfique d’une immigration devenue incontrôlable



Et pour cela fut élaboré un discours promouvant l’aspect nécessairement positif et bénéfique d’une immigration devenue incontrôlable ; de multiples lois mémorielles qui assumaient l’unicité de la responsabilité de la France dans les drames des siècles passés ont été votées, qui ne s’embarrassaient aucunement de la complexité que ces époques recélaient ; des lois sanctionnant l’incitation à la haine raciale ont fait consensus, qui ont depuis été dévoyées par des associations faisant profession d’antiracisme et des entrepreneurs identitaires qui n’ont pour seul objectif que de réhabiliter un délit de blasphème au bénéfice de leur seule communauté, de construire un espace pour leur communauté qui soit en marge de la vie en société et dans lequel chacun a désormais le droit de revendiquer pour lui des traitements qui fragilisent le contrat social.


A travers cette seconde enquête, une nouvelle étape a été franchie dans la reconfiguration de l’espace social autour de l’Autre. Car jusqu’à présent, dans une société qui n’a pas encore oublié sa méfiance à l’égard du religieux, l’aspect confessionnel de cet Autre semblait être recouvert d’un voile pudique, pour le meilleur comme pour le pire.


Aujourd’hui, cette distinction ne semble plus opérante et l’amalgame semble être fait entre le culturel et le confessionnel. Critiquer la religion de l’Autre revient à critiquer cet Autre. Blasphémer la religion de la minorité revient à blasphémer cette minorité. Le sens propre rejoint le sens figuré.



Cette indistinction pourrait être dérisoire si elle ne signait pas une victoire de l’islamisme sur l’Islam



Cette indistinction pourrait être dérisoire si elle ne signait pas une victoire de l’islamisme sur l’islam. Depuis des années, l’islamisme tente une « OPA » agressive sur l’islam. Il tente de promouvoir auprès des musulmans sa lecture littéraliste du bloc théologique islamique au détriment d’une lecture recontextualisée et donc critique. Il tente de prioriser une origine cultuelle transnationale sur des origines culturelles territorialisées.


Car au centre de cette lecture littéraliste se trouve la division du monde en deux. D’un côté, les régions régies selon la loi islamique ramenées sous la désignation Dar al-Islam, ainsi que celles, non musulmanes mais ayant conclu un armistice avec les premières, appelée Dar al-Sulh. De l’autre, le Dar al-Harb, les terres non musulmanes qui sont appelées un jour à se convertir à l’Islam


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L’islamisme rejette toute division interne au monde musulman, qu’elle soit géographique ou culturelle. En considérant dorénavant cet Autre comme culturellement mais également cultuellement homogène, la machine judiciaire française vient de signer une victoire symbolique qui ne manquera pas d’être interprétée comme telle par l’islamisme.


Auditionnée par le Sénat, Zineb el Rhazoui affirmait très récemment que les Frères musulmans étaient en France aux portes du pouvoir. Avec un pouvoir aussi complaisant avec leur grille d’interprétation du monde et des rapports humains, il est à craindre qu’elle ait raison.


 


Paul Godefrood