Rappel à la réalité

La mission à laquelle ils participent flirte avec l'humanitaire et le combat, plaçant les militaires eux-mêmes dans une zone grise qui ajoute à l'incompréhension de leur rôle exact.

Afghanistan - le prix du sang

La mort du soldat québécois Simon Longtin creuse encore davantage notre compréhension des aléas de la guerre. En situant le drame tout près de nous, la disparition du militaire du Royal 22e Régiment constitue un -- autre -- dur rappel des effets brutaux d'une opération mi-humanitaire mi-guerrière, aux contours mal dessinés.

Personne ne s'était illusionné de l'atmosphère de fête entourant leur départ: en partant cet été pour l'Afghanistan, les soldats de Valcartier abandonnaient le confort de l'entraînement pour les commandements de la guerre. Regardant défiler la parade, les opposants comme les partisans de la mission de l'OTAN se posaient les mêmes délicates questions, placées en veilleuse derrière leurs convictions: qui, quand et comment?
C'est Simon Longtin, jeune soldat venu de Longueuil et âgé d'à peine 23 ans qui a, le premier de ce convoi du 22e, payé de sa vie l'engagement du gouvernement canadien à participer à la pacification de la province de Kandahar. Premier décès à ébranler aussi directement la communauté militaire de Valcartier, il n'est pas le premier visage québécois -- plutôt le cinquième -- à incarner dans toute sa rudesse les infortunes de la guerre.
Cette mort d'homme, qui s'ajoute aux 66 autres canadiennes qui l'ont précédée, commande bien sûr les égards qui accompagnent le deuil. Elle n'est pas sans remuer croyances et principes sur le bien-fondé de cette présence en zone de conflit. Elle fournit des munitions à ceux, pacifistes comme politiciens, qui se sont opposés avec véhémence au choix du gouvernement de Stephen Harper de maintenir ses troupes là-bas.
Il faut voir avec triste ironie la nouvelle de cette perte supplémentaire au moment où le premier ministre du Canada reçoit chez lui le président américain George W. Bush, grand artisan de la lutte mondiale contre le terrorisme. Suprême dérision, avec leur homologue du Mexique, les deux hommes doivent redessiner les bases du Partenariat pour la prospérité et la sécurité.
Attaqué pour son incapacité à préciser les limites de la présence canadienne en Afghanistan -- la finale est attendue pour février 2009, à moins d'un consensus improbable de la Chambre pour étirer le délai -- et pour la faiblesse de l'équipement dont disposent les soldats canadiens envoyés sur ce front désertique, le premier ministre Harper a certes changé de titulaire au dossier de la Défense nationale. Mais le départ de Gordon O'Connor au profit de l'entrée en scène de Peter MacKay ne changera pas d'un coup de remaniement la réalité des soldats canadiens en sol afghan.
La mission à laquelle ils participent flirte avec l'humanitaire et le combat, plaçant les militaires eux-mêmes dans une zone grise qui ajoute à l'incompréhension de leur rôle exact. Les équipements, dont certains ont dénoncé la désuétude, se conjuguent au caractère perfide des attaques talibanes, qui s'éloignent en tous points du combat rangé. Chacun de ces décès causés par des engins explosifs improvisés, sournoises bombes artisanales, vient décupler le désarroi ressenti d'ici.
Les Québécois, dont l'opposition à la présence militaire est la plus forte dans tout le Canada, suivront le ressac de cette mission depuis les premières loges, parce que le jeune soldat qui a laissé sa vie pour un idéal de liberté promis au peuple afghan était un «p'tit gars» de chez nous. C'est une proximité de coeur qui n'enlève toutefois rien au chagrin provoqué par chacun de ces départs, quels qu'ils soient, et au rappel implacable associé à cette guerre: il n'y a là aucune trace d'une mission de pacotille.
machouinard@ledevoir.com


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