Exit l’Ukraine ?

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Un avenir sombre

Les élections ont donc eu lieu dans la partie de l’Ukraine qui est contrôlée par les insurgés, et la participation semble avoir été très élevée (plus de 75%) ce qui contraste avec le résultats des élections législatives qui se sont tenues dans la partie contrôlée par le gouvernement de Kiev. La carte de la participation (via Electoral Geography 2.0) révèle la fragmentation politique de ce territoire.

La participation a été très forte, ce que l’on pouvait prévoir dans un pays traversant une grave crise politique, à l’Ouest de l’Ukraine, à Lviv et dans sa région. Le taux approche dans certains cantons (raïon) les 80%, ce qui correspond aux taux enregistrés dans la zone insurgée le dimanche 2 novembre.
Par contre, on constate une très faible participation, inférieure à 30% dans l’Ouest de l’Oblast de Donetsk, et généralement inférieure à 40% dans la partie Est mais aussi Sud de du territoire sous le contrôle du gouvernement de Kiev. Ceci était aussi prévisible, et correspond au sentiment d’une large majorité de la population de ne pouvoir exprimer librement son choix, les partis ayant sa sympathie ayant été soit interdits soit de fait bannis de ces élections.
Ce qui est nouveau, c’est l’apparition de zones de très forte abstention au Sud-Ouest de l’Ukraine, dans les régions frontalières avec la Hongrie et la Slovaquie. Cela correspond à la crainte des populations de ces régions vis-à-vis du gouvernement de Kiev. Ces populations ne sont pas « ukrainiennes » d’origine ; le comportement des groupes extrémistes (Svoboda et Pravy Sehtory) et la relative impunité dont ils jouissent, les inquiètent. Sur le reste du territoire sous le contrôle du gouvernement de Kiev, on retrouve une participation de 55% à 60% que l’on avait constatée lors des précédents scrutins.
Ces chiffres reflètent une réalité que les observateurs de terrain connaissent mais qui a beaucoup de mal à pénétrer dans les cerveaux obtus de certains de nos diplomates : l’Ukraine, telle qu’elle a existé de 1991 au début de 2014 est en train de se défaire. Elle se défait, bien sûr, du fait de l’insurrection de la partie Est. Mais, réduire ce processus à la seule insurrection serait une grave erreur. En réalité, les événements de janvier et février 2014 ont fait exploser le fragile équilibre qui s’était constitué depuis 1991. La volonté de certains d’imposer une Ukraine « mono-ethnique » allait à l’encontre de la réalité, composite, de ce pays. Les forces d’éclatement sont donc à l’œuvre, tout autant à l’Ouest qu’à l’Est. On peut penser que, d’ici quelques mois, la fraction la plus occidentale de la population demandera son rattachement à la Pologne ou cherchera à se constituer en entité indépendante, dans l’espoir de pouvoir intégrer au plus vite l’Union Européenne. Les régions frontalières avec la Hongrie et la Slovaquie demanderont alors, elles aussi, leur rattachement à ces pays. Le mouvement de la place Maïdan pourrait bien se solder, d’ici quelques mois ou quelques années, dans une désintégration de ce pays que l’on appelait l’Ukraine.
Cela n’est nullement souhaitable. Mais la question qui se pose est de savoir si l’on peut encore l’éviter.

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Jacques Sapir139 articles

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Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l'EHESS-Paris et au Collège d'économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.

Il est l'auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).

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