La décennie des massacres

Tribune libre

Un événement important pour nous, les "Canadiens", est survenu quelques jours avant la fin de 2009. En effet, mardi le 29 décembre, en fin d'après-midi en Afghanistan, quatre braves innocents militaires, envoyés combattre ceux qui résistent à l'occupation dans leur pays, ont trouvé la mort après avoir roulé sur une bombe que l'on spécifie "artisanale".
En plus, une journaliste "embedded", c'est-à-dire une journaliste en quelque sorte "enrôlée" pour donner l'illusion d'une liberté de l'information, a été tuée.
Elle était jeune et jolie ce qui rend l'acte guerrier encore plus odieux.
Que faisait donc cette journaliste dans un véhicule militaire?
On dit qu'elle faisait son travail, c'est-à-dire, qu'elle était là pour voir et témoigner de la réalité en nous rapportant l'information.
Peut-on parler d'information, lorsque le ou la journaliste est soumis-e à une censure non voilée et lorsqu'elle est confinée à un seul camp?
Que font donc nos jeunes Canadiens dans ce pays lointain?
C'est une bien triste histoire. En plus, nous sommes en pleine période "des fêtes". Cette pause annuelle favorisant les retrouvailles familiales et les festivités avec les Êtres aimés. La mort qui survient pendant cette période de "réjouissance" paraît toujours plus pénible. De toute façon, la perte d'un Être cher est toujours pénible quelque soit la saison ou la période.
On ne peut que transmettre de sincères condoléances à ces familles éprouvées.
Cependant, comment est-ce possible que des familles subissent encore ces tragédies?
Nous avons la réalité qui nous démontre depuis huit longues années que cette occupation n'a pas de sens. Nous avons l'Histoire qui nous enseigne que le peuple afghan n'a jamais accepté l'occupation étrangère.
Comment est-ce possible que la population canadienne ne soit pas dans les rues pour réclamer la fin de ce massacre quotidien?
Comment est-ce possible que tant de "I support the troops" soient sur les autos?
Devons-nous pleurer ces morts ou devons-nous gardez les yeux bien secs et assumer ce choix que l'on a fait de laisser envoyer notre meilleure chaire à canon?
Ces soldats qui se sont fait tuer savaient clairement dans quoi ils s'engageaient. Ils ont pris le risque, ils ont perdu. Ils croyaient pouvoir tuer sans se faire tuer.
Mes propos sont durs et déplacés, pensez-vous?
Plusieurs disent que nous devons pleurer et partager la tristesse avec ces gens qui viennent de perdre leur enfant, leur conjoint, leur père. Plusieurs disent que seule la tristesse doit être dans nos cœurs. Je ne suis pas d'accord, moi, c'est la rage que j'ai au cœur. La rage de voir encore tant de partisans pour cette occupation. Occupation faite sous de malhonnêtes prétextes. On nous fait avaler du mensonge et on en redemande (à lire l'excellent texte de Monsieur Oscar Fortin: « Vérité, mensonge »). Je crois qu'à chaque cercueil qui nous revient, nous devons manifester non pas uniquement notre tristesse, mais surtout notre ferme désaccord envers cette guerre d'occupation pour que cesse ce massacre.
Par le conditionnement médiatique, nous en sommes venus à développer des valeurs différentes pour la vie afghane et "canadienne".
En totale insensibilité, nous aurions donné des médailles à ces braves s'ils avaient tué. Chacun de ses soldats aurait pu abattre avec leur arme "non-artisanal" des centaines d'insurgés afghans. Dans notre insensibilité obtenue par la subtile propagande médiatique qui nous métamorphose le mensonge en vérité, nous aurions eu le sourire aux lèvres et nous aurions applaudi si nos braves étaient revenus avec du sang plein leur canon. Des réceptions de remises de médailles auraient eu lieu.
Aurait-on songé une seconde à envoyer nos sincères condoléances à ces centaines de familles éprouvées en Afghanistan? NON.
Étrange comment seulement la mort "sélective" nous attriste.
Comme si les Êtres Humains n'avaient pas la même valeur lorsqu'ils sont des occidentaux tuant avec des armes "reconnues" fabriquées par des compagnies "respectables" (sic) ou ces autres Êtres Humains qui luttent, eux, avec des armes qu'on spécifie "artisanales".
Les armes "respectables" (sic) tuent de façon "civilisée" et les armes "artisanales" tuent de façon "barbare". Eh oui! C'est là où nous mène le conditionnement médiatique! Comme si la tuerie pouvait être juste d'un côté et injuste de l'autre.
On donne des médailles aux soldats qui tuent massivement et on emprisonne des enfants (Omar Kadr, 15 ans) parce qu'ils se défendent et tuent un soldat.
Je vais vous avouer que je suis une sorte de "sans cœur" (sic). En effet, je vous avoue que je ne suis pas plus attristé d'apprendre que cinq Canadiens viennent de se faire tuer que lorsque j'apprends qu'on a tué 12 talibans. Je pense toujours aux familles qui viennent de perdre leur père, leur frère, leur ami, leur amour. Qu'ils soient Canadiens ou Afghans, je ressens le même chagrin, la même douleur, la même «révolte».
