Orban soumis à l'épreuve des urnes

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Orban a toutes les chances d'être réélu


Les Hongrois votaient dimanche à l’occasion d’élections législatives où le premier ministre sortant, Viktor Orban, icône des droites populistes européennes, est donné favori pour remporter un troisième mandat d’affilée, malgré un probable recul dans les urnes.


« L’avenir du pays est en jeu. Nous ne nous contentons pas d’élire les partis, le gouvernement et le premier ministre, mais nous choisissons aussi l’avenir du pays », a déclaré M. Orban après avoir voté en début de matinée à Budapest.


Crédité d’une avance de 20 à 30 points dans les sondages et avantagé par un mode de scrutin à un tour combinant majorité simple par circonscription et proportionnelle, le parti national-conservateur Fidesz du dirigeant hongrois apparaît assuré de l’emporter, selon les experts.


La principale inconnue porte sur le taux de participation et sur l’ampleur de la victoire promise : M. Orban avait remporté en 2010 et 2014 une « super-majorité » au Parlement mais pourrait cette fois-ci devoir se contenter d’une majorité relative, ce qui serait considéré comme un sévère revers pour lui.


Au pointage de 11H00 (heure locale), la participation affichait une hausse de près de sept points par rapport à la même heure en 2014, à 29,9 %, une évolution considérée par les analystes comme défavorable au Fidesz.


Quelque 7,9 millions de Hongrois sont appelés à prendre part à ce scrutin qui s’achèvera à 19H00. En l’absence de sondages à la sortie des urnes, les premières projections ne seront connues que plus tard dans la soirée.


« La logique veut que le Fidesz gagne, mais il y potentiellement de la surprise dans l’air », a estimé pour l’AFP le politologue Gabor Torok.


« J’espère bien sûr que le gouvernement Orban pourra poursuivre son travail », a confié à l’AFP une retraitée, Zsuzsanna Draxler, après avoir voté à Budapest. « J’ai voté en mon âme et conscience, en espérant qu’on aura quelque chose de meilleur », a souligné à l’inverse un autre électeur, qui a souhaité rester anonyme.


Des changements « irréversibles »


La gauche et le parti d’extrême droite Jobbik, qui a modéré son discours, espèrent capitaliser sur la lassitude d’une partie des électeurs envers les diatribes de M. Orban, 54 ans, contre la « menace » migratoire et contre le milliardaire Georges Soros, obsessions de sa campagne.


L’opposition a fait campagne en dénonçant le clientélisme, la déliquescence des services publics et un pouvoir d’achat insuffisant qui, malgré un taux de chômage au plus bas (3,8 %), conduit de nombreux Hongrois à s’expatrier.


Le Fidesz a essuyé en février un sérieux coup de semonce : un candidat unique de l’opposition, Peter Marki-Zay, avait alors remporté à la surprise générale des municipales dans un fief réputé imprenable du Fidesz, Hodmezovasarhely.


« Il y a clairement une ambiance de changement de système », a estimé dimanche M. Marki-Zay, devenu une des voix les plus écoutées de la campagne.


M. Orban n’a depuis cette alerte cessé d’agiter le spectre d’une possible défaite de son camp, synonyme selon lui de chaos migratoire et de victoire d’« ennemis » qui « veulent déposséder » les Hongrois de leur pays. Il a notamment rappelé que, donné favori à l’issue de son premier mandat (1998-2002), il avait dû s’incliner aux législatives.


Contrairement à ce qui s’est produit localement à Hodmezovasarhely, aucune union sacrée n’a cependant été scellée pour les législatives entre une gauche morcelée et le Jobbik.


Admiré par les droites populistes européennes, honni par ceux qui l’accusent de dérive autoritaire, M. Orban, devenu le fer de lance de la lutte contre l’immigration en Europe, entend rendre « irréversibles » les changements impulsés depuis son retour au pouvoir en 2010.


Une démocratie « illibérale »


Admirateur revendiqué du président russe Vladimir Poutine et chantre d’une démocratie « illibérale », il a assumé un style de gouvernement limitant certaines libertés au nom de l’« intérêt national », reprise en main de l’économie, des médias et de la justice à la clé.


L’opposition et de nombreux observatoires internationaux accusent ces réformes d’avoir porté atteinte à l’État de droit et entraîné un recul des valeurs démocratiques.


Le dirigeant a aussi multiplié les bras de fer avec l’Union européenne, notamment sur la question migratoire. Des procédures d’infraction ont été ouvertes contre Budapest en raison notamment de lois renforçant le contrôle sur les organisations de la société civile.


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