Etalon-or : la règle d’or du général

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De Gaulle reprochait aux Américains leur conquête du monde à crédit. Quarante-cinq ans après sa mort, les événements lui donnent raison

Récemment le magazine cocardier du totalitarisme financier mondial, The Economist, celui qui prophétise la chute de Vladimir Poutine depuis 2012, se vantait tout rouge : Almighty dollar. Le dollar tout-puissant ! In God we trust… Pour sauver ce dollar et sauver cet euro, ils prendront tout notre argent en commençant par la grande confiscation du cash à laquelle succèdera sans doute celle de l’or (car je ne vois pas pourquoi ils se priveraient de la relique de Keynes).


On ne se gêne plus en haut lieu. C’est que nous sommes devenus bien mous ; pensez qu’au lieu de se défendre contre un gouvernement de fous furieux (on ne se révolte que sur ordre : voyez l’Ukraine !), les trois cents millions d’indiens victimes de la confiscation des billets posent des guirlandes sur le distributeur automatique! Les autres regardent combien de contacts Facebook ils ont eu pendant la journée, en oubliant que ce sont ces GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), aujourd’hui plus riches que la France toute entière, qui ont organisé, avec les gris technocrates sortis du Procès d’Orson Welles la grande confiscation du liquide !


Un qui avait tout compris était de Gaulle qu’on vira en 68 pour avoir trop défié l’empire. Je rappelle les mots menaçants de Carroll Quigley : l’Europe émergera malgré le considérable retard causé par de Gaulle libre et indépendante. Vu le résultat aujourd’hui entre l’OTAN, Soros, Goldman Sachs et la CIA, on croit rêver.


Sur la catastrophe et l’anéantissement financier qui vont se produire, il nous avait aussi tout prédit. Il préférait l’or au dollar. Voici ce qu’il déclare lors de sa conférence de presse du 4 février 1965. Revoyez la vidéo splendide.


On lui rappelle sa dernière entourloupe :


« … en changeant en or une partie de ses avoirs en dollars, la France a provoqué certaines réactions … »


Et voilà la diatribe du maître :


« A mesure que les États de l’Europe occidentale, décimés et ruinés par les guerres, recouvrent leur substance, la situation relative qui avait été la leur par suite de leur affaiblissement apparaît comme inadéquate, voire abusive et dangereuse. »


Il rappelle que l’on a droit à un peu d’autonomie en tant qu’Etat-nation :


« Car, le fait que ces États veuillent, chaque jour davantage, agir par eux-mêmes dans tout domaine des relations internationales procède simplement du mouvement naturel des choses. »


Or la puissance américaine était justifiée quand elle reposait sur l’or détenu :


« Comme presque tontes les réserves d’or du monde se trouvaient alors détenues par les États-Unis, lesquels, en tant que fournisseurs de l’univers, avaient pu conserver sa valeur à leur propre monnaie… »


Pour le Général, le système était alors normal :


« D’autant plus que l’Amérique n’éprouvait aucun embarras à régler ses dettes en or si cela lui était demandé. Ce système monétaire international, ce «  Gold Exchange Standard  », a été par conséquent admis pratiquement depuis lors ».


Mais tout changea en peu d’années grâce aux Six :


« Les monnaies des Etats de l’Europe occidentale sont aujourd’hui restaurées, à tel point que le total des réserves d’or des Six équivaut aujourd’hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Six décidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu’ils ont à leur compte. »


Et là vient la raison de l’altercation, de l’Endkampf, dirait Jean Parvulesco. Lisez bien :


 « … la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde. »


Et le général d’insister sur un énorme scandale moderne : la formation d’un Etat vampirique, l’Etat US qui peut creuser sa dette pour se surarmer et menacer tout le monde.


De Gaulle est net :


« Le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils lui doivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de les leur payer totalement avec de l’or, dont la valeur est réelle…


Bluff cosmique : après tout le monde est trompé et désire du dollar ; dans le même ordre d’idées Hollywood nous fait croire à l’invincibilité de l’armée US.


 « Cette facilité unilatérale qui est attribuée à l’Amérique contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un moyen de crédit approprié à un Etat. » 


Les américains, note de Gaulle, partent après à la conquête du monde :


« Comme, aux États-Unis même, l’accroissement de la circulation fiduciaire qui en résulte par contrecoup rend moins rémunérateurs les placements à l’intérieur, il apparaît chez eux une propension croissante à investir à l’étranger. De là, pour certains pays, une sorte d’expropriation de telles ou telles de leurs entreprises ». 


Pensez à Alstom et à GE.


Vient après la question qui fâche :


« Mais les circonstances sont telles aujourd’hui qu’on peut même se demander jusqu’où irait le trouble si les États qui détiennent des dollars en venaient, tôt ou tard, à vouloir les convertir en or? »


De Gaulle poursuit sur ce qu’il faudrait faire :


« Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier. »


Et de conclure sur l’or :


 « Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir de critère, d’étalon, autres que l’or. Eh ! oui, l’or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. »


Et le général de terminer par un vœu pieux :


« Enfin, il appartiendrait aux Six États qui paraissent en voie de réaliser une Communauté économique européenne d’élaborer entre eux et de faire valoir au-dehors le système solide que recommande le bon sens et qui répond à la puissance renaissante de notre Ancien Continent. »


Mais leur Europe c’est la guerre avec la Russie, l’invasion des migrants, et la ruine assurée de tous les peuples par la dette immonde. Et Quigley a reconnu que le binôme US-GB a détruit le centre européen de la civilisation occidentale.



Nota : lisez Jacques Rueff, qui cite ce discours dans son livre The monetary sin of the west. Le péché monétaire est un péché originel en effet. Et plus cette civilisation s’endette, plus elle s’effondre moralement. Le mot péché se dit debitum en latin : ce n’est pas pour rien que Jésus commence par le bureau de change.


 Nicolas Bonnal


 Sources:


Charles de Gaulle, Discours et Messages, Plon


Elgin Groseclose – On money and man


Carroll Quigley, Tragedy and hope, p.1296; the Anglo-american establishment, p.309.


Jacques Rueff – The monetary sin of the West (archive.org)


Jean, 2, 15



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