Non à la cession d’une partie du mont Royal à l’Université McGill

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Legault doit intervenir pour mettre fin à ce transfert


Lettre adressée au premier ministre du Québec François Legault


Nous constatons avec consternation que votre gouvernement semble laisser se concrétiser, sans plus d’examen, la promesse faite par l’ex-gouvernement libéral de donner à l’Université McGill l’ancien hôpital Royal Victoria et des terrains qui font partie du mont Royal. Il s’agirait là de la cession d’un énorme patrimoine public québécois au profit d’intérêts particuliers. Nous nous opposons à ce projet et nous vous demandons d’y mettre fin ou, à tout le moins, de déclarer un moratoire et de procéder à des consultations publiques.


Une telle cession pose de sérieux problèmes d’ordre patrimonial et financier, ainsi que d’équité sociale. Avant de faire un cadeau de cette importance, dans un souci d’acceptabilité sociale, le gouvernement devrait fournir toute l’information nécessaire à un débat public.


Peu de temps avant les dernières élections québécoises et après la clôture de la session de l’Assemblée nationale, le 22 juin 2018, trois ministres du gouvernement Couillard ont annoncé, subitement, que Québec allait donner à l’Université McGill l’ancien hôpital Royal Victoria et un vaste terrain sur le mont Royal, d’une valeur inestimable. Comble de générosité, le ministre de la Santé Gaétan Barrette et ses collègues Hélène David et Pierre Arcand avaient ajouté deux subventions de 40 millions de dollars à McGill pour planifier la transformation de cet immeuble patrimonial public qui lui serait cédé gratuitement.


En outre, les libéraux ont demandé à la Société québécoise des infrastructures de voir à l’aliénation à l’Université McGill des biens publics patrimoniaux que sont l’ancien hôpital Royal Victoria et les terrains en question. Le président du Conseil du trésor a fait inscrire le projet « d’aménagement de l’Université McGill sur une partie du site de l’hôpital Royal Victoria » dans les grands projets d’infrastructures publiques du Québec. Il se trouve à l’étude dans le budget des dépenses de mars dernier, sans aucun chiffre cependant.


On s’explique mal que votre gouvernement semble laisser aller cette affaire sans réagir. On n’aliène pas ainsi un trésor national ; on lui assure une vocation publique et sociale, qui lui sert d’écrin. Le céder gratuitement à un établissement particulier, voire payer pour le donner si on compte les subventions, sans consultation ni débat, sans que l’Assemblée nationale soit saisie d’un tel don, n’est pas de nature à convaincre de son bien-fondé. Cela suscite de vives inquiétudes, que les responsables du dossier ne font que confirmer par leur travail en catimini.


La population de Montréal a souvent manifesté son intérêt pour ces immeubles. Plusieurs groupes ont suggéré de les mettre au service de besoins plus urgents, notamment en matière de santé publique. Les millions promis à McGill dans le cadre de ce projet pourraient répondre à d’autres besoins plus pressants, comme les écoles et les hôpitaux locaux en mal de restauration.


Cette partie exceptionnelle du mont Royal doit rester propriété publique. Au pis aller, Québec pourrait accorder, à McGill ou à d’autres, des baux de location si jamais les besoins le justifient. Encore faudrait-il faire la démonstration publique que l’intérêt général serait bien servi.


Il est urgent — mais heureusement encore temps — d’éviter de dépouiller les Québécois d’une part de leur patrimoine. C’est là pour vous une excellente occasion de jouer votre rôle de véritable chef d’État et de démontrer que vous gouvernez dans l’intérêt national.


Votre ministre de la Santé pourrait s’inspirer de la solution adoptée récemment par son homologue français : lorsque l’entretien et le coût de la restauration de l’Hôtel-Dieu de Paris sont devenus trop lourds à porter, la direction a mis en location à long terme le tiers de cet hôpital historique pour couvrir les frais de restauration et maintenir des services de santé. Voilà qui pourrait servir de modèle.


Par conséquent, nous vous demandons de déclarer un moratoire sur ce projet et de procéder à l’information et aux consultations qui s’imposent.



Ont aussi signé : Hélène Alarie, agronome; Gisèle Aubut, analyste; Louis Bernatchez, artiste-peintre; Jean-Pierre Bonhomme, journaliste à la retraite; Claire Boutin, enseignante; Georges Brunel, ex-fonctionnaire de l’ONU; Charles Castonguay, professeur; François Côté, avocat; Paul DesRuisseaux, entrepreneur; Gilbert Dion, réviseur; Georges Doat, pilote retraité; Diane Dutka, avocate retraitée; Michèle Ferrand Doat, retraitée du Gouvernement du Québec; Louis Fournier, journaliste à la retraite; Pauline Joly, professeur; Robert Laplante, directeur de L’Action nationale; Jean-Louis Laberge, diplomate à la retraite; Gilles Lavallée, avocat à la retraite; Jean-Mario Longpré, professeur d’histoire; Sydney Martel-DesRuisseaux, étudiante; Tanya Martin, étudiante; Michèle Poisson, conseillère en communication; Roselyne Ruest, orthophoniste; Nicole Smolla, Ph. D., chercheure d’établissement à la retraite.









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