L'épée du marquis de Montcalm serait en Ontario

Canular ou $péculation?



On raconte que l'épée de Montcalm aurait été accrochée à un arbre quand celui-ci a été blessé lors de la bataille des plaines d'Abraham et qu'un Amérindien l'aurait ramassée. Photo fournie par le centre d'histoire de la Presqu'île

Ian Bussières - (Québec) Le Mémorial International Saint Véran de Montcalm, une association de recherche et d'histoire consacrée à Montcalm, et le Centre d'histoire de la Presqu'île de Vaudreuil-Dorion croient avoir localisé au Royal Ontario Museum (ROM) l'épée du marquis Louis-Joseph de Montcalm et souhaitent maintenant rapatrier l'objet historique au Québec.
On raconte que l'épée de Montcalm aurait été accrochée à un arbre quand celui-ci a été blessé lors de la bataille des plaines d'Abraham et qu'un Amérindien l'aurait ramassée.
On ne sait cependant pas ce qu'il advient de l'arme par la suite. Le prince François d'Orléans de Joinville aurait à l'époque déjà prétendu que sa famille en était propriétaire, alors que le marquis de Lafayette disait l'avoir présentée au comte de Bougainville.
Documents
«Nous travaillons sur ce dossier depuis un an. Une lettre d'un certain John L. Pinault a permis de découvrir que l'épée avait été léguée au ROM. Au départ, le musée a prétendu ne pas posséder l'épée, mais a fini par admettre en être le propriétaire face aux documents d'archives que nous lui avons fournis», explique Pierre-Jacques Ratio, président pour l'Amérique du Mémorial International Saint Véran de Montcalm.
L'épée en question, qui porte l'inscription «Souvenir de Montcalm», est de petite taille et munie d'une poignée en ivoire. Sa lame porte la marque du loup courant, représentant les armuriers allemands de Solingen et Passau, et on trouve des reliques de dorure en dessous du pommeau.
«Nous savons que cette épée a été donnée au ROM par le mécène Sigmund Samuel en 1961, mais on ne sait pas où il se l'était procurée. Seul le dossier d'acquisition du musée pourrait le révéler», ajoute Jean-Luc Brazeau, directeur du Centre d'histoire de la Presqu'île.
Des documents d'archives démontrent également que l'ex-député libéral ontarien de Nipissing, Léo Troy, avait déclaré lors du discours du trône de février 1965 à Toronto que le ROM était en possession de l'épée de Montcalm à la suite du don de Sigmund Samuel.
Des doutes
Dans une lettre expédiée à Jean-Jacques Ratio, Ross Fox, curateur associé du ROM, exprime toutefois de sérieux doutes selon lesquels l'épée est bien celle de Montcalm, même si elle est vraisemblablement très vieille.
«L'épée est extrêmement dépouillée, ce qui est inhabituel pour l'épée d'un officier. L'inscription ?Souvenir de Montcalm? est très particulière et a vraisemblablement été ajoutée plus tard», indique-t-il, ajoutant que la poignée de l'épée semble davantage de style néoclassique que baroque.
Il ajoute que le motif du loup courant est assez différent de celui que l'on peut s'attendre à trouver sur une épée Passau ou Solingen. «Est-ce que Montcalm pourrait avoir utilisé cette épée? Je ne sais pas. L'inscription soulève des questions, comme le type de pommeau, la poignée et, évidemment, la marque du loup courant», poursuit-il, incitant à la prudence.
«Notre précédent curateur des archives canadiennes était un spécialiste des armes et n'avait pas inclus cette épée dans son exposition Georgian Canada: Conflict and Culture 1745-1820, ce qui m'amène à croire qu'il avait lui aussi des doutes à propos de cette pièce», poursuit M. Fox.
Retour au Québec demandé
Quoi qu'il en soit, MM. Ratio et Brazeau n'en démordent pas, ils veulent que cette épée revienne au Québec. «Le ROM doit nous éclairer sur le sujet. Si ce n'est pas l'épée de Montcalm, il faudra expliquer le faux et rendre la chose publique. Si ça l'est, nous pensons qu'il serait bien qu'elle soit rapatriée au Québec», déclare M. Ratio.
«Le ROM n'expose pas l'épée, alors que le Centre d'histoire de la Presqu'île serait prêt à le faire. Cependant, si certains souhaitent voir l'épée être rapatriée dans la ville de Québec, nous n'avons aucune objection», poursuit-il.
Une pétition a été lancée en ligne il y a quelques semaines à www.chlapresquile.qc.ca/epee-de-montcalm.html afin d'obtenir un appui populaire. Lors du Moulin à paroles, de nombreuses personnalités, dont la députée Louise Beaudoin, le baron Georges Savarin de Marestan, descendant de Montcalm, et Andrew Wolfe Burroughs, descendant de Wolfe, y ont apposé leurs signatures.


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