La maudite grosse machine

Je ne sais pas si Marc Bellemare est honnête mais je sais que Charest est malhonnête, ses actes parlent pour lui.

Tribune libre

Mathieu Bock-Côté a écrit le texte « Les journalistes sont partiaux » dans la revue Le Trente, un journal s'adressant aux journalistes selon ce que j’ai entendu à l’émission de Mario Dumont où il était invité. Je suis plus à gauche qu’à droite mais je suis aussi nationaliste et je préfère savoir à qui j’ai affaire. Je regarde quand même les informations à toutes les chaines télévisées.
Je n'ai pas lu le texte. M. Bock-Côté nous disait à la télé, en gros, que tous les journalistes sont partiaux au sens où personne n’est parfaitement objectif, or ici au Québec, on cherche à nous faire croire cela, l’objectivité parfaite. Pendant que la plupart des journaux dans les autres pays de la planète sont identifiés à gauche ou à droite, pendant que chaque lecteur voit bien la couleur de ce qu’il lit ou entend, ici au Québec, on se déclare parfaitement objectif, sans parti pris.
C’est une question de confiance. On ne peut pas faire confiance à quelqu’un qui se dit sans opinion, comme si c’était possible, parce qu’il peut toujours dire blanc un jour et noir le lendemain. "Mais les journalistes ne se prononcent pas, non, ils présentent les faits.". Même si un journaliste possède la formation, les techniques, l'éthique et l'expérience de son métier, ce qui encourage à faire confiance en effet, il ne peut pas être sans opinion, au contraire puisqu'il est très informé. En ce qui me concerne, cacher ses opinions quand on est journaliste, faire croire qu'on n'est ni souverainiste ni fédéraliste par exemple, c'est malhonnête.
Les journalistes québécois se placeraient au-dessus de la mêlée parce que "c’est ça être un bon journaliste". C’est cela qu’on nous rentre dans la tête, c’est comme ça qu’on devient abruti politiquement. Pourquoi la Presse et la SRC font-ils semblant de ne pas être nécessairement fédéralistes? Pourquoi les journalistes et les entreprises de presse québécoises ne disent-ils pas clairement s’il sont souverainistes ou fédéralistes, nationalistes ou multicultaristes, de gauche ou de droite ? Ailleurs ces caractéristiques vont de soi, les gens savent à qui ils ont affaire, ils font confiance à ceux qui s’identifient clairement. Au Québec on est encore dans l’enfance, on se berce d’illusions, on croit encore a priori tout ce qui est dit par les personnes autorisées, et il faudra faire la démonstration de ce qu’on avance si on ose contredire la pensée unique, un exercice auquel échappent ceux qui sont du bon bord, celui où se cachent ceux qui ne veulent pas qu’on les voient comme ils sont.
M. Côté dénonce le fait qu’à cause de cette imposture journalistique, les débats ne sont pas possibles au Québec parce qu’ils sont toujours détournés et orientés dans le même sens. Il en veut pour exemple le traitement réservé à Hérouxville. Il a bien raison. Au début, et pendant plusieurs semaines, la presse était unanime à dénoncer ces arriérés repliés sur eux-mêmes. Petit à petit, à leur corps défendant, les journalistes ont dû admettre qu’en fait la majorité des Tremblay d’Amérique (bonjour M. Haché) sont plutôt d’accords avec la philosophie des gens de ce coin du Québec. Ils ont dû nuancer leurs analyses, c’est comme ça que le multiculturalisme est aujourd’hui mis à découvert et se trouve sur la défensive. Bravo M. Thompson et M. le conseiller municipal dont j’oublie le nom, honte à moi. Mais pour les gens qui refusent de s'informer convenablement, et ils sont nombreux, la première impression à propos d'Hérouxville persiste, c'est la trace qui reste dans leur mémoire.
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Le plus insupportable avec cette commission Bastarache, ce sont les lamentations des journalistes de la SRC et de leurs experts invités. Le contraste avec TVA est frappant. Bien que là aussi les experts invités ont la même attitude, les journalistes manifestent un peu plus d’objectivité.
Evidemment, n’importe qui pourra dire ici le contraire et nous ne serons pas plus avancés. Je veux juste partager mon agacement, voir si d’autres voient les choses comme moi.
Outre les journaux, la radio et le web, évidemment, la télé offre 2 points de vue quotidiens sur la commission Bastarache, celui de TVA et celui de la SRC. Les premières semaines on voyait Anne-Marie Dussault complètement affolée du succès de Bellemare, elle était visiblement inquiète et posait spontanément ses questions en voulant se rassurer. Tout menace de s’écrouler, il ne faut pas qu’un individu seul vienne bouleverser la machine, tout va bien comme ça, il n’est pas question de rien changer, on ne va pas se laisser faire. Mme Dussault avait meilleure mine dernièrement alors qu’on mangeait du Bellemare. Michel C. Auger insiste de son côté sur ce que perçoit le public, parce qu'il le sait lui. Quotidiennement, il mesure méthodiquement le taux de popularité de Marc Bellemarre, décortiquant jusqu'au ridicule le triste spectacle de la commission.
C’est complètement subjectif, évidemment, c’est comme ça que je vois le traitement journalistique de la télévision d’Etat. Est-ce que je délire ? Toutes les questions sont posées du même point de vue, celui ne voulant pas croire que ça se peut, Charest obéissant à la machine. Ça ne se peut pas, non, il ne faut pas. Il faut voir tous ces visages malheureux et torturés. Ça ne va pas bien pour eux. Les experts répètent leur cassette et s’acharnent sur des détails pour remplir le temps d’antenne. C’est vraiment pitoyable, ils sont effarés, désemparés. Pourtant, objectivement, pourquoi sont-ils si malheureux de la situation, ça dérange quoi pour eux ? Leur comportement les trahit.
Je ne sais pas si Marc Bellemare est honnête mais je sais que Charest est malhonnête, ses actes parlent pour lui. Juste le fait de cette commission dont personne ne veut. Le mensonge à propos de la Caisse de Dépôt qui l’a fait réélire majoritaire aux dernières élections. La dilapidation de nos ressources naturelles, etc. On ne peut pas avoir confiance en cet homme qui rend des comptes à un groupe restreint de personnes et pas à la population du Québec, il est redevable à ceux qui décident, qui placent les gens qu’il faut là où il faut et qui maitrisent l’évolution des lois pour leurs bénéfices.
Des gens comme la famille Desmarais. Mais il y en a beaucoup d’autres, ça pullulent en fait, il y en a des gens prêts à vendre leur âme pour garantir leur confort et leur sécurité. Il y a toutes sortes de gens qui gravitent autour des élus : des fonctionnaires, des conseillers, des lobbyistes, des avocats, des gens du parti, etc. … L’argent et l’ambition, ou juste pour gagner sa vie. Ces gens font de la politique extrême, la vérité sera celle qu’on imposera. Répéter toujours la même chose, garder la posture ; si tout le monde se tient serré, ça va passer. Le pire c’est que ça marche. Ce n’est pas la première fois qu’on en passe une vite aux Québécois. Juste un exemple : on s’est fait avoir au dernier référendum avec le gonflement précipité des voteurs fédéralistes, une opération dont Chrétien était fier. Et il y a la déconstruction du Québec, sa marginalisation continue au Canada, la diffamation dont il est l’objet trop souvent sur la scène internationale …
Je ne dis pas qu’il y a un complot ici, non. Les gens qui défendent inconditionnellement le système et font tout pour que rien ne change, que ce soit les journalistes ou l’entourage des élus, ces gens agissent ainsi parce qu’ils y sont conditionnés. Et il semble particulièrement difficile aux hommes d'affaire et aux journalistes de se remettre en question.
Toutes les sociétés sont conditionnées d’une manière ou d’une autre. Ici au Québec, c’est ce conditionnement-là qui achève de nous tuer. La corruption est présente dans toutes les sociétés mais au Québec, elle est catalysée par la bienveillance coupable de ceux que nous sommes obligés d’écouter (il n’y en a pas d’autre à la télé). Le conditionnement s’entretient comme ça, avec les années, les gens finissent par réfléchir dans les mêmes termes et selon le même angle, à peu près, que les personnages publics.
A cette commission quelqu’un posera-t-il directement la question au premier ministre du Québec : à qui obéissez-vous, M. Charest, qui est votre maitre ?


