Le culte de l’autochtone et l’autochtonisation : esquisse d’un dérapage

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Les syllabus de cours deviennent des catéchismes


L’affaire des livres brûlés est une illustration particulièrement claire du culte de l’autochtone qui règne au Canada depuis quelques années. Au nom de la réconciliation, on se flagelle, on renie le passé. Et les woke applaudissent. Car pour eux, les livres sont souvent porteurs de détestables valeurs occidentales. Leur verdict est donc sans appel: ces livres ne méritent que la censure et le bûcher.


Sur cette base, les doctrinaires woke en profitent pour faire la promotion d’un monde parallèle, imaginaire, dans lequel ils décrivent avec mépris l’homme blanc, taxé de suprématiste, d’ennemi des groupes minoritaires de toutes sortes. En fait, pour les woke, cet homme est souffrant, c’est pourquoi il faut impérativement le guérir de ses vices. Telle est la mission fondamentale d’une doctrine salvatrice, l’autochtonisation.


Au nom de cette bouffonnerie, on accuse ainsi l’homme blanc de ne pas prendre en considération la «science» autochtone, science, dit-on, qui est au moins l’égal de la science occidentale. Mais l’homme occidental, même s’il a souvent peur de le dire, refuse de l’admettre. C’est donc tout un travail de restructuration de son univers mental qui est déficient et qui doit être reconstruit.


Territoire non cédé


Le pire, c’est que certaines universités encouragent avec enthousiasme l’autochtonisation. Ainsi, dans une université canadienne, dont je ne dévoilerai pas l’identité, les professeurs doivent obligatoirement insérer dans leurs syllabus le texte suivant: «Nous rendons hommage au peuple algonquin, gardien traditionnel de cette terre. Nous reconnaissons le lien sacré de longue date l’unissant à ce territoire qui demeure non cédé. Nous rendons également hommage à tous les peuples autochtones qui habitent Ottawa, qu’ils soient de la région ou d’ailleurs au Canada. Nous reconnaissons les gardiens des savoirs traditionnels, jeunes et âgés. Nous honorons aussi leurs courageux dirigeants d’hier, d’aujourd’hui et de demain.»


Mais ce n’est pas tout. Le professeur doit également inclure dans son syllabus une version de ce texte en langage autochtone. On l’oblige ainsi à embrasser l’idée complètement erronée selon laquelle les Occidentaux occuperaient un territoire non cédé. D’autres universités et collèges entament un discours analogue.


Un jeu qui n’est pas sans risques


J’ai beau chercher, mais je ne vois pas quel est l’avantage des universités à faire la promotion de telles idées. On a l’impression qu’elles veulent marcher dans les pas d’Evergreen. Mais c’est un jeu qui n’est pas sans risques. Il faudrait peut-être rappeler que depuis les incidents de 2017, Evergreen s’est taillé une bien mauvaise réputation, de sorte que les inscriptions ont radicalement chuté.


Avec chaque nouvelle idée saugrenue qui émerge, on s’enfonce de plus en plus profondément dans le vide. Mais quand on y regarde plus près, ce ne sont pas que les livres que l’on brûle, mais ce sont — et c’est peut-être ça le pire — les cerveaux de jeunes esprits qui fréquentent les établissements postsecondaires.


Robert Leroux


Professeur titulaire de sociologie


Université d’Ottawa