À l’occasion de la Journée nationale des patriotes

Je suis une langue fière

Tribune libre

 


 


En ces temps troubles où notre langue est menacée de toutes parts jusque dans ses racines les plus profondes, j’ai senti le besoin de lui donner la parole et de lui permettre de se raconter à travers ce petit poème qui est sorti spontanément de mes tripes…

Certains me disent belle



Mais je ne suis pas de celles

Qui se nourrissent de miel

Ou d’une pincée de sel



J’ai traversé les mers

Pour m’établir ici

Dans ce vaste pays

De froids et longs hivers


J’y ai vite pris racine

Je me suis senti chez moi

J’ai lacé mes bottines

Et suis parti au bois


M’attendait au retour

Une langue étrangère

Empiétant sans détour

Sur les droits de mes terres


Je ne suis pas guerrière

Mais je ne suis pas de celles

Qui se nourrissent de miel

Je suis une langue fière


J’ai traversé les mers

Pour m’établir ici

Au pourtour des rivières

Où m’accueille ce pays


Je suis ici chez moi

Je suis revenu du bois

Je remets mes bottines

Et reprends mes racines


Henri Marineau, Québec


Featured 19e390a78eaf9d290f5b6b4a1e389e83

Henri Marineau1784 articles

  • 1 211 254

Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972. Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984. Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier entre autres, ceux de responsables des élèves, de directeur des services pédagogiques et de directeur général. Après une carrière de trente-et-un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il arpente la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la biographie, le roman, la satire, le théâtre, le conte, la poésie et la chronique. Pour en connaître davantage sur ses écrits, vous pouvez consulter son site personnel au www.henrimarineau.com





Laissez un commentaire



1 commentaire

  • François Champoux Répondre

    26 mai 2022

    Bonjour M. Marineau,


    Mes félicitations pour votre petit poème emprunté à plusieurs auteurs bien reconnus.


    Être fier aujourd’hui est sur toutes les bouches et dans toutes les langues; on est fier de tout, même de notre premier ministre qui est lui-même fier d’être québécois. J’essaie d’être fier aussi, mais je me demande de quoi dois-je être fier.


    À bien y penser, je suis fier de ne pas me figer dans une seule catégorie ou appartenance: je suis fier d’être et de m’actualiser du mieux que je le peux, car vouloir n’est pas pouvoir. Vouloir être fier demande un agir, une action, une actualisation, un essai: tenter de réaliser de son mieux et ainsi améliorer ce qui est.


    Les exemples sont mondiaux en plusieurs domaines. La langue française comme toutes les langues n’ont pas de fierté; elles sont des outils à utiliser comme dans la poésie pour réaliser une littérature, une idée, une pensée originale et donc une humanité.


    Merci de votre idée de fierté de la langue; la mienne, ma fierté, est celle de l’universel humanitaire.


    François Champoux, Trois-Rivières