Climat et pollution

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Tribune libre

Un monde sépare l’ivresse d’une campagne électorale de la gestion au quotidien des complexes missions de l’État que sont la santé, l’éducation, la culture, les transports, l’environnement... Le gouvernement provincial élu au Québec le 1er octobre dernier en fera lui aussi l’amère expérience. D’autant plus que la griserie de la victoire repose sur un artifice démocratique de court terme et de courte vue : la Coalition Avenir Québec (CAQ) a recueilli 59,2 % de la députation pour 37,4 % du vote populaire. C’est encore une fois une entorse récurrente à la démocratie ou à l’idée de démocratie (?).


En attendant les changements souhaités, et depuis longtemps discutés, qui s’imposent dans le processus électoral, les politiciens, déjà confrontés à des lobbies et des corporatismes puissants, doivent composer avec une nouvelle problématique devenue incontournable : l’environnement. Problématique qui oblige politiciens, industriels et commerçants à œuvrer à internaliser les coûts environnementaux de leurs activités. Problématique encore qui ne peut trouver de solutions sans l’investissement de tous les acteurs sociaux. Problématique enfin quasi insoluble, lorsqu’elle est associée à l’urgence climatique qui va bien au-delà des seules compétences des gouvernements.


En réalité, depuis 4,5 milliards d’années, le climat de la Terre se caractérise par une fabuleuse variabilité, passant de périodes glaciaires à des périodes interglaciaires plus chaudes de 2 ou 3 degrés que la période actuelle. Dans -Voyage à travers les climats de la terre -, l’auteur Gilles Ramstein décrit ces variations et les outils dont disposent les climatologues pour les étudier : carottage des sédiments marins et des glaciers terrestres jumelé à l’étude de différents isotopes d’éléments chimiques, dérive des continents, volcanisme, activités solaires, oscillations de l’orbite terrestre…


Toutes ces fluctuations étalées sur des millénaires sont indépendantes de l’activité humaine, ce qui tend à nourrir le scepticisme de certains scientifiques comme François Gervais, l’auteur de « L’urgence climatique est un leurre ». Cependant la majorité des climatologues croient que le phénomène de réchauffement climatique contemporain, amplifié par la révolution industrielle, est une évidence fondée scientifiquement, comme le souligne Emmanuel Le Roy Ladurie dans son ouvrage - Les fluctuations du climat. De l’an mil à aujourd`hui - : « Une fluctuation rafraîchissante, comme il y en eut au xxè siècle post-1950, est certes susceptible au cours des prochaines années ou décennies, d’interférer momentanément, voire localement, en nuançant ou en contredisant l’évidente tendance au réchauffement. Disons qu’à l’échelle du siècle qui vient, et en dépit de modulations toujours possibles, la tendance réchauffante, si inquiétante soit-elle, demeure, à l’horizon de notre temps, la perspective la plus plausible. Mais chi lo sa ? ».


Oui, qui sait ? Emmanuel Le Roy Ladurie est très nuancé dans son commentaire; si la tendance de fond actuelle est au réchauffement, de brusques revirements comme la Terre en a connu dans le passé ne sont pas à exclure non plus. Pour l’illustrer, voici quelques statistiques tirées de - Chronologie du Québec depuis 1534 - de Jean Provencher. Des précipitations de 47 centimètres de neige accompagnées de vent de 110 kilomètres à l’heure font du mois de mars 1971 le plus enneigé de l’histoire du Canada. Le mois de décembre 1989 fut le plus froid depuis une centaine d’années selon les statistiques compilées par l’Université McGill. Le mois de janvier 1994 fut le mois le plus froid depuis 50 ans selon Environnement Canada. On se souviendra qu’après un été 2018 caniculaire, l’hiver 2018-2019 qui s’achève s’est caractérisé par des froids polaires dès novembre et d’abondantes chutes de neige, une dizaine d’années après l’hiver exceptionnel de 2007-2008 et son record de 558 centimètres de neige.


Dans cette optique, l’hystérie autour des changements climatiques attribués aux seules activités humaines est suspecte, car les facteurs de nature à induire ces changements sont beaucoup plus complexes. Le climat se réchauffe depuis la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, ce qui est bien antérieur à la révolution industrielle. Que penser de tout ce battage médiatique autour des changements climatiques, sinon qu’il vise peut-être à conditionner l’opinion publique pour lui faire accepter des écotaxes qui permettront de subventionner les industriels afin de leur permettre de rendre leurs modes de production plus écologiques aux frais des contribuables ! Cette stratégie, si c’en est une, a ses limites comme on peut voir avec la révolte des gilets jaunes, surtout si les réseaux de l’évasion fiscale et les baisses d’impôt pour les plus fortunés, le fameux 1%, sont maintenus.


Mais plus que les changements climatiques, ce qui devrait inquiéter davantage la famille humaine est la destruction des écosystèmes et l’empoisonnement systématique de l’air, de l’eau et des sols qui résulte de l’activité humaine, ce qu’on appelle communément la pollution. Ici, tout l’appareillage fiscal incluant les écotaxes est justifié, car il ya urgence en la demeure et la demeure en l’occurrence est la santé de la seule planète immédiatement habitable pour nous, la Terre. Rétablir et maintenir la santé environnementale de notre planète et par le fait même de notre santé à tous sont des objectifs accessibles, concrets et vitaux pour les individus et les communautés de nos villages et de nos villes. Ultimement, le climat ne s’en portera que mieux.


La qualité de vie dans les grands centres urbains est l’une de ces priorités et passe par des modes de transport les moins polluants qui soient. À Québec, des consultations publiques ont été menées à cet effet en vue d’implanter de nouveaux modes de transport collectif. Combien de personnes y ont participé ? 300 ? 500 ? 1 000? Or, en 2017, la région administrative de la Capitale-Nationale comptait 427 642 automobiles et camions légers classés dans la catégorie promenade, une hausse de 48 933 véhicules sur 2009. Si le nombre d’automobiles de promenade a fléchi de 18 229, celui des camions légers a augmenté de 67 163 pour la période 2009-2017. C’est sans compter les 283 154 véhicules de la région administrative de Chaudière-Appalaches eux aussi en croissance, dont une partie est susceptible de circuler sur le territoire de la Capitale nationale après avoir transité par les ponts reliant les rives nord et sud du Saint-Laurent. Ces chiffres proviennent de - La Banque de données des statistiques officielles sur le Québec (ISQ) -.


Combien de propriétaires de ces véhicules sont prêts à abandonner leurs véhicules au profit d’un mode de transport collectif ? Probablement aucun. Les responsables municipaux de Québec et de Lévis ont tout un défi à relever et un intérêt commun évident à travailler de concert pour adopter des solutions écologiques à tous ces déplacements. Elles avaient commencé à coopérer dans un passé récent, malheureusement la coopération essentielle entre les deux communautés s’est terminée en eau de boudin. L’interconnexion optimale entre les deux rives est pourtant vitale et demeure d’actualité.


Il n’y a pas de petite mesure pour assainir l’air des villes. Améliorer et contrôler l’efficacité des systèmes antipollution des véhicules fait partie de cet arsenal, tout comme le fait de moduler les droits d’immatriculation et la taxe de vente du Québec (TVQ) en fonction de la cylindrée des véhicules en circulation. Nos autorités municipales ont le mérite d’aborder de front la problématique des transports ; il faut les y encourager à persévérer dans cette voie et à se hâter…lentement et à agir judicieusement dans les mesures à prendre, car il ne faut pas oublier que même si les gouvernements supérieurs contribuent à financer les infrastructures et les modes de transport collectif, ce sont les mêmes contribuables qui paient la facture en bout de piste.



Yvonnick Roy, Québec



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