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6 commentaires

  • Marcel Haché Répondre

    18 septembre 2010

    « Les Tremblay d’Amérique »…j’ai souri, M. Bouchard, que vous m’associez à cette expression. Vrai que j’utilise souvent cette expression dans mes commentaires sur Vigile, mais je crois que c’est Jacques Noël, que je salue aussi, qui l’a utilisé abondamment le premier. À lui de préciser.
    Votre texte est excellent.
    Ce qui « mélange » tant les…Tremblay d’Amérique, je veux dire cet électorat particulier, Nous, c’est que ce sont précisément des Tremblay d’Amérique qui « pullulent » ,pour reprendre votre expression, députés ou ministres du P.L.Q. des conservateurs du P.C. et même des Tremblay d’Amérique du Bloc, de l’ADQ, de Q.S.et qui s’adressent à Nous comme s’ils Nous reconnaissaient. Cela n’est pas toujours exact. Ce n’est souvent pas leur game. Leur intérêt est ailleurs. Leur agenda aussi. Denis Coderre et Line Beauchamp, de Montréal-Nord, sont les exemples parfaits de ces incertains Tremblay d’Amérique : ils jasent comme Nous, comme des Tremblay d’Amérique, mais sont élus à la faveur du vote anti-Québec
    L’exemple plus que parfait de ce discours incertain fut l’écart immense entre ce que disait P.E.T l’infâme, et la perception qu’en avaient les…Tremblay d’Amérique.
    Tout n’est pas pourri dans le nationalisme « civique », (par opposition au nationalisme ethnique). Mais ce nationalisme-là, civique, sera toujours incapable de donner l’élan nécessaire et surtout durable (voyez le président Obama, porté par ce type de nationalisme, alors que s’organise une opposition de plus en plus virulente) à l’idéal de l’indépendance.
    Le nationalisme « civique » est un fuel qui a malheureusement trop d’octane. Cherchons pas plus loin les ratées historiques de l’automobile péquiste.
    Les journaleux et teneurs de micros de RadioCan sont au service d’une institution, elle-même au service d’un état qui se prétend pays, mais d’un « pays » qui n’est plus celui des Tremblay d’Amérique. Pour reprendre une formule très cruelle d’Adolf Hitler à propos de la Pologne conquise et asservie par les nazis : il n’y a plus de « Canada français », il n’y a plus que des canadiens-français, des québécois, des Tremblay d’Amérique, et des canadiens… Nous—Nous-- ne sommes pas reconnus. Nous ne Nous sommes pas encore reconnus nous-mêmes. Le temps approche pourtant. Ma conviction. Nous sommes là. Forts mais menacés, trahis aussi, par tous les Charest, les Coderre et les Beauchamp, qui parlent comme Nous ! Mais Nous sommes là, encore—ce que Nous sommes forts malgré tout-- à attendre une simple étincelle… Et puisque les libéraux Nous sont devenus d’une telle et incommensurable inutilité, que le P.Q. fasse donc très bientôt le nécessaire et l’utile.
    La table est mise pour Nous…
    Vive l’indépendance, évidemment.
    P.S. J’apprécie votre retour sur Vigile.