Imaginez, ici, nous en sommes à une journaliste et 138 militaires tués. Au Moyen-Orient, on parle de près d’un million de morts. Vous rendez-vous compte, un million!
Imaginez un million de cadavres empilés les uns sur les autres.
Imaginez des cadavres dans bien des cas déchiquetés. Hommes, femmes et enfants, démembrés, morts, éventrés. Imaginez ces centaines de milliers de familles affligées, désespérées, «révoltées».
On dit que c'est une guerre contre le terrorisme! Vous rendez-vous compte?
Combien d'entre-nous, aujourd'hui avec cette nouvelle nous montrant les photos de ces "braves" décédés au combat, combien d'entre nous ont envie de prendre leurs armes et d'aller faire payer leur mort ?
Combien d'entre nous, lorsque l'on voit le beau visage de cette journaliste morte par cette bombe «"artisanale"», veulent prendre les armes et veulent aller tous les tirer?
Plusieurs.
C'est normal, c'est ce que l'on appelle le sentiment de vengeance. Il paraît que c'est un sentiment humain.
Croyez-vous que les Afghans, les Irakiens, les Pakistanais, soient différents de nous ?
On dit que c'est une guerre contre le terrorisme…
Depuis 2001, les années finissent et commencent dans le sang.
L'an dernier l'année basculait avec un massacre immonde à Gaza. Une tuerie incroyable.
Les frappes israéliennes ont fait jusqu'à 450 morts et 2500 blessés (officiellement) en sept jours dans le territoire palestinien…
UN BLESSÉ SUR TROIS ÉTAIT UN ENFANT, SELON L'ONU
Le soir du 19 janvier 2009, après trois semaines de tuerie, selon un bilan provisoire, 1 315 Palestiniens avaient été tués dans l'offensive israélienne dont plus de 410 enfants et 100 femmes, et plus de 5 285 autres blessés, les civils composaient 65 % des tués.
Pouvait-on prévoir que l'année 2008 se finirait dans le massacre et le sang?
On dit que cette tuerie était planifiée depuis longtemps. Ces bombes qui « nettoient » les territoires étaient rangées et alignées pour aller tuer en cette fin d'année 2008.
Cette tuerie planifiée était secrète comme bien des atrocités demeurent secrètement planifiées longtemps à l'avance. Il ne s'agit pas d'un phénomène météo ou terrestre soudain, tel un tremblement de terre qui nous prend par surprise.
Certains connaissent la crise (sic), la planifient et la mettent en œuvre.
C'est terrible !
Pouvait-on prévoir que 2009 se terminerait par la mort de quatre "braves" Canadiens et d'une journaliste ?
Je crois qu'il fallait s'en attendre et je crois qu'on risque de voir arriver d'autres boîtes emballées dans l'unifolié. Je crois que nos stratèges militaires savent mathématiquement combien de boîtes vont nous revenir. Pour eux, peu importe les "pertes", ils ont la mission de conserver le territoire.
On en a encore pour combien de temps?
Pendant encore combien de temps va-t-on tolérer les guerres?
Combien de jeunes, beaux, braves courageux (et surtout innocents et «inconscients») vont-ils donné leur vie pour le massacre, pour l'occupation de ce pays lointain?
Je crois qu'il serait temps que les gens arrachent leur absurde "I support the troops" collé derrière leur char et descendent dans la rue pour crier : «C'EST ASSEZ LA TUERIE !»
Ce n'est pas en emboîtant le pas à la propagande de cette guerre d'occupation absurde que vous sauverez vos enfants.
Le «I support the troops» ne protège pas votre fils qui s'est fait enrôler pour tuer. Le collant « I support the troops » ne sert qu'à participer à la propagande d'insensibilisation devant les massacres. Votre collant participe à faire enrôler d'autres jeunes gens "innocents" (dans le sens "ingénu" du terme) et participe à cette insensibilisation devant la tuerie qu'on vous sert comme de la guerre "juste".
Ceux qui font la promotion de cette guerre d'occupation doivent cesser de pleurer chaque fois qu'on "brave" se fait tuer. Ils doivent assumer leur choix ainsi que le choix de celui qui a pris "consciemment" le risque de se faire tuer en allant tuer.
Le soutien à la guerre me torture et me cause un profond désarroi. Je considère cet appui comme un manque de conscience, un manque d'honnêteté, un manque de simple Humanité. Et ce soutien est obtenu par le conditionnement médiatique qui nous rend insensibles à la souffrance de certains Êtres Humains (ceux que le maire Labeaume appelle "les barbares").
En 2009, mon espoir était: la renaissance du 4e pouvoir.
La guerre du Vietnam a cessé lorsque les journalistes ont rapporté la réalité. Aujourd'hui, les militaires ont compris, ils ont inventé le journalisme "embedded" (qui couche dans leur lit).
Mon espoir pour 2010 est toujours que les journalistes revoient l'éthique de leur métier, cessent d'aiguiller le sentiment et informent avec sérieux.
Car c’est par les médias que les gens peuvent, soit prendre conscience des atrocités ou soit se faire endormir pour les accepter.
Serge Charbonneau
Québec


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3 commentaires

  • Raymond Poulin Répondre

    3 janvier 2010

    Ce qu’on appelle l’ONU? La plus grande officine de marchandage et de chantage de la planète et, pour le reste, l’équivalent de la Sainte alliance de 1815, mais appliquée au monde entier, avec le même programme : assurer le plus longtemps possible la primauté des puissances qui en ont accouché et refuser toutes les réformes à moins qu’elles n’avantagent ces dernières. Toutes les institutions mises sur pied par cette organisation, y compris les meilleures, ont fini par être détournées à leurs fins.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 janvier 2010

    Maudites guerres, maudite ONU!

    Les Nations-Unies sont en train de renier publiquement l’un des principes fondamentaux de son Organisation : « La non ingérence dans les affaires intérieures des États. »
    Depuis huit ans, l’ONU a décidé plusieurs fois d'intervenir par la force des armes, en se foutant royalement de la Charte des Droits de l’homme.
    Nous, Québécois, voulons une ONU qui se distingue des affreuses politiques du Canada, du G-8, de l’UE, de l’OTAN, des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël. Sous le parapluie de l’OTAN, que fait l’ONU au Congo, en Tchétchénie, à Gaza, en Géorgie, en Irak, au Pakistan, au Soudan et particulièrement en Afghanistan?

    Les cinq pouvoirs qui ont droit de veto et qui siègent au Conseil de sécurité de l’ONU, sont les cinq États les plus meurtriers du monde qui ont fait passer leurs intérêts avant les droits humains.
    Selon moi, ce sont les États les plus dangereux du monde, qui fabriquent et vendent plus de 85%
    des armes militaires, incluant des armes nucléaires (que l’on appelle armes de destruction massive). C’est l’ONU le grand marchand d’armes de la planète et la force militaire la plus destructrice et meurtrière qu’ait connu l’humanité à ce jour. Rien de plus désolant et révoltant! Je comprends les terroristes.
    Marius MORIN
    Lire à ce sujet : Denis Halliday, http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16610

  • Archives de Vigile Répondre

    3 janvier 2010

    Je me suis souvent demandé, devant la propagande invitant les canadiens à soutenir l’armée, si nous ne renversions pas les rôles. Est-ce l’armée qui doit soutenir et protéger les canadiens ou les canadiens qui doivent soutenir et protéger l’armée? J’ai toujours pensé qu’une armée ne trouvait sa raison d’être que dans la défense des canadiens dont l’indépendance et la sécurité sont menacées. Elle entre en action qu’après avoir épuisé toutes les autres voies pour résoudre les conflits potentiels.
    Dans le cas de l’Afghanistan, je ne vois pas en quoi la présence de notre armée sur les champs de bataille ajoute à notre indépendance et à notre sécurité. Notre armée participe à une agression, à une conquête d’un espace dont l’utilisation ne répond à aucun des deux critères (indépendance et sécurité) plus haut mentionnés. J’avais déjà suggéré que le peuple canadien soit consulté par référendum chaque fois qu’il s’agit d’une guerre offensive attaquant la sécurité et l'indépendance d’une ou d’autres nations. Présentement, ne sommes-nous pas en droit de nous demander si la présence de notre armée en Afghanistan sert vraiment les intérêts du peuple canadien ou certains intérêts privés qui y trouvent pleinement leur compte.
    Je partage pleinement les sentiments de M. Charbonneau à l’effet que ce ne sont ni les armes utilisées, ni la couleur de la peau ni l’ethnie qui rendent les tueries plus humaines ou moins humaines. Dans tous les cas ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des familles qui portent les douleurs et la souffrance de tels drames. Ils sont d’autant plus frustrants s’ils viennent de l’étranger. Si pour la mort d’un américain, envahisseur armé en Afghane on n’hésite pas à faire prisonnier à Guantanamo un jeune canadien de 16 ans, toujours sans jugement, et de le confiner pendant des années à des conditions de détention que la Charte des droits de la personne ne saurait tolérer, pourquoi alors la vie de toutes les victimes de ces armées étrangères ne seraient-elle pas toute aussi importante? Y aurait-il une vie humaine plus importante qu’une autre vie humaine? À lire nos journaux et à écouter nos bulletins de nouvelles, c’est comme si les talibans, les palestiniens, les terroristes, les socialistes, les communistes, les Chavez et Morales, n’étaient pas des humains. On peut les tuer, les faire disparaître, ce ne sera qu’une médaille de plus au cou de ceux qui en auront été les exécutants. On ne s’arrêtera pas à des considérations secondaires comme ceux liés au respect du Droit international, à celui de la vie et des conventions de Genève. L’idéologie et les intérêts font que certains seront humains et d’autres inhumains.Ceux qui en décideront seront les plus forts et surtout les plus « civilisés ».