IMMIGRATION

Au Danemark, controverse croissante sur un plan d’expulsion de Syriens de Damas

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Le Danemark applique une politique de bon sens contre les volontés remplacistes de l'UE


(Copenhague) De plus en plus critiqué sur sa décision prise l’été dernier de retirer leur permis de séjour à des réfugiés syriens du fait d’une situation jugée « sûre » à Damas et ses environs, le Danemark assume sa fermeté, nouvelle marque d’une politique migratoire parmi les plus restrictives d’Europe.


« Aucun autre pays d’Europe n’a adopté une telle politique », souligne auprès de l’AFP l’avocat Niels-Erik Hansen, spécialiste des dossiers migratoires.


La semaine dernière, le plaidoyer à la télévision de l’une de ses clientes, une adolescente menacée d’expulsion — à quelques mois de son diplôme d’études secondaires — a eu raison de la relative indifférence qui entourait jusque là la question dans le petit pays scandinave, où les sociaux-démocrates de la première ministre Mette Frederiksen ont repris la ligne très anti-immigration des gouvernements précédents.


Dans un danois impeccable, Aya Abu-Daher, 19 ans, a ému le royaume en demandant, les larmes aux yeux, ce qu’elle avait « fait de mal ».





 




« Excellente élève » selon le proviseur de son lycée de Nyborg, qui se mobilise pour que la famille puisse rester, la jeune Syrienne a récemment appris que son permis de séjour, arrivé à expiration fin janvier, ne serait pas renouvelé.


Comme elle,  189 Syriens se sont déjà vus priver depuis l’été 2020 de leur permis de séjour après la décision de Copenhague de réexaminer les dossiers d’environ 500 Syriens originaires de la capitale syrienne, sous contrôle du régime de Bachar al-Assad, au motif que « la situation actuelle à Damas n’est plus de nature à justifier un permis de séjour ou l’extension d’un permis de séjour ».


Une partie des déboutés, qui n’avaient à l’origine obtenu qu’un permis temporaire, ont été placés en centre administratif de rétention.


« S’y retrouver, cela veut dire ne pas pouvoir étudier ni travailler et devoir y prendre ses repas trois fois par jour. Les gens y restent tant qu’ils n’ont pas signé un document attestant rentrer en Syrie de leur propre gré », dénonce M. Hansen.


Légalement, les permis de résidence temporaire sont donnés sans limite de temps en cas de « situation particulièrement grave dans le pays d’origine caractérisée par des violences arbitraires et des agressions contre des civils ». Mais ils peuvent être de facto révoqués lorsque la situation n’est plus jugée comme telle.


« Le pire endroit en Europe »


Jeudi soir, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est dit « préoccupé » par la décision de Copenhague, même si les expulsions restent pour l’heure suspendues en l’absence de liens entre le gouvernement danois et le régime syrien depuis des années de guerre civile.


Le HCR « ne considère pas que les récentes améliorations de la sécurité dans certaines parties de la Syrie soient suffisamment fondamentales, stables ou durables pour justifier la fin de la protection internationale », a déclaré l’organe onusien.


Amnistie internationale dénonce elle « une évolution inquiétante » : le Danemark « fait peur » aux réfugiés « afin qu’ils retournent dans leur pays d’origine même s’ils n’y sont pas en sécurité », déplore une responsable de l’ONG au Danemark, Lisa Blinkenberg.


« Non seulement le Danemark est le pire endroit en Europe pour les Syriens mais en plus le pays fait preuve d’un manque flagrant de solidarité vis-à-vis des autres pays européens en ne prenant pas sa part du fardeau », déplore M. Hansen.


Mais le gouvernement refuse de faire machine arrière sur son choix de retirer des permis de séjour, malgré des critiques de trois petits partis de gauche alliés au Parlement.


« La politique du gouvernement fonctionne, et je ne reculerai pas, ça n’arrivera pas », a réagi le ministre social-démocrate de l’Immigration, Mattias Tesfaye, après la diffusion du témoignage d’Aya Abu-Daher.


« Le Danemark a été honnête depuis le premier jour. Nous avons clairement expliqué aux réfugiés syriens que leur permis de résidence était temporaire et pouvait être retiré s’il n’y avait plus de raison de protection », a-t-il déclaré vendredi à l’AFP.


Le pays nordique, dont la politique d’accueil est très restrictive avec un objectif assumé de « zéro demandeur d’asile », propose également des aides au retour volontaire, acceptées par 137 Syriens en 2020.