  • Archives de Vigile Répondre

    18 septembre 2010

    Charest est désévantagé car nous connaissons tous ses mensonges depuis 25 ans et un menteur peut difficilement cesser de mentir.
    S'il payait pour tous ses crimes contre la Nation Québecoise ce serait la prison à vie. Il vient de confirmer qu'il poursuivra de commettre le scandale du gaz avec sa gang de commandités
    Charest vient de nous avertir ce matin à la TIVI CANADIAN qu'il ne dira rien à la Commission il prépare ses mensonges en jurant sur la Bible en
    laquelle il ne croit pas.
    Je crois que c'est LALANDE qui fera fureur et que Favia s'enfargera

  • Archives de Vigile Répondre

    17 septembre 2010

    Tout à fait daccord avec vous. En particulier sur le "malaise" évident d'Anne-Marie Dussault. C'en était gênant pour le téléspectateur.
    Et que dire de Simon Durivage, le complaisant...
    Et Liza Frulla..... cette dernière a même la "baboune" ces jours derniers. Cà devient un ti-peu difficile pour elle de continuer à défendre l'indéfendable, alors elle a la "baboune".... c'en est même drôle.

  • Archives de Vigile Répondre

    17 septembre 2010

    Je dois être d'accord avec M.Bousquet cette fois-ci. Avant le référendum de '95, Jean Chrétien avait donné ordre à Radio-Canada de favoriser le fédéralisme canadien. Il était alors considéré comme un nid de séparatisss. Peu de temps après nous avons vu apparaître RDI, l'organe idéal de propagande du fédéralisme, suivi des Minutes du Patrimoine qui en a été la caricature.
    Surtout que depuis que c'est acoquiné avec Power Corporation, La Presse et ses journaleux rampants, Pratte et Dubuc, il est clair que le point de vue, sauf pour de très rares exceptions, sera canadianisateur, fédéraliste rouge sang. Vous verrez d'ailleurs aussi les commentateurs (trices) souvent porter des vestons rouges. Vous croyez au hasard vous?
    Ivan Parent

  • Archives de Vigile Répondre

    17 septembre 2010

    M.Bouchard
    Me Bellemare a fait une déclaration le 16 septembre au matin avant de discuter avec Me Battista des stylos à bille d'encre de couleurs différentes.
    Quant à moi cette déclaration qui dit que la Commission est un cirque, qu'on tente de discréditer Me Bellamare à cinq contre un et que la réputation de Me Bellemare est irrémédiablement entachée. je l'ai trouvée excellente. Surtout le passage où il dit que la population éprouve de l'indignation devant ce "cirque".
    Or, Me Sylvain Lussier ex-avocat du gouvernement devant la commission Gomery (l'équivalent de Suzanne Côté, la sorcière en noir) a commenté cette déclaration en disant que c'était inopportun et non pertinent et même de mauvais goût.
    A sa face même, c'est un commentaire tellement partisan que c'en est choquant. Pour TVA et Larocque-Lapierre, cette déclaration de Me Bellemare était l'événement de la journée et digne du plus haut intérêt.
    D'un côté, Radio-Canada qui essaie de minimiser (même Michel C. Auger est entré dans le jeu de Me Lussier). De l'autre, TVA qui fait de l'information.
    Robert Barberis-Gervais, 17 septembre 2010

  • Archives de Vigile Répondre

    17 septembre 2010

    M. Bouchard suggère : «A cette commission quelqu’un posera-t-il directement la question au premier ministre du Québec : à qui obéissez-vous, M. Charest, qui est votre maitre ? »
    Personne ne va lui poser cette question là vu qu'il va répondre : Mon maître, c'est tous les Québécois ensemble, pas M. Desmarais, je ne connais presque pas.