Contre la «trumpisation» du monde

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Contourner Trump






Le défi le plus important des quatre prochaines années sera d’empêcher la trumpisation du monde. Bien sûr, l’ordre international libéral qui s’achève a cautionné les inégalités économiques, l’exclusion politique et l’ingérence militaire. Personne ne regrettera les hypocrisies d’un système où l’Occident dictait sa loi au reste du monde. Mais peut-on éviter que, dans les livres d’histoire des générations futures, on compare avantageusement cet ordre injuste au désordre et à la barbarie qui pourraient lui succéder ?


 

En révolutionnant la politique américaine, Donald Trump risque de faire basculer le centre de gravité du système international dans le camp illibéral. Depuis le XIXe siècle, et même si on doit considérer que le mot avait un sens plus étroit dans un monde raciste, sexiste et colonial, il y a toujours eu au moins une grande puissance qui cherchait à préserver la liberté de commercer, de penser et de circuler. Depuis 1989, trois des cinq grandes puissances étaient des démocraties libérales : la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Elles ne se comportaient pas toujours comme telles, mais avaient au moins l’obligation de justifier leurs contradictions.


 

Nous entrons dans un monde tripolaire, dominé par la Chine communiste, la Russie poutinienne et l’Amérique trumpiste. Il ne sera plus possible de compter sur une seule grande puissance qui, à défaut d’être toujours exemplaire (pensons à la guerre en Irak), apporte en principe son soutien aux démocrates, aux défenseurs des droits de la personne et à la coopération internationale. Seule l’Allemagne pourrait jouer ce rôle, si l’Union européenne ne ressemblait pas de plus en plus à l’Autriche-Hongrie en train de se saborder.


 

Alignement, adaptation ou opposition frontale ?


 

En état de choc, les nations n’ont pas, jusqu’à maintenant, eu le réflexe de se parler. D’où le sentiment de désorganisation et de chacun-pour-soi qui domine à Ottawa comme à Dakar, à Lima ou à Berlin. Certes, la conscience de notre dépendance collective sur les États-Unis justifie la prudence des dirigeants, voire un certain attentisme. Mais tôt ou tard, les 192 États dont le sort dépend de la politique américaine devront sortir de leur léthargie.


 

Devant la tripolarité illibérale qui se dessine, on devine trois réponses :


 

Certains se réjouissent ouvertement de la victoire de Trump. On pense à Nétanyahou en Israël, bien sûr, mais aussi à toutes les nations insatisfaites de l’ordre international libéral, comme la Hongrie, voire l’Inde. La victoire des partis d’extrême droite aux Pays-Bas ou en France viendrait élargir cette alliance trumpiste. Rejoindre cette alliance, c’est accepter la victoire des nationalistes et des populistes — donc, paradoxalement, de la Russie — contre la société ouverte.


 

Dans un registre moins univoque, plusieurs gouvernements, comme celui de Justin Trudeau, laissent entendre qu’ils s’adapteront à l’ère Trump.À Ottawa, on calcule les intérêts économiques ou stratégiques qui nous lient à la plus grande puissance du monde et on mise sur les contraintes de la démocratie américaine qui finiront bien, l’espère-t-on, par prévaloir. La première ministre britannique, Theresa May, va plus loin en pratiquant un alignement prudent sur Washington. Elle essaie de faire valoir le Royaume-Uni contre l’Europe, comme d’autres voudraient jouer le Canada contre le Mexique — sans savoir où la tactique trumpiste de « divide et impera [diviser pour régner] » s’arrêtera.


 

Sur le plan moral, l’opposition frontale est une option tentante. Si elle semble trop coûteuse pour les États historiquement proches des États-Unis, on voit mal comment des pays comme le Mexique pourraient faire autrement que de basculer dans l’anti-américanisme. Mais la stratégie d’équilibrage entraînera un rapprochement compliqué avec le seul pays véritablement en mesure de contrecarrer les États-Unis, la Chine. Même si Beijing a récemment adopté une posture plus internationaliste, notamment sur les changements climatiques, la théorie de la transition des pouvoirs nous enseigne qu’un tel rapprochement augmenterait les chances de conflit avec les États-Unis.


 

Pour contourner Trump, le non-alignement


 

Aucune des trois stratégies évoquées ci-dessus n’est souhaitable puisqu’elles ont toutes pour conséquence d’augmenter la conflictualité entre les nations.


 

Est-il possible d’en envisager une quatrième ? Peut-être, en resserrant les liens entre les nations pacifiques qui ne font pas partie de la tripolarité illibérale. On peut imaginer un nouveau « mouvement des non-alignés » qui accueillerait des gouvernements de gauche comme de droite, du Nord comme du Sud, ainsi que des représentants de la société civile, des entreprises, des organisations internationales et des forces transnationales.


 

Le mouvement « original » des non-alignés est issu de la conférence de Bandung en 1955. Il réunissait les États qui, de la Yougoslavie à l’Indonésie, ne voulaient s’inféoder ni au bloc soviétique ni au camp capitaliste. Arc-bouté sur la défense de la souveraineté nationale, ce groupe du Sud global est devenu un peu poussiéreux avec les années. Les démocraties libérales avancées n’ont jamais voulu s’y joindre.


 